L’intelligence artificielle au service du journalisme en 2035

Depuis des années, les médias font face à de nouveaux défis. Du web 2.0 à la réalité augmentée en passant par la robotique, toutes les professions sont concernées par ces évolutions et le journalisme n’y a pas échappé. Aujourd’hui les professionnels de l’information doivent s’adapter à cette nouvelle intelligence artificielle et numérique. Qu’en est-il du métier de journaliste ?

La réalité virtuelle : Un nouveau média à part entière

Déjà en 2017, plusieurs chaînes d’information se sont essayé à un tout nouveau modèle de journalisme, « Le journalisme immersif ». La pionnière : Nonny de la Peña, ancienne directrice générale d’Emblematic Group (anciennement, Virtual Pyedog) et chercheur à l’École Annenberg pour la communication et le journalisme à l’Université de Californie du Sud. (source wikipedia, mettre un lien). En 2015, elle a expérimenté cette nouvelle forme immersive de journalisme, dont l’objectif était de permettre au spectateur de prendre place au sein de l’actualité, de l’histoire. Son projet le plus connu reste « Project Syria ». Cette expérience immersion est diffusée pour la première fois en janvier 2014 et propose au spectateur une immersion inédite dans une ville syrienne dévastée par la guerre, les bombardements et le combats. Réalisée par l’agence Smart, cette vidéo plonge le regard du spectateur à 360°, se mettant à la place du journaliste syrien qui déambule dans les rues d’une ville dévastée par les bombardements et les combats entre l’armée de Bachar Al-Assad et les milices islamistes.

ARTE 360, le Parisien 360, tous se sont ensuite essayés au documentaire immersif 360°. En 2035, toutes les rédactions disposent sans exception de la réalité virtuelle. La première a avoir pris en compte la réalité virtuelle comme véritable média était la célèbre chaîne américaine d’information en continu, CNN. Elle avait développé le journalisme immersif et avait proposé des reportages en 360°. Une unité entièrement dédiée à la réalité virtuelle avait vu le jour, ce qui donna les premiers reportages du journalisme immersif. À l’époque, couvrir certaines actualités via des vidéos immersives était une petite révolution. Ce nouveau mode de journalisme permettait de plonger le spectateur au cœur de l’action et cela représente une nouvelle façon de raconter l’histoire. C’est en quelque sorte une expérience une expérience sublimée du terrain.

De son côté, la chaîne ABC News a plongé les spectateurs au cœur d’une parade militaire de Corée du Nord dans le cadre du projet « Inside North Korea». Diffusé pour la première fois le 10 décembre, ce documentaire a été réalisé en partenariat avec la société de réalité virtuelle Jaunt, et distribué via l’application du même nom. Alors que l’utilisateur est assis confortablement sur son canapé, celui-ci a la véritable sensation d’être en plein coeur d’une manifestation du 70ème anniversaire du Parti du travail de Corée, au beau milieu de la place Kim II-sung.  

 

Inside North Korea VR | ABC News #360Video

Considéré en 2016 comme une simple gadget visuel, la Réalité virtuelle fait partie intégrante des nouveaux médias. Interactivité, personnalisation, mobilité, immersion, la réalité virtuelle répond au besoin d’une époque en pleine mutation. La réalité virtuelle est le seul média qui place l’utilisateur au centre, lui donnant ainsi la possibilité de contrôler, diriger son champ de vision, choisissant ce qu’il veut regarder.

Dans le monde de la réalité virtuelle, le potentiel de l’empathie est accentué. L’actualité est vécue par le spectateur ce qui provoque de l’émotion, de l’empathie comme aucun autre média. Les sujets réalisés en 360° sont très puissants en sensation, car ils permettent une immersion totale du spectateur, il propose un effet une présence intense. L’impression de vivre un événement réel, car le spectateur n’est pas séparé par un écran ou une télé.

Dans les années 2000, les téléspectateurs étaient déjà confrontés à ce type de « journalisme sensationnel ». Les chaînes d’information en continu, en quête d’audimat, étaient dans une course au scoop, entrainant ainsi la publication d’informations dont les sources n’étaient pas toujours fiables et vérifiées. De plus, la recherche du sensationnel était omniprésente. Pour capter l’attention des téléspectateurs, les médias ont très vite fait appel au sensationnel et aux images chocs. Mais, ce journalisme d’immersion repose sur l’idée qu’avec plus d’empathie, nous sommes capables de mieux comprendre l’information. Or, faire ressentir l’émotion n’a pas pour finalité de faire comprendre le monde. [LE1] Le journaliste doit l’expliquer, le distancer et mettre l’information dans le contexte. C’est pour cette raison, que le journaliste a développé une toute nouvelle façon de raconter l’information sans pour autant la dénaturer.

Si nous remontons 20 ans en arrière, de nombreux médias, surtout les médias français, étaient affolés de voir la réalité virtuelle s’approprier l’univers journalistique. Or, notre monde a évolué, et nous devons nous adapter aux changements. Il a été très difficile pour les journalistes de s’adapter aux changements, et d’intégrer une nouvelle sémantique, un nouveau langage.

L’essor des algorithmes…

 

Crédit: Josh Jarman

 

Le 20 septembre 2035, un article rédigé par un algorithme programmé en collaboration avec un journaliste a remporté le prix Pulitzer dans la catégorie Journalisme. C’est une première pour la profession. Tant redoutés en 2014, les « robots-journalistes » ont inlassablement évolué et ont perfectionné leur niveau.

Conçu à l’initiale pour filtrer de grandes quantités de données brutes afin de les convertir en récit personnalisé dans un style d’écriture assez limité, leur mission ont véritablement évolué. Aujourd’hui, les robots-journalistes sont capables de recueillir des informations, faire des captures d’écran sur internet et poster eux-mêmes leur propre article en ligne. Leurs articles ont même la mention « article écrit par un robot ou une intelligence artificielle » au bas de page.

Bien qu’aujourd’hui, les agences de presse du monde entier diffusent des milliers d’articles conçus par des algorithmes, le métier de journaliste n’est pas mort pour autant. Alors que les missions des algorithmes ont clairement évolué, ces dernières restent tout de même limitées. Les journalistes ont réussi à conserver une part de leur métier. Car en effet, quand bien même la robotique[LE1]  a grandement évolué ces dernières années, le robot se trouve toujours dans l’incapacité de se déplacer sur le terrain, dans l’incapacité d’accorder des interviews, et n’acquiert pas la notion de neutralité, fer de lance du métier de journaliste.

Toutes ces évolutions ont contribué à intégrer au sein des écoles de journalisme des sections informatiques afin d’apprendre aux élèves à coder. Mais cela ne démontre en aucun cas que le métier de journaliste est meurtri. Une réelle collaboration entre les mondes informatiques et la presse s’est développé ces dernières années. Exemple : le site Owni.fr se présente comme un média d’enquête, de reportage et de data-journalism, dédié aux cultures numériques ainsi qu’aux nouveaux enjeux de société. Cette évolution n’a donc pas exterminé le métier de journaliste, comme on pouvait si bien l’affirmer 15 ans auparavant, dans la mesure où il existe une véritable forme de collaboration entre les robots et les journalistes. Ces derniers auront ainsi la possibilité de se pencher un peu plus sur des sujets de fond, et traiter l’actualité à la manière d’un documentaire.

…au service du slow-journalisme

 

 

Comme son nom l’indique, le « slow journalisme » prend le temps d’informer. Grâce à l’avènement des robots-journalistes, le concept du slow journalisme, qui avait vu le jour dans les années 2000 est plus que d’actualité en 2035. Très tendance dans les années 2000, ce discours « slow » a peu à peu envahi de nouveau les médias, se traduisant par des modes de production en opposition à l’immédiateté et à l’instantanéité qui caractérisaient nos sociétés en 2015. Alors que les robots-journalistes ont pris le pas sur la construction de brèves, le commentaire de compétition sportive, ils laissent du temps aux journalistes de traiter des sujets de fonds sous forme de web-documentaire.

Une nouvelle manière de raconter l’information

 

 

À l’image du documentaire « Prison Valley, l’industrie de la prison », le web-documentaire est de nouveau d’actualité au sein des rédactions désireuses de traiter des sujets de fonds, laissant les « journalistes-robots » traiter l’actualité en direct. Un tout nouveau journalisme narratif s’est développé allant à contre-courant de ce que prédisaient les spécialistes de l’époque, prônant un journalisme instantané.

Bibliographie

Articles en ligne

 

  • ROCHE Sophie, (3 Mars 2017), « Le journalisme : vers une intelligence artificielle ? », arte.fr, Repéré à
    http://future.arte.tv/fr/le-journalisme-vers-une-intelligence-artificielle

 

 

 

 

  • GIZARD Dakota, (11 juin 2016), « Journalisme 360° : une réalité (virtuelle) bientôt inévitable », horizonsmediatiques.fr, Repéré à
    https://horizonsmediatiques.fr/2016/06/journalisme-360-une-realite-virtuelle-bientot-inevitable/

 

 

 

Revues

 

 

 

 

 

Le métier de data-journaliste en 2031 : vers une disparition de l’écrit ?

Paris, le 16 avril 2031. Le journalisme a bien évolué. La rédaction web n’est plus ce qu’elle était car les internautes ne lisent quasment plus. La seule information qu’ils acceptent est celle qu’ils peuvent voir d’eux-mêmes, sans l’analyse d’un tiers. L’écrit et l’investigation ont laissé place aux images, aux vidéos, aux infographies et à l’immersion.  Au travers de ce récit d’une journée classique passée au sein d’une rédaction en pleine élections présidentielles, découvrez l’évolution et le passage d’un journalisme web et écrit à un journalisme imagé, virtuel et presque immatériel où l’homme disparaît pour ne laisser place qu’à l’information seule.

 

8h30 : Un dimanche matin comme les autres, ou du moins, pas vraiment. Ce soir nous saurons enfin qui gouvernera la France durant les cinq prochaines années. Ma journée va être chargée, il ne faut pas que je sois en retard. Je monte dans mon Uber, direction la rédaction.

8h58 : J’arrive au bureau et sans grande surprise, les couloirs sont déserts tout comme les postes de travail. Depuis l’annonce du plan social, notre employeur a éliminé les journalistes un à un. « Nous n’avons plus les moyens de tous vous garder » nous ont-ils dit, mais la vérité est qu’ils ne veulent plus investir d’argent dans nos salaires, mais dans une autre cause bien plus intéressante pour eux. Les bureaux sont vides ? Ce n’est pas tout à fait vrai. GATA est là. GATA, c’est le robot-rédacteur qui travaille avec nous depuis 5 ans. Si un jour on m’avait dit que mon collègue de travail serait une machine… Pourtant, j’aurai dû voir cela venir. En 2018, année durant laquelle je suis arrivée dans cette boîte, la presse papier se portait mal, mais notre journal demeurait encore l’un des premiers vendus au format papier : 250 000 exemplaires distribués en France. Néanmoins, le journalisme traditionnel avait déjà engagé son grand virage vers le web. En tant que journalistes, nous sentions déjà le vent tourner et tout emporter sur son passage. Ses premières victimes ? Ceux qui travaillaient dans la presse écrite. Ce pôle a été fermé en 2025. Il ne rapportait plus assez car les journaux papiers ne se vendaient plus autant que les numériques. Au départ, la majorité des journalistes papiers ont été déplacés au pôle web. Mais cela n’a pas été suffisant. Nous n’étions plus assez rapides, plus assez pertinents. Le monde nous trouvait trop subjectifs, plus assez indépendants. En somme, on faisait mal notre boulot. Alors, ils ont réfléchi à de nouvelles solutions, et les robots-rédacteurs sont arrivés : plus rapides, plus objectifs, plus économiques en l’absence de taxes salariales. Que demande le peuple ! La rédaction a ainsi accueilli sont tout premier robot, et dit en même temps adieu à un des journalistes web, et ainsi de suite. Les robots ont envahi le bureau et les rédacteurs s’en sont allés. Moi et deux autres collègues sommes des survivants mais nous avons dû faire des concessions. Fini la sécurité de l’emploi ! Nous avons laissé aux robots nos précieux CDI, et accepté de signer des contrats à durée déterminée. Cela fait aujourd’hui 2 ans que je travaille sans aucune assurance, entourée de robots qui eux, sont sûrs d’être encore là demain. D’ailleurs, il n’est que 9h15 et GATA a déjà écrit près de 300 articles. Il faudrait peut-être que je m’y mette aussi.

12H32 : Pause-déjeuner. Je peux enfin prendre le temps de manger un bout. J’en profite pour regarder les articles que GATA a posté pendant la nuit. Aucune faute, objectif, clair et concis, il n’y a pas à dire ! Je ne sais pas si j’aurais moi-même pu écrire des papiers d’une telle qualité !

13H41 : Je me remets sur mon poste de travail. Quels seront les sujets que je traiterai cet après-midi ? Je lance l’application Signal de Facebook qui me permet de détecter les sujets les plus en vogue et les tendances qui monteront sur l’ensemble des réseaux sociaux d’ici quelques heures, et je me lance. Il faut que je fasse cinq infographies avant d’avant d’attaquer la suite. Je ne sais pas si je vous l’ai dit, mais cela fait 2 ans que je ne suis plus journaliste web. Les seuls à rédiger ici sont les robots. Plus personne ne lit sur Internet. Les internautes n’ont plus le temps. C’était déjà le cas il y a une dizaine d’année où l’on ne cliquait même plus sur les articles pour les lire. On se contentait uniquement du titre, d’où d’ailleurs la naissance du métier de titreur. Aujourd’hui, on se contente de faire du contenu visuel attrayant ! Plus les articles sont courts et mieux c’est. D’ailleurs, c’est un critère essentiel dans le nouvel algorithme de référencement de Google. Il faut aller à l’essentiel, quitte à parfois négliger le fond. Nous par exemple, on ne rédige plus d’enquêtes. Tout se fait en vidéo ou en gif : des sortes de récap’ de l’actualité. Les internautes veulent être capables de saisir l’information principale en un claquement de seconde ou en un coup d’oeil. Lire des articles de fond de trois pages ne les intéresse plus. C’est pourquoi je suis passée de journaliste presse écrite et web, à ce que l’on appelle une data-journaliste. Je créé des contenus interactifs, faciles à comprendre et rapides à consulter. Avec le BIG DATA toujours croissant, un nouveau problème se posait à savoir la possibilité de naviguer dans un énorme flux de contenu pour y puiser les sujets qui feront l’objet d’un article. Cette sélection rapide et pertinente d’informations est désormais possible grâce aux robots-rédacteurs. Dans le cadre de ces élections par exemple, je travaille de pair avec GATA. Il nous est de façon logique impossible de couvrir la totalité des communes françaises. GATA va ainsi récolter l’ensemble des données disponibles sur chaque commune pour en faire des brèves, dès que les résultats tombent dans une commune précise. Elle est capable d’analyser des informations contenues dans de gros volumes de textes. Elle extrait donc les informations essentielles à exploiter et en fait des articles. Elle m’envoie ensuite les informations principales à mettre en valeur dans mes infographies. C’est rapide, efficace et cela nous permet aussi de faire des économies. Plus besoin de payer des journalistes reporter et de les envoyer sur le terrain. Tout se fait depuis la rédaction. Concernant le fact-checking, nous utilisons l’outil « Content check » qui automatise la vérification de nos données et leur contextualisation, en fournissant des faits, des chiffres, des données, selon un contexte, un propos, etc.

15H03 : Marie vient d’arriver. Marie, c’est l’une des seules personnes encore humaine qui travaille à la rédaction. Ancienne youtubeuse aux millions d’abonnés, aucune formation en journalisme mais une véritable professionnelle en community managment mais aussi et surtout en réalité virtuelle ! Elle travaille au pôle immersif de la rédaction ! Son objectif du jour : couvrir la prise de parole du nouveau président en réalité virtuelle et proposer sur les réseaux sociaux des vidéos immersifs en 360° ! Tous nos spectateurs équipés de casque de réalité virtuelle pourront ainsi assister au discours du président comme s’ils se trouvaient à l’Elysée. En 2017, lorsque la chaîne CNN avait lancé son tout premier reportage immersif « Surviving Alepo », nous plongeant au cœur de la ville syrienne d’Alep ravagée, ce fut une véritable révolution ! La vidéo avait à l’époque attiré des millions de spectateurs, mais les casques de réalité virtuelle n’étaient pas encore réellement démocratiser. A plus de 600€ le casque, beaucoup s’étaient vu privés de ce privilège. Aujourd’hui, toutes les rédactions sont équipées d’un pôle VR comme le nôtre car les casques de réalité virtuelle sont devenus monnaie courante. D’ailleurs, Marie m’appelle et me demande d’effectuer quelques tests. Je sors mon Iphone 18x et branche mon casque. Je me connecte tout d’abord à l’application de la rédaction. En attendant l’annonce du président, nous proposons aux Français des immersions dans les mairies des 15 plus grandes villes de France. Paris, Lille, Marseille, c’est comme si je me téléportais aux quatre coins du pays. Tout est opérationnel. Vient maintenant le tour des réseaux sociaux. Je débranche mon casque de mon téléphone et le branche à mon ordinateur. Sur Facebook, l’immersion est de très bonne qualité. On s’y croirait presque ! Mais depuis Instagram, le live semble bugger. Je transmets l’information à Marie. Tout doit être prêt à 19 h !

19H04 : Les lives immersifs sont prêts. Actuellement, prêt de 500 000 français nous ont rejoint sur notre direct immersif en 360. C’est parfait ! Plus qu’une heure avant l’annonce du nouveau président. Mais c’est encore l’effervescence à la rédaction. Je ne vous l’avais pas dit mais ce soir, nous recevons un invité de prestige : le président en personne nous accordera son tout premier entretien. On le reçoit ? En réalité, pas vraiment. C’est son hologramme que l’on accueillera grâce à la toute nouvelle application holographique Leia. C’est la solution qu’il a trouvé pour nous accorder un entretien non seulement à nous, mais aussi aux autres groupes de presse. Chacun à notre tour, nous aurons 15 minutes pour poser des questions au chef de l’Etat. Notre entretien sera retransmis sur les réseaux sociaux et les internautes pourront poser leur question en direct.

20H00 : Le nom du nouveau président est annoncé.

20H30 : Il énonce son discours que nous retransmettons en réalité virtuelle.

21H02 : C’est l’heure de la conférence de presse holographique. Le double du président est là, à la rédaction. Mais ce n’est non pas nous qui lui posons des questions, mais les internautes sur les réseaux sociaux. Cela est rendu possible grâce à une toute nouvelle technologie du nom de RES3, spécialisée dans le prétraitement des données issues des réseaux sociaux. Cette plate-forme nous permet d’analyser en temps réel les opinions exprimées sur les différents réseaux sociaux. Les internautes commentent l’événement sur internet ou sur notre application. RES 3 qui est également un chatbot, à savoir un robot conversationnel, se charge de répondre aux questions que les internautes se posent sur les présidentielles. « Qui propose d’augmenter les impôts ? Quel est le bureau de vote le plus proche de chez moi ? »… Quelque soit la question posée, il suffit de l’envoyer en message privé au compte de la rédaction sur Facebook, Twitter ou Instagram, et il se chargera de répondre. RES 3 s’occupe parallèlement de collecter chaque question au président et grâce à un algorithme, ressort celles qui reviennent le plus souvent. C’est RES 3 lui-même qui pose alors ces questions des internautes au nouveau chef d’Etat. Grâce à cela, ces derniers ont le sentiment de s’adresser au président sans qu’un tiers interfère. C’est ce qu’ils recherchent à tout prix : la transparence. Ils veulent l’information sans celui qui la transmet. Ils veulent voir le président en réalité virtuelle et avoir l’impression d’être à ses côtés. Ils ne veulent plus d’intermédiaire car ils craignent d’être influencés par les médias. Pour mettre en forme cette transparence, le journaliste doit se faire petit et donner l’illusion de ne pas être là. Il doit disparaître pour laisser la place à l’information seule. L’internaute veut se faire sa propre opinion seul, à partir de ce qu’il voit. Le fond n’est plus synonyme de profondeur, de réflexion, d’analyse et de sources vérifiées. Le fond, c’est la possibilité de voir l’information soi-même, de ses propres yeux. Le journalisme écrit est presque mort. Il a cédé sa place au journalisme visuel, virtuel ou immersif.

Un hologramme du candidat à la présidentielle Jean-Luc Mélenchon, visible le 18 avril 2017 à Montpellier ©ANNE-CHRISTINE POUJOULAT, AFP

 

22h18 : Le président vient de terminer sa conférence de presse. Les internautes semblent plutôt satisfaits. Je peux donc rentrer chez moi. Aujourd’hui j’ai accompli mon métier de data-journaliste. Peut-être que demain, mon métier aura encore évolué ou aura tout simplement été remplacé par une toute nouvelle technologie. Existera-t-il encore des journalistes ? Je ne saurais le dire, mais ce qui est certain, c’est que je n’en ferai sans doute pas partie. Mon CDD prend fin ce soir.

Aujourd’hui, la médiation journalistique est de plus en plus remise en question. L’écrit symbolise le temps, la subjectivité de la personne qui rédige et de ce fait un intermédiaire en qui les citoyens ne font plus confiance, le problème de l’indépendance des médias étant de plus en plus pointé du doigt. Avec l’arrivée des robots-rédacteurs, les journalistes web s’inquiètent ainsi de voir leur métier disparaître, comme c’est aujourd’hui le cas pour les journalistes de presse écrite. Ils sont plus rapides, plus économiques, ils ont la capacité de gérer, d’analyser et d’effectuer une sélection au sein d’une masse importante de données, et sont en plus de cela plus objectifs que l’homme. A ces problématiques s’ajoute le fait que les tendances culturelles ont évolué et que les internautes passent de moins en moins de temps à lire. Le journalisme visuel et immersif semble ainsi apporter une nouvelle réponse à ce problème, en faisant finalement disparaître le journaliste ou du moins en dématérialisant celui qui incarne la médiation entre l’information et l’informé.

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BIBLIOGRAPHIE

Ouvrages

• POULET Bernard, La Fin des journaux et l’avenir de l’information, Edition Gallimard, 2009.

• SCHERER Eric, A-t-on encore besoin des journalistes, Edition Broché, 2011

WEBOGRAPHIE

Articles en ligne

• D.LC, (20 avril 2017), « Présidentielle : demandez tout au « chatbot » du Parisien sur Twitter », Le Parisien. Repéré à

http://www.leparisien.fr/elections/presidentielle/presidentielle-demandez-tout-au-chatbot-du-parisien-sur-twitter-20-04-2017-6870546.php

• SHERER Eric, (25 septembre 2016), « Journalisme web : 10 tendances pour 2016 à 2026 », Meta-media.fr. Repéré à

http://www.meta-media.fr/2016/09/25/journalisme-web-10-tendances-pour-2016-a-2026.html , publié le

• LABBE Pierrick, (9 mars 2017), « Journalisme immersif : CNN lance un département réalité virtuelle », Realite-virtuelle.fr. Repéré à

http://www.realite-virtuelle.com/journalisme-immersif-cnn-vr-0903

• Columbia Journalism School (25 février 2016), « La réalité virtuelle appliquée au journalisme : un rapport », Arte.tv/fr. Repéré à

http://info.arte.tv/fr/la-realite-virtuelle-appliquee-au-journalisme-un-rapport

• OREMUS Will, (27 juillet 2014), « Journalisme-robot : le soulèvement des machines à écrire », Slate.fr. Repéré à

 http://www.slate.fr/story/90145/journalisme-robot,

• SIMON Cyril, (20 mai 2016), « Une majorité d’articles sont partagés sur les réseaux sociaux sans même être lus », Slate.fr (article repéré sur le Washington Post). Repéré à :

http://www.slate.fr/story/119811/reseaux-sociaux-lisent-titre

• GROUSSARD Véronique (11 avril 2017), « Comment les grands patrons s’emparent des médias », Le Nouvel Observateur, Repéré à :

http://teleobs.nouvelobs.com/actualites/20170410.OBS7840/exclusif-les-bonnes-feuilles-de-medias-les-nouveaux-empires.html