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Le JT de 2032 : inéluctable ou désuet ?

En 2017, le journal télévisé vit une crise sans précédent : il est victime de la mutation numérique de l’information. Cette année marque l’obsolescence de la « grande messe ». Mais en 2032, qu’est donc devenu le journal télévisé et ses journalistes du petit écran ? Focus sur un métier passionnant qui rythme mon quotidien.

 

@Thinkstock

Le JT victime de la « Révolution numérique »

Le 29 juin 1949, c’est le top départ du Tour de France. Retransmis pour la première fois en direct à la télévision, les Français découvrent un nouveau genre : le journal télévisé. Cette invention, ancrée dans la mémoire collective, bouleverse l’histoire des médias. Son heure de gloire sonne dans les années 60, en tant que média de masse incontournable. Le JT a su, au fil des années, nous prouver qu’il était indispensable. Il nous informe quotidiennement, nous distrait, nous cultive, nous convainc. Il cadence nos vies et s’installe comme un rituel journalier. Il est présent à l’heure du déjeuner ou du dîner. Chaque jour, nous l’attendons avec impatience. À 13h ou à 20h00 le générique qui retentit capte notre attention. Inconsciemment, il fait parti intégrante de nous. Officiellement, il a su faire évoluer notre société et a franchi un nouveau cap dans notre rapport à l’information. Les figures emblématiques de Claire Chazal, Jean-Pierre Pernaut et Patrick Poivre D’Arvor nous sont plus familières que jamais. Malheureusement, David Pujadas fut évincé du petit écran il y a 15 ans. Tirant sa révérence, il laissa en moi un souvenir impérissable.

 

En 2017, la donne change. Le JT n’est plus ce qu’il était : son public est vieillissant (entre 53 et 59 ans en moyenne selon Libération) et son audience s’essouffle progressivement. Un avis de décès a même été confirmé ! William Irigoyen, ancien présentateur du journal télévisé d’Arte affirme que « Le JT est mort, même si son cadavre bouge encore ». Qui est le coupable d’un tel déclin ? Explications !

La Révolution numérique en est la cause principale. Cette croissance rapide des technologies de l’information et de la communication (TIC) vient littéralement bouleverser la sacralisation du rendez-vous vespéral. Sur un nouveau terrain nommé le web, les citoyens jouissent des potentialités de l’Internet. Rapidité, multimédialité, interactivité … des facilités qui viennent rompre l’image pérenne du JT. Mais, pas seulement ! La florescence des chaînes d’information en continu (BFM, CNews, LCI, Franceinfo) viennent concurrencer directement le JT – souffrant également de la dispersion de l’audience sur les chaînes de la TNT.

Pauvre JT ! Comment as-tu survécu à toutes ces transformations qui ont fait périr ta popularité ?

2032 : IA au service des journalistes télé

 

Les robots-journalistes en 2032 (source : Méta-Média)

Paris, année 2032. Journaliste et présentatrice TV pour France Télévisons, je défie sans cesse la numérisation et les progrès technologiques. Depuis quelques années déjà, mon secteur de travail fait face à des évolutions sociales : l’accélération du timing de l’information et la culture de l’instantané ; mais également économiques via l’érosion des sources de financement par l’arrivée des nouveaux médias. De profondes modifications ont impacté le cœur de mon métier et la relation que j’ai avec les téléspectateurs. En effet, j’assure le lien entre les reportages, les témoins et les spécialistes qui viennent éclairer un sujet ou animer un débat sur le plateau. Visiblement, le JT n’est pas mort contrairement à la rumeur de 2017. En revanche, il se déporte vers le numérique. Mais comment, allez-vous me dire ?

Aujourd’hui, mon équipe et moi disposons d’une palette de nouveaux outils pour rendre accessible l’actualité aux citoyens. Chaque jour, je suis attentive aux nouveaux supports de recherche, de diffusion et de production d’informations. Un enjeu de taille, une bataille au quotidien. Celui du tri, de la collecte et de la vérification de l’information, qui devient majeur au regard de la multiplicité des sources (blogs spécialisés, flux RSS, réseaux sociaux, etc). Rien ne m’échappe désormais ! Heureusement, de nouvelles recrues ont intégré France Télévisions afin de nous aider : des robots-journalistes. Plus puissants que jamais, ils dominent depuis peu notre société en détruisant sur leur passage la presse papier. Ils sont habiles à sélectionner les informations, détecter des sujets susceptibles d’intéresser les téléspectateurs, et de filtrer de multiples quantités de données brutes. Parallèlement à ces missions, ces algorithmes sont capables de rédiger des brèves et d’alimenter le site de France 2. Une intelligence artificielle qui nous est plus qu’utile dans le processus d’élaboration du JT. Avec une équipe dynamique, dans laquelle l’interaction prime, nous faisons preuve de vigilance quant au rythme accéléré des infos qui défilent sur le web. Éviter les fake news, rumeurs, et bad buzz en constante évolution est un défi perpétuel.

Nouveaux modes de productions, nouvelle ère télévisuelle

Aussitôt, nos sujets vérifiés et validés, nous commençons le tournage du JT qui baigne dans l’esprit du web. En effet, les contenus télévisuels sont adaptés aux nouveaux formats, tons et tendances du web. Force est de constater que le public consomme le numérique sur des formats plus courts et de manière instantanée. Nous produisons du contenu pour qu’il soit consommable sur différents types de médias : TV, sites web, réseaux socio-numériques, applications mobiles, etc. Désormais, les infos du JT ont une vie bien remplie : avant, pendant et après le broadcast.

En amont, j’annonce mes sujets sur les réseaux sociaux afin d’obtenir un maximum de réactions. Une fois en direct, nous diffusons certains tweets à l’antenne. Puis, nous reprenons des extraits du JT sous formes d’articles pour créer le buzz. Notre objectif : faire vivre l’émission dans le temps et sur différents types de supports.

Prenons un exemple : récemment, mon coéquipier a réalisé un reportage dans lequel il s’est mis en scène, tel un youtubeur. Celui-ci apparait dans une petite case à l’extrémité de la vidéo et commente ce qu’il voit. Il revisite l’art du reportage avec les codes du web et son côté ludique ! Les robots-journalistes, bien qu’intégrés dans l’équipe, ne sont pas encore en mesure de s’affranchir des reportages de terrain, de mener à bien des investigations et des interviews. Une joie que notre place de présentateur de JT n’ait pas été substituée par ces intelligences artificielles ! En revanche, le développement fulgurant de ceux-ci me laisse perplexe quant à l’avenir…

 

Avis aux téléspectateurs : visionnez le JT autrement !

Une fois le JT fini, les téléspectateurs sont maîtres de leur consommation. La télévision a considérablement évolué, parallèlement aux technologies de télédiffusion. Streaming vidéo, Netflix, Tv mobile, vidéos en direct sur les réseaux sociaux, VoD, etc. Il s’agit de nouveaux formats, qui d’après Éric Scherer, Directeur de la Prospective à France Télévisions, entrainent le passage du PAF (paysage audiovisuel français) au PAP (paysage audiovisuel personnalisé). De facto, « la télévision devient une expérience personnelle sur écrans individuels où les attentes, en matière de découverte se transforment très vite » souligne t-il, selon Méta-Média. Le mode de réception change. L’individu lambda visionne le JT en replay sur son iPhone ou tablette à tout moment de la journée et selon ses envies. Le prime time devient donc anachronique et laisse place au différé. Le téléspectateur choisit ses programmes, s’informe et se divertit librement. Quel bonheur ! De plus, l’année 2032 laisse place aux TV connectées à l’aune du web 3.0 !

Tv connectée tactile dotée d’une reconnaissance gestuelle et faciale

Largement plus développée qu’Apple TV et Android TV, la télévision est connectée à Internet, aux smartphones, aux montres connectées, etc. Elle dispose d’un assistant personnel intelligent nommée Tivy, disponible à tout moment pour répondre à nos services. Ce téléviseur intelligent est l’organe principal de la maison connectée. Ses fonctionnalités permettent de contrôler les appareils connectés présents au sein de sa maison. Elle joue ainsi le rôle d’interface entre les objets connectés et l’utilisateur. Grâce à Tivy, l’individu peut, depuis son téléviseur twitter, envoyer un SMS, éteindre sa machine à laver ou ajuster la luminosité de ses lampes etc. Mais également regarder deux chaînes en même temps.

Le téléspectateur totalement à l’aise avec la technologie devient gourmand et avide de nouvelles sensations tactiles et interactives. Une TV multifonctions qui est d’ores et déjà connectée à nos voitures. Un dispositif qui permet aux parents de faire visionner des podcasts à leurs enfants depuis le tableau de bord ! Une idée de génie pour un trajet en toute sérénité… !

Twitter, Facebook : des adversaires redoutables indélébiles

Avez-vous déjà imaginé un monde sans journaliste télévisé ? Serait-il synonyme d’une société dépourvue d’information ? Les notions de journaliste et d’information ont toujours été liées, car la dernière est le fruit du travail du premier. Dorénavant, ce point est nuancé. Bien que le JT subsiste, l’information n’est pas que télévisée. 2032 signe l’air de l’infobésité dans laquelle la dictature de l’instantané prime. Les géants du numérique : Google, Facebook, Apple, Amazone (GAFA) et les réseaux sociaux conquièrent la société de l’information. Les plus en vogue sont Facebook et Twitter. Un tandem de choc qui change notre manière de nous informer. Ce nouveau rapport à l’information permet aux infonautes de transformer les productions journalistiques en morceaux choisis. L’accès aux news se font par fragments et de façon aléatoire au fil des alertes reçues sur nos smartphones. Outre le fait que Facebook et Twitter proposent également de visionner le JT en live, les robots-chatteurs sont devenus leurs meilleurs acolytes. Je m’explique. En se connectant à Facebook ou Twitter Messenger, il est désormais possible de converser avec des médias. Ceux-ci mettent à disposition de leurs lecteurs un robot conversationnel sur leurs comptes Facebook et Twitter pour répondre à nos questions lorsque nous les sollicitons. Des « bots » permis par l’intelligence artificielle, dont l’objectif est d’informer et séduire.

 

Chatteurs-robots sur les comptes Facebook, Twitter et d’autres réseaux sociaux (source : Thinkstock)

À l’aube du « web first », la consommation d’un média unique à proprement parlé n’existe donc plus. Elle laisse place à une compilation faite par un algorithme des sujets susceptibles d’intéresser l’individu. Ainsi, nous avons la capacité de décomposer, recomposer les contenus médiatiques, puis de les remettre en circulation accompagnés d’une touche personnelle de commentaires. Par conséquent, les habitudes de commentaires et de partages sur Facebook et Twitter, ou le recours à des hashtags qui construisent un fil d’actualité renouvellent les interactions entre producteurs d’information et citoyens.

Toute cette myriade d’informations numériques et de données laisse place à une problématique. Celle de la protection des données personnelles des individus qui suscite les questions de sécurité, d’éthique et du droit à l’ère du « Big data ». Débat persistant qui, on l’espère portera ses fruits d’ici quelques années. Affaire à suivre …

Écrit par Karima Ikiou


Sources :

Bibliographie 

Lancien Thierry (2011), « Le journal télévisé :  de l’événement à sa représentation », Presses Universitaire de Bordeaux. 

Webographie 

  • Articles en ligne :

Blandin Claire (2015), « Le journal télévisé, incontournable ou dépassé ?», InaGlobal.

Carasco Aude (2015), « La télévision du futur est à nos portes », La Croix.

Guillaud Hubert (2016) « Comment la techno bouleverse-t-elle notre rapport aux faits ? », InternetActu.net.

Maire Jérémie (2017) , « Les robots-chatteurs sont-ils l’avenir du journalisme ? », Télérama.

Potier Clara, Nadau Louis (2015), « Il est 20 heures, le JT se meurt », Libération

  • Revues :

Kredens Elodie, Rio Florence (2015) « La télévision à l’ère numérique : entre pratiques émergentes et reconfiguration de l’objet médiatique », Études de communication.

Mercier Arnaud (2016), « Révolution numérique : les journalistes face au nouveau tempo de l’info », InaGlobal.

M. Arnaud,  P-C Nathalie (2014) « Mutations du journalisme à l’ère du numérique : un état des travaux »Revue française des SIC. 

R. Franck, F. Dominique, M. Emmanuel (2012), « L’offre d’informations est-elle plus diversifiée sur le web qu’à la télévision ? Une comparaison exploratoire entre sites d’actualité et journaux télévisés »Réseaux.

  • Blog : 

Blog de Poiroux Jérémie (2015), « Essai sur l’avenir du journalisme ».

  • Podcast : 

Munier Jacques (2016), « Le nouveau journalisme », France Culture.

 

 

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Evergig, la start-up des concerts

Il est indéniable que ces dernières années, la foule des concerts est assaillie par une horde d’appareils de toutes sortes. Fini les classiques appareils photos qu’il était encore possible d’interdire, place aux smartphones.

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Cette mode est régulièrement montrée du doigt et critiquée par les habitués de concert et les professionnels qui ont du mal à comprendre que l’on vienne pour regarder un concert à travers en écran. A ce propos, Glenn Max (producteur ayant travaillé notamment avec Patty Smith) s’exprime : « Les gens qui préfèrent enregistrer un concert plutôt que de le regarder de leurs propres yeux » ne vivent pas « l’essence-même d’une expérience live ». ll poursuit,  «Les artistes ont clairement l’impression que le public vit de moins en moins la musique en direct et préfère la vivre à travers leur téléphone. »

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Pour prévenir l’apparition d’un mur virtuel lors des concerts, le groupe Yeah Yeah Yeah avait placardé des affiches à l’attention des fans sur les murs d’une salle de concert de New York « vous êtes priés de ne pas regarder le concert à travers l’écran de votre smartphone … »

A l’inverse, d’autres artistes font preuve d’inventivité pour prendre le contrepied de cette tendance :

L’artiste Mathieu Chedid (M) propose à son public lors sa chanson « La bonne étoile » de mettre leur flash d’appareil photo en marche, simulant ainsi un ciel étoilé. Dans le même esprit Robbie Williams avait demandé à la foule d’activer tous leurs flash en même temps. L’effet était clairement impressionnant.

Evergig, la solution ? 

En 2012, Arthur Dagard et Guillaume Jouannet ont l’idée de créer Evergig après un concert où ils ont été impressionnés du « nombre de spectateurs qui souhaitaient repartir avec une vidéo souvenir  ». Ils font alors le constat que 5 à 6 % des vidéos présentent sur les plateformes de partage en ligne sont des vidéos prises lors de concerts par des amateurs.

Evergig consiste en la création collective de vidéos collaboratives. Arthur Dagard explique le concept : « Le principe d’Evergig, c’est d’être une plateforme collaborative qui va agréger les vidéos prises depuis les smartphones des spectateurs d’un même concert, afin de réaliser une vidéo restituant l’ambiance de celui-ci« .

Le fonctionnement est simple : les robots de la société parcours les plateformes web à la recherche des meilleures vidéos de concert filmées par les fans. Si un nombre suffisant d’extraits est atteint un algorithme les assemble et en améliore le son pour délivrer automatiquement une vidéo multi-angles. Cela ne s’arrête pas là, les outils intelligents mis en place par la start-up française permettent une mise à jour des vidéos des que des séquences de meilleures qualités sont mises en ligne sur le site.

Le seul souci (majeur) reste que le son est de qualité très moyenne. Pour répondre à cette problématique, Evergig lance une version pro, payante qui permet de remplacer la bande son générée par les appareils mobiles par le son capté par la console.

La liste des concerts peut être à l’initiative des utilisateurs qui demandent eux même à voir un concert qui n’est pas présent sur le site.

Une promotion gratuite pour les « jeunes » artistes

Via ce concept, les créateurs d’Evergig entendent d’une part attraper l’instant au cœur du concert mais surtout permettre aux artistes de promouvoir leur live sans engager de moyens financier.De plus, les fans sont ainsi impliqués dans la communication de l’article : chacun pouvant s’identifier via twitter sur la partie de la vidéo qui lui appartient.

Le site n’a par ailleurs, pas tardé à séduire les autres pays : plus de deux tiers des utilisateurs viennent des États-Unis. Fin septembre 2014, le site annonçait le million de concerts hébergés. Elle vise désormais un développement en Corée du Sud et au Japon.