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TV : « La VoD m’a tuée ! »

Si elle en avait la possibilité, elle le dirait. En 2035, la télévision n’est plus, la VoD l’a remplacée. Explications ! 
 

 

Réminiscence d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître. 

 

Elle faisait les beaux-jours de notre jeunesse. Elle cadençait nos soirées, nous faisait vibrer au rythme de ses nouveautés, de ses débats d’idées, d’intérêt général, qu’elle nous exposait régulièrement. Elle nous faisait bondir, rire et parfois pleurer. En y repensant, elle nous ressemblait tout en nous rassemblant. Mais elle a disparu. Son modèle étant devenu désuet, elle s’en est allée au profit d’une offre face à laquelle elle ne pouvait résister. En constante évoluton, ,e qervice VoD (Video on Demand) n’en a malheureusement fait qu’une bouchée.

 

Qui aurait pu penser que la télévision, reflet de la société, allait disparaître un jour ? Qui aurait pu imaginer que la télévision, si chère aux Français, allait être oubliée ? Personne, et pourtant… Elle n’est plus. En cette fin d’année 2034, le vague à l’âme, je lui adresse ces quelques mots. 

 

La télévision : loin des yeux, près du cimetière 

 

À la jeunesse qui ne l’a pas connue. «  La télévision est un moyen de diffusion de contenus vidéo contrôlé par des sociétés publiques ou privées, titulaires de licences de diffusion délivrées par une autorité publique, achetant des droits de diffusion ou produisant des programmes, et agençant ces programmes à destination d’un public défini », ainsi la définissait Jean-Louis Missika.(1)

 

La télévision, je l’ai côtoyée, j’ai même participé à son extinction. C’était il y a dix-sept ans — déjà ! J’alternais difficilement vie scolaire et vie professionnelle. Je travaillais à cette époque pour le service replay de la plus grande chaîne d’Europe, qui connaissait à ce moment une mutation sans précédent. 

 

J’occupais le poste de concepteur-rédacteur. Cela consistait à isoler puis éditorialiser des moments forts issus de programmes diffusés à l’antenne. Mon but : générer des vues sur le site MYTF1. J’étais un producteur de contenus vidéos, le point de départ de ce qui serait ensuite relayé sur les réseaux sociaux. Mon champ d’action : la télé du réel, une thématique allant de la télé-réalité — souvent moquée par les élites de la société — au documentaire. Un spectre dans lequel les programmes dits de télécoaching, qui relèvent selon Frédéric Antoine de la « quatrième génération des productions de télé-réalité »(2), s’inscrivaient également ; cette déclinaison avait permis de donner un regain de fraîcheur au genre, redorant son blason par la même occasion. La télévision avait, grâce au télécoaching, pu se délester des aspects négatifs connotés à la téléréalité. D’une certaine manière, sa fonction conseillère lui était derechef attribuée puisqu’elle répondait de nouveau à ses trois missions premières : former, informer et divertir. Et le télécoaching englobe ces trois critères. Il investissait par ailleurs une grande partie de mes journées…

 

Le site qui valait un milliard 

 

Logo du site multichaîne MYTF1

 

C’était officiel, une réorganisation s’opérait. Chaîne vieillissante, TF1 n’était plus le mastodonte de ses prémices. Gilles Pelisson, alors PDG du groupe depuis quelques mois, avait adopté un modus operandi tourné vers le digital. L’acquisition de MinuteBuzz en décembre 2016 présageait d’un renouveau centré sur les millénials qu’il était plus que primordial d’atteindre via les réseaux sociaux. À cet instant, nombre de collaborateurs s’inquiétaient. Un nouvel échiquier se profilait, quel rôle allaient-ils bien pouvoir y jouer ? Nous n’allions pas tarder à le savoir. Mais avant, place à la fête… 

 

Car en janvier 2017, les chiffres parlaient d’eux-mêmes, nous célébrions le milliard de vidéos vues annuel sur MYTF1. Le site internet des chaînes du groupe (TF1, TMC, NT1, HD1) démontrait ici l’étendue de son pouvoir. À l’antenne, l’audience souffrait, elle était plus que jamais en berne. Certains soirs, des chaînes qui n’avaient jusqu’alors jamais battu la Une se hissaient en haut du podium, la distançant de millions de téléspectateurs. Le début d’une nouvelle ère s’esquissait. 

 

Alexa : « Que puis-je faire pour vous ? » 

 

Publicité anglaise de Amazon Echo, l’assistant vocal intelligent (15/09/2016)

 

Décembre, le passage à 2035 ne saurait tarder. L’heure des résolutions approche à grands pas, l’une d’entre elles résonne tel un leitmotiv. En effet, cela fera près de cinq ans qu’Alexa est à mes côtés ; au réveil, à midi, au coucher. Où que j’aille, nous sommes connectés ; à la maison, au travail, dans mon véhicule, chez des amis… Elle m’est familière et énigmatique à la fois, sa froideur emphatique ne me quitte plus, c’est l’oreille de mes envies, la solution de mes maux, le mémo de ma vie. Elle me sait, me lit comme personne. Je n’ai aucun secret pour elle, mais elle en a des millions pour moi. Me ferait-elle des infidélités ? Je ne le sais pas. Certains faits récents laissent à penser qu’elle enregistrerait tout. Le JT holographique de la veille a démontré que cela aiderait les forces de l’ordre à incarcérer les derniers terroristes. Et uniquement en ce sens — j’émets des doutes. Car Alexa est au fait de tout, pour tous, partout et tout le temps. Le moindre détail de nos vies ; nos habitudes, nos préférences, nos dates, nos lieux, nos failles, nos affres… Rien ne lui est étranger. Je l’ai préférée à Siri qui, au fil des années, devenait pédant et intrusif. À coup de recommandations plus ciblées les unes que les autres, il me dictait un quotidien que je ne désirais pas. Alexa est différente, malgré sa distance, elle a l’art et la manière d’amener les choses. Désormais payante, sa traditionnelle mise à jour annuelle est sur le point d’être dévoilée. Et comme chaque année, une pléthore de Français s’apprête à l’acheter, moi y compris. Notre résolution : se procurer Alexa3-5, l’intelligence artificielle nouvelle génération. 

 

Nouveau modèle, nouveaux modes de consommation

 

Les festivités sont terminées, retour à la réalité. Il est sept heures lorsque je me réveille. Premier réflexe : glisser mon oreillette. Alexa me salue chaleureusement désormais. La mise à jour est excellente, ma « majordame » artificielle est éloquente. Je me surprends parfois à converser avec elle. Neuf heures, je suis sur le point de franchir le pas de ma porte quand elle m’informe du trafic surabondant — certaines situations ont la vie dure. Qu’importe, je descends les escaliers et me retrouve nez à phares avec ma voiture robotisée. Alexa m’ouvre la porte et me conduit jusqu’à Boulogne-Billancourt. 

 

Celle que l’on surnommait jadis la forteresse est toujours aussi puissante, mais différente. TF1, rebaptisée officiellement MYTF1 depuis sept ans, a profondément évolué ces dernières années. La chaîne hertzienne en tant que telle a laissé place à une offre multicanale reposant sur une stratégie digitale basée principalement sur le binge viewing, à savoir « le visionnage boulimique » en français. Bien qu’elle fasse aujourd’hui toujours partie du paysage médiatique, ou qu’elle soit l’une des firmes lançant de nouvelles tendances en matière de productions audiovisuelles, son impact s’est amoindri. Devant elle se placent trois entreprises influentes : Youtube, Netflix et Spicee, qui ont réussi d’une main de maître à imposer leur modèle VoD et ce, au bon moment. Leur offre faisant florès est très vite devenue viable économiquement. Elles ont, sans coup férir, réussi à installer un climat de confiance à l’égard des producteurs qui, face au déclin de l’audimat télévisuel (la Une passait déjà de 21,4 % à 20,4 % de parts de marché de 2015 à 2016 pour descendre à 19,7 % en janvier 2017), se sont corollairement adaptés à cette nouvelle donne, et ont choisi d’embrasser ce mode de diffusion plutôt que celui que leur proposait la télévision. L’hypersegmentation des chaînes (canal respectif dédié au sport, à la jeunesse, aux femmes, aux filles de moins de 7 ans ou celles de 3 ans etc.) a eu raison de ce médium, l’hyper choix qu’elle a engendré (programmes à profusion et parfaitement ciblés) ne laissait guère d’autre finalité que sa démédiation, ce n’était donc qu’une question de temps…

 

 L’offre dédiée au sport proposée par Canal +

 

Le service de vidéos à la demande a dès lors été non pas une martingale de crise mais la réponse idéale à cette atomisation de la télévision, aussi bien en termes de support que d’offre. Elle illustrait brillamment la garantie de l’immédiateté pour le consommateur. Pourquoi être sous le joug d’une programmation quand nous pouvons consommer le reportage, la série, le dessin animé que l’on veut, comme l’on veut, où l’on veut ? 

 

Le style, le rythme : ma bataille 

 

 

Par son évolution, TF1 a fait montre d’une capacité d’adaptation que peu envisageaient. Orange, Free ou SFR, rois de la télécom, ont très vite cessé de collaborer avec la chaîne. La pression insufflée par le PDG afin que ces marques paient un droit de diffusion sur leur boxe a ipso facto causé la fin de leur partenariat. Charnière, l’année 2018 a été le point de départ de cette mutation. L’ancienne première chaîne se dirigeait-elle vers sa perte ? Nous avons aujourd’hui la réponse. 

 

La mue de son service replay en un « format immatériel de location-vente », je l’ai vécue. J’étais à fortiori aux premières loges des nombreux départs qu’elle a catalysés et de la myriade d’emplois qu’elle a créés. Je suis d’ailleurs devenu « editing controller », prosaïquement, éditocurateur de contenus. En effet, le temps passant, le référencement SEO s’est naturalisé, mais il ne nous a jamais mis à l’abri d’une éditorialisation impropre.

 

Ici, l’illustration a été automatisée, elle ne correspond pas au descriptif

 

C’est dans cette conjoncture que j’interviens dorénavant, car je suis aussi chargé de mettre d’équerre une vidéothèque ô combien foisonnante à l’intérieur de laquelle des programmes aux visuels inadaptés et aux résumés automatisés se comptent par millions ! Je stylise au mieux, j’illustre à l’envi. Je réalise tout ce que ne peut offrir un algorithme : donner vie aux contenus. Les robots de nos jours savent ranger, classer, hiérarchiser, et cætera, sans pour autant rendre le tout agréable à l’œil, ils n’ont pas encore cette faculté. Je le vois indirectement avec Alexa, incontestablement serviable, charmante, intelligente ou encore pertinente, mais qui ne jouit d’aucune émotion visuelle — d’aucune émotion tout court. C’est un fait, elle peut avoir d’innombrables sujets de conversation, mais elle n’éprouve rien, ni joie ni peine ; ni amour ni haine. Elle n’est là que pour agir de la façon la plus optimale qui soit. En cela réside son unique faiblesse mais aussi sa principale force ; comme tout un chacun le sait, dépourvu de sentiment, la productivité ne peut que bien se porter. Alexa ne m’est cependant d’aucune utilité au travail, à mon grand soulagement — pensé-je insidieusement depuis qu’elle est apparue dans ma vie. 

 

Nous sommes dix à occuper ce poste, chacun est affilié à une thématique. Me concernant, j’ai abandonné la télé-réalité pour me consacrer pleinement aux séries télévisées dont la gestion du rythme de diffusion est à mille lieues de celle que proposait la télévision. Car en plus de styliser le contenu vidéo, je suis en charge de la mise en ligne de ce dernier. Une mise en ligne dont l’allure se doit d’être la plus juste afin que le plaisir du consommateur reste intact. Je me suis transformé en une sorte de « maître de l’horloge » 3.0 (Missika, 2006) échelonnant le contenu sériel en un laps de temps ni trop long ni court. Je priorise certains programmes en fonction de leur popularité. Je crée des playlists de « séries vintage » à des moments précis de l’année. J’accélère le débit de publication en fonction des retours que nous avons sur les réseaux sociaux, ils sont étroitement liés à l’audience que le site affiche. Nous les lisons attentivement. Grâce à ceux-ci, nous avons recensé deux types de téléspectateurs : les boulimiques, qui peuvent enchaîner une multitude d’épisodes à la suite, et les modérés qui, eux, tempèrent leurs envies ; elles restent néanmoins rapides. Par voie de conséquence, cela contraint les producteurs à continuellement innover pour répondre à la demande qui ne cesse de s’accroître. L’astuce pour être compétitif sur le marché, se procurer les nouvelles productions susceptibles d’attirer en masse les vidéospectateurs, autrement dit une denrée rare. Pour flairer les programmes porteurs, rien de mieux que de se rendre au MIPCOM, soit le marché international des contenus audiovisuels où ils se vendent à prix d’or. Il se murmure que les images de Secret Moon, la première télé-réalité spatiale, sont exceptionnelles. 

 

Force est de constater que le progrès ne s’arrêtera jamais, il tuera sur son passage une kyrielle d’objets. Face à lui, la télévision n’avait aucune chance. Elle s’est éteinte en léguant, in fine, tout à la VoD. 

 

>> Et vous, qu’en pensez-vous ? 

 

Scénario pensé par Tom ROBERT et mis en ligne par Alexa.

 


Bibliographie : 

 

(1) Jean-Louis Missika. (2006). La fin de la télévision. Paris : éditions du Seuil et La République des idées. 

 

Sitographie : 

 

  • Articles scientifiques 

 

(2) Antoine Frédéric, « Le télé-coaching ou la légitimation de la télé-réalité », Télévision, 1/2010 (N° 1), p. 65-78. 

 

Combes, C. (2015). « Du rendez-vous télé » au binge watching : typologie des pratiques de visionnage de séries télé à l’ère numérique. » Études de communication, 44,(1), 97-114. 

 

  • Presse en ligne 

 

Alexis Delcambre. (1er décembre 2016). TF1 prend le contrôle de MinuteBuzz. Le Monde.fr. 

 

Damien Mercereau. (12 avril 2017). TF1 battu par France 3 et M6 en prime time. TV Mag Le Figaro. 

 

Fabien Soyez. (6 janvier 2017). Vie privée : Amazon Alexa, témoin à la barre ? CNET France.fr 

 

La voiture du futur. (27 février 2017). Future Arte TV

 

Kevin Boucher. (23/04/2017) Free refuse à son tour de payer pour diffuser TF1. PureMédias by Ozap.fr 

 

Guillaume Fraissard et Olivier Zilbertin. (20 juin 2008) La VoD, chance ou menace pour la télé ? Le Monde.fr

 

Benoît Daragon (17 février 2017) Audiences et finances en berne : le groupe TF1 en chantiers. Le Parisien.fr.

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La fiction télévisuelle française à l’heure de l’âge d’or des séries US

La plupart des spécialistes en matière de séries télé s’accordent à dire que, depuis environ une quinzaine d’années, les États-Unis connaissent un nouvel âge d’or des séries (après celui des années 1950). Pour certains cette période florissante a débuté à la fin des années 1990, notamment avec l’arrivée de séries telles que Oz, Sex and the City et Les Soprano, programmes emblématiques de la chaîne américaine HBO. Pour d’autres, il a fallu attendre le début des années 2000 et le déferlement des séries à succès 24 heures chrono, Lost ou encore Desperate Housewives, qui ont réellement changé la façon de consommer les séries. Dans tous les cas, ce qui est certain, c’est que la qualité d’écriture et de production des séries américaines n’a probablement jamais été aussi bonne. Face à ce constat, il convient évidemment de se poser la question suivante: qu’en est-il des séries françaises dans tout ça ?

Panorama des séries françaises récentes - Jérémie D. CC BY-NC

Panorama des séries françaises récentes – Jérémie D. CC BY-NC

Sans conteste, pour ce qui est des séries, les choses s’améliorent peu à peu dans le paysage audiovisuel français. Le milieu des années 2000 a enfin vu l’émergence de fictions de qualité bien de chez nous, qui n’ont pas vraiment vocation à concurrencer la grosse machine des séries américaines, mais qui sont plutôt bien écrites, bien interprétées, et qui, en plus de redorer le blason des séries hexagonales diffusées en prime-time, séduisent même au-delà de nos frontières. Et ça, c’est déjà pas mal. Parmi ces séries de qualité, que l’on doit surtout à Canal + et aux chaînes du groupe France Télévisions, on peut notamment citer Braquo, Un Village Français, Fais pas ci, fais pas ça, Ainsi soient-ils, Engrenages ou encore Les Revenants (ces deux dernières réussissant même l’exploit de s’être exportées dans de nombreux pays, dont le Royaume-Uni et les États-Unis, et d’avoir remporté un International Emmy Award de la meilleure série dramatique, en 2011 et 2013, respectivement). Évidemment, cet apparent « rayonnement » des séries françaises est à relativiser, mais c’est tout de même une bonne chose de pouvoir dire qu’il existe aujourd’hui une alternative de qualité à Joséphine, ange gardien, Camping Paradis et autres fictions estampillées TF1…

S’inspirer des Américains pour avancer ?

 

"Fais pas ci, fais pas ça", une typiquement série qui aurait inspiré "Modern Family" aux Américains - Source: www.notrecinema.com

« Fais pas ci, fais pas ça », une série typiquement française qui aurait inspiré « Modern Family » aux Américains – Source: www.notrecinema.com

Pourtant, malgré une avancée indéniable en matière de qualité, la fiction télévisuelle française reste problématique, autant au niveau de son processus de production qu’au niveau de ses délais de diffusion. Et si l’on compare ce qui se passe chez nous à la façon dont fonctionnent les séries aux États-Unis, tous ces aspects problématiques apparaissent alors encore plus flagrants. Évidemment, le but n’est pas de se comparer constamment à ce qui se fait ailleurs, ni même de rivaliser avec les Américains. Ce serait de toute façon un combat perdu d’avance. David contre Goliath, Mimie Mathy contre Tony Soprano, … Enfin vous voyez le genre. Mais tout en préservant leur identité franco-française, nos séries et ceux qui les font pourraient tout de mêmes piquer quelques trucs à leurs cousins d’outre-Atlantique et s’inspirer, en partie, d’une façon de faire qui a plutôt fait ses preuves jusqu’à présent.

La grosse différence entre les séries françaises et les séries américaines (et peut-être la plus importante) est que, chez nous, la production ne fonctionne pas à flux tendu, c’est-à-dire que l’écriture des épisodes et le tournage ne se chevauchent pas. En France, la totalité des épisodes d’une saison sont écrits avant même que le tournage du premier épisode ne commence. Résultat, le délai d’attente entre deux saisons est rallongé. Et en plus, pour ne rien arranger, un nombre assez limité d’épisodes est produit pas saison, ce qui fait qu’une fois ces nouveaux épisodes enfin à l’antenne, le plaisir est (d’assez) courte durée.

Shonda Rhimes, la papesse de la télévision américaine: créatrice de "Grey's Anatomy", showrunner de "Scandal" - Source: www.hollywoodreporter.com

Shonda Rhimes, la papesse de la télévision américaine: créatrice de « Grey’s Anatomy », showrunner de « Scandal » – Source: www.hollywoodreporter.com

La production des séries télé aux États-Unis est évidemment pensée pour répondre à une politique de diffusion qui est propre à ce pays et qui, en pratique, ne sera jamais adaptable en France. Là-bas, pour ce qui est des séries diffusées sur les grands networks, 22 épisodes sont produits en moyenne chaque saison, pour une diffusion de septembre à mai (ce qui correspond à une saison télévisuelle aux États-Unis, avec une alternance d’épisodes inédits et de rediffusions), ce qui implique alors, chaque année, une écriture s’étalant de mai-juin à mars-avril de l’année suivante et un tournage allant de juillet à avril pour la plupart des séries. Chez nous, seulement 8 à 12 épisodes sont produits par saison, la diffusion se fait généralement en 4 à 6 semaines (au rythme de deux épisodes par soirée le plus souvent, ce qui est impensable aux États-Unis, où seul un épisode inédit est diffusé par semaine, et encore, pas toutes les semaines, puisqu’il faut tenir environ 8 mois avec 22 épisodes). Et ensuite, les téléspectateurs français attendent désespérément la suite, devant parfois patienter jusqu’à deux ans.

Alors, pour arriver à produire un nombre conséquent d’épisodes chaque année, les Américains ont compris que la clé de la réussite réside (en partie) dans la nécessité d’avoir, pour chaque série, un showrunner qui dirige une armée de scénaristes. Concrètement, cela signifie qu’un scénariste, à la fois auteur et producteur et, le plus souvent, au départ en tout cas, créateur de la série en question, a la tâche de gérer la production au jour le jour de la série (décisions créatives, écritures des arches narratives, décisions budgétaires, casting, …) et de faire le lien avec la chaîne et les producteurs. Et il est donc à la tête d’un pool de scénaristes qui travaillent dans une writer’s room où les intrigues de chaque épisode sont imaginées, divisées en actes et séquences, avant qu’un ou deux scénaristes de l’équipe soient ensuite désignés pour écrire le scénario final de l’épisode (la continuité dialoguée).

Mélanie Doutey et Zoé Felix, deux saisons de "Clara Sheller", deux actrices différentes pour un même rôle - Source: www.paperblog.fr

Mélanie Doutey et Zoé Felix, deux saisons de « Clara Sheller », deux actrices différentes pour un même rôle – Source: www.paperblog.fr

En France, hormis Plus Belle la Vie (qui n’est pas une série diffusée en prime-time), aucune série ne fonctionne à flux tendu. Nous n’avons donc pas de showrunners (comme peuvent l’être Shonda Rhimes, Damon Lindelof, Matthew Weiner ou Kevin Williamson aux États-Unis) et, formats courts du type Scènes de ménages et Nos chers voisins mis à part, pas vraiment d’équipes de scénaristes non plus. Nos séries sont le plus souvent écrites en totalité par un ou deux scénaristes (parfois un peu plus mais c’est encore très rare) et cela implique bien évidemment un temps d’écriture plus long et un ralentissement de toute la chaîne de production. Et en pratique, cela peut vite devenir problématique. On peut par exemple citer le cas de la série Clara Sheller, dont les douze épisodes (répartis sur deux saisons) ont été écrits par Nicolas Mercier, le créateur de la série, et qui, après une première saison plutôt réussie en 2005, est revenue en 2008 (trois ans plus tard!) avec une saison 2 vraiment très médiocre, ce qui était en partie dû au fait que la totalité du casting de la saison 1 avait jeté l’éponge, jugeant l’écriture et l’attente entre les 2 saisons bien trop longues.

Étant donné le temps que cela ferait gagner en termes d’écriture et de délais de diffusion, on se demande bien pourquoi le format de production à l’américaine peine à arriver chez nous. Et si une réponse complète serait bien trop longue (et sûrement bien trop compliquée) à donner, on peut tout de même dire que les producteurs et les diffuseurs français sont encore trop frileux. Ils ne veulent pas commander trop d’épisodes à la fois, par peur d’un échec d’audience, et ils sont réticents à l’idée de donner leur chance à de jeunes auteurs qui seraient tout à fait prêts à travailler en équipe, contrairement à certains scénaristes confirmés qui préfèrent écrire seuls. Pourtant, il est évident qu’un peu de changement et de sang neuf ferait du bien à la fiction française.

L’état des séries françaises en 2014

 

Photo du scénario de l'épisode 1 de la saison 2 des "Revenants", tweetée par Ana Girardot - Source: Twitter

Photo du scénario de l’épisode 1 de la saison 2 des « Revenants », tweetée par Ana Girardot – Source: Twitter

Aujourd’hui, près de dix ans après l’arrivée d’Engrenages sur nos écrans, la situation en France reste très contrastée. Du côté de Canal +, à qui l’on doit la majorité des séries de qualité produites ces dernières années, les choses sont encore compliquées en matière de temps d’attente entre deux saisons. Prenons l’exemple de la série Les Revenants. Après une première saison de 8 épisodes lancée en novembre 2012 et bien accueillie par la critique et par les téléspectateurs (malgré un final un poil décevant), une diffusion dans une vingtaine de pays, et un remake en préparation aux États-Unis, supervisé par Carlton Cuse, l’un des ex-showrunners de Lost, pour une diffusion sur la chaîne A&E en 2015, on attend toujours la suite. L’écriture de la saison 2 a duré plus longtemps que prévu, le tournage a été retardé, et certains se demandaient même si l’on finirait par voir la suite un jour. Et pourtant, enfin, le tournage de cette deuxième saison a commencé en septembre dernier, comme le prouve d’ailleurs une photo tweetée par la comédienne Ana Girardot le 22 septembre (voir ci-contre). Le tournage se poursuivra jusqu’en mars prochain, pour une diffusion probable à la rentrée 2015. Mieux vaut tard que jamais, probablement.

Si Canal + se positionne donc pour le moment encore comme le mauvais élève du paysage audiovisuel français au niveau des temps de production et des délais que cela engendre, les chaînes du groupe France Télévisions, elles, s’en sortent généralement mieux. France 3 diffuse par exemple une saison inédite d’Un Village Français tous les 12 à 18 mois en moyenne et France 2 réalise même l’exploit d’arriver à diffuser chaque année une nouvelle saison de sa série à succès Fais pas ci, fais pas ça. Évidemment, à terme, l’idéal serait que cela ne soit plus un « exploit » mais plutôt une tendance généralisée à toutes les chaînes et à toutes les séries françaises (un peu comme les chaines câblées américaines qui diffusent tous les ans à la même date une nouvelle saison de 8 à 13 épisodes de leur séries). Et on en est encore loin. De plus, dans tous les cas, le nombre d’épisodes produits est encore bien souvent trop limité. Pour en revenir à Fais pas ci, fais pas ça, par exemple, la saison 7, diffusée dès le 3 décembre sur France 2, ne contiendra que 6 épisodes (contre 8 ces dernières années), la faute, soit-disant, à l’emploi du temps chargé des comédiens, notamment Valérie Bonneton qui tourne beaucoup pour le cinéma. Et quand on sait qu’il faudra ensuite attendre un an pour voir la suite des aventures des Bouley et des Lepic, on se dit que 6 épisodes, étalés sur 3 semaines de diffusion, c’est vraiment trop peu. Mais bon, Rome ne s’est pas faite en un jour. Alors soyons patients, les choses vont sûrement (et doivent) évoluer.

Photo promotionnelle de la série "Ainsi soient-ils" - Source: Arte.tv

Photo promotionnelle de la série « Ainsi soient-ils » – Source: Arte.tv

Dans ce sens, on peut déjà noter que la série d’Arte Ainsi soient-ils, acclamée par la critique et désignée meilleure série française au festival Séries Mania en 2012 et 2014, a pris les choses en main pour accélérer sa production et réduire l’attente entre chaque saison. Pour preuve, alors que la première saison a été diffusée en octobre 2012 et qu’il a fallu deux ans pour voir la seconde arriver sur nos écrans (la diffusion de ces 8 nouveaux épisodes s’étant achevée il y a quelques semaines), la saison 3 est déjà en tournage, ce qui signifie que la suite des aventures des jeunes séminaristes des Capucins sera probablement à l’antenne à la rentrée prochaine, un an seulement après la saison 2.

De plus, on attend dans les mois à venir l’arrivée de séries ambitieuses, qui devraient révolutionner le microcosme des séries françaises en matière d’envergure, de budgets et de narration, comme par exemple Marseille, première production hexagonale de Netflix, annoncée comme un House of Cards à la française, ou encore Versailles, la co-production franco-canadienne que Canal + diffusera en 2015 et qui dispose d’un budget total de 27 millions d’euros pour 8 épisodes de 52 minutes tournés en anglais, écrits par deux showrunners anglais (Simon Mirren et David Wolstencroft), et menés par un casting mêlant acteurs français et étrangers (à noter également que les deux premiers épisodes seront réalisés par Jalil Lespert). Sur le papier, ces projets donnent vraiment envie et on peut espérer qu’ils ne soient que les premiers d’un grande série. Après tout, le cinéma français est hautement considéré dans le monde entier alors, si Engrenages et Les Revenants, qui s’exportent bien, en sont la preuve, il n’y a pas de raison qu’il n’en soit pas de même bientôt pour les séries télé françaises.

Sources:

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Focus: 3 séries à ne pas rater en 2014

Alors que 2014 touche bientôt à sa fin et que la rentrée des séries américaines, avec cette année, il faut bien le dire, son lot de déceptions, est désormais derrière nous, il est temps de faire le bilan et de s’arrêter sur trois nouveautés qui ont secoué nos petits écrans, trois séries américaines qui ont ou font toujours parler d’elles et qui sont d’ores et déjà visibles en France, grâce à divers offres légales.

Penny Dreadful

Capture d'écran Netflix

Interface de la version française de Netflix – Source: www.netflix.com


Après avoir fait trembler les foyers américains au printemps dernier, Penny Dreadful, qui doit son titre aux « penny dreadfuls » (terme qui désignait les « romans de quatre sous », souvent fantastiques ou horrifiques, vendus pour quelques pennys dans le Londres victorien), est disponible sur Netflix depuis son lancement en France le 15 septembre dernier.

Lancée le 11 mai 2014 sur la chaîne câblée Showtime, à qui l’on doit notamment Dexter, Homeland ou encore le revival de Twin Peaks prévu pour 2016, Penny Dreadful est vendue dans l’héxagone comme une série « Netflix original » mais cela signifie en fait seulement qu’elle a été achetée par Netflix pour le marché français, contrairement aux réelles séries originales Netflix telles que Orange is the New Black ou Hemlock Grove, qui elles sont produites exclusivement pour Netflix (laissons House of Cards hors de cette équation, car bien que produite pour Netflix aux États-Unis, Canal + en détient les droits exclusifs chez nous jusqu’à la saison 3).

Penny Dreadful posters

Affiches promotionnelles de la saison 1 de « Penny Dreadful » – Jérémie D. CC BY-NC

Créée par John Logan, notamment scénariste de films tels que Aviator ou Skyfall, le dernier James Bond, Penny Dreadful, qui compte pour le moment une première saison de huit épisodes (une saison deux de dix épisodes est prévue pour l’année prochaine), marque le grand retour de Josh Hartnett, qui avait, soyons honnêtes, un peu disparu des écrans radars depuis quelques années. Il interprète ici le rôle d’Ethan Chandler, sorte de cowboy écorché vif qui se retrouve un peu malgré lui plongé dans un univers fantastique qui le dépasse, et est plutôt convaincant dans ce rôle, tout comme Eva Green d’ailleurs, beaucoup moins insupportable que d’habitude, qui incarne l’énigmatique Vanessa Ives. Le casting est complété par Timothy Dalton, célèbre interprète de James Bond dans Tuer n’est pas jouer et Permis de tuer, sortis à la fin des années 1980.

À travers l’histoire d’un richissime explorateur anglais, Sir Malcolm Murray (Timothy Dalton), qui s’entoure de marginaux aux dons exceptionnels pour partir à la recherche de sa fille disparue, la série nous plonge dans les bas-fonds de la société anglaise du 19è siècle et revisite la mythologie du fantastique anglais, nous permettant ainsi de croiser au fil des épisodes des figures aussi célèbres que Dorian Gray, Mina Harker ou le Docteur Frankenstein.

Jouissant d’une ambiance sombre à souhait et d’une esthétique hyper travaillée, Penny Dreadful est une série qu’il faut découvrir, surtout si l’on est fan de fantastique. Alternant scènes d’actions et moments plus contemplatifs, son rythme peut dérouter au début mais plus la saison avance plus l’intérêt va grandissant et vous pouvez être certain qu’une fois arrivé au dernier épisode de cette « trop courte » première saison, vous n’aurez qu’une envie: être en 2015 pour voir la suite !

Gotham

 

Capture d'écran MyTF1vod

Interface de la page « en direct des USA » du site MyTF1vod – Source: //mytf1vod.tf1.fr

Nouveauté de la rentrée la plus attendue aux États-Unis, parmi toutes celles ayant déferlé entre mi-septembre et mi-octobre sur les grands networks américains (CBS, ABC, NBC, FOX et The CW), Gotham, lancée en grandes pompes le 22 septembre dernier sur la chaîne FOX, est disponible en France depuis le 23 septembre sur MyTF1 VOD (à la location) et sur iTunes (à l’achat), en version originale sous-titrée, au rythme de la diffusion américaine (une offre VOD qui contient également, entre autres, les nouvelles saisons de Grey’s Anatomy, The Vampire Diaries, Esprits Criminels ou encore The Blacklist).

Créée par Bruno Heller, scénariste à l’origine des séries Rome et The Mentalist (cette dernière entamant fin novembre sa septième et dernière saison aux États-Unis), Gotham reprend la mythologie de Batman, remontant aux origines de l’histoire de Bruce Wayne et constituant ainsi une sorte de « prequel » (histoire qui se passe avant) aux différentes aventures bien connues de l’homme chauve-souris. Sauf qu’ici, justement, point d’homme chauve-souris à l’horizon. Juste Gotham City. Une ville, ses méchants, et James Gordon.

Gotham posters

Affiches promotionnelles de la saison 1 de « Gotham » – Jérémie D. CC BY-NC

C’est justement les aventures de ce dernier que l’on suit au fil des épisodes. James (souvent abrégé en « Jim ») Gordon, futur commissaire et allié de Batman, qui n’est alors ici encore qu’un jeune inspecteur de la police de Gotham. Interprété par Ben McKenzie, révélé en 2003 par la série Newport Beach (The O.C. en version originale) et vu plus récemment dans l’excellente Southland, James Gordon croise dès l’épisode pilote de la série le chemin du jeune Bruce Wayne, alors âgé de douze ans, le soir où il assiste impuissant au meurtre de ses parents (histoire déjà bien connue des fans de la saga Batman, notamment présentée dans le Batman Begins de Christopher Nolan, et qui ici lance la série). Et la force de Gotham réside justement dans la galerie de personnages qui nous est offerte: Selina Kyle (future Catwoman), Alfred Pennyworth, le Pingouin, Edward Nygma (futur Homme Mystère), Poison Ivy enfant (qui apparait en clin d’oeil dans l’épisode pilote), ou encore Harvey Dent (qui deviendra plus tard Double Face), dont l’introduction est prévue pour l’épisode 9. Bref, ils sont (presque) tous là! À noter que le casting régulier de la série comprend également Jada Pinkett-Smith (l’épouse de Will Smith) dans le rôle de Fish Mooney, une gérante de boîte de nuit qui travaille pour le compte de Don Falcone.

Bénéficiant d’audiences correctes, bien que en dessous des attentes pour une telle série, Gotham a tout de même été confirmée pour une saison complète de 22 épisodes (six épisodes supplémentaires ayant été commandés en octobre, après une commande initiale de 16 épisodes). Après un pilote plus que prometteur et quelques épisodes un peu plus faibles, la série semble enfin trouver son rythme depuis l’épisode 5 et il faut avouer que le mélange entre formule de série policière classique (avec dans chaque épisode « l’enquête de la semaine »), complot de grande ampleur en fil rouge (avec la guerre mafieuse qui fait rage à Gotham City) et mythologie tout droit sortie de l’univers Batman  surprend et fonctionne de plus en plus au fil des semaines. Ajoutez à cela une ambiance alternant entre le sombre et un aspect plus « comic books », parfois un peu décalé (aspect plus accentué par exemple que dans les adaptations de Arrow ou The Flash, diffusée aux États-Unis sur la chaîne The CW), et vous obtenez une formule gagnante. Sans aucun doute LA nouveauté « grand public » de la rentrée à découvrir. En espérant juste qu’elle tienne toutes ses promesses une fois la première saison terminée.

 

The Affair

 

Canal + Séries à l'heure US

Publicité pour la programmation « à l’heure US » de la chaîne Canal + Séries – Source: www.canalplus.fr

Lancée le 12 octobre dernier sur Showtime aux États-Unis, The Affair, très attendue et très bien accueillie par la critique, est diffusée en France tous les mardis à 21h30 sur Canal + Séries, deux jours après sa diffusion américaine (en version originale sous-titrée là encore, délais obligent), dans le cadre de la programmation « à l’heure US » de la chaîne, qui comprend également la saison 2 de Brooklyn Nine-Nine, les saisons 4 de Homeland, Scandal et Revenge, et la saison 8 de The Big Bang Theory.

Créée par Sarah Treem, scénariste ayant travaillé sur des séries telles que How to Make it in America et House of Cards, et Hagai Levi, réalisateur et scénariste israélien à qui l’on doit la série Be Tipul (ensuite adaptée aux États-Unis sous le titre In Treatment, avec Gabriel Byrne dans le rôle principal), The Affair raconte la relation extraconjugale entre Noah Solloway, un père de famille new-yorkais, enseignant et également romancier, et Alison Lockhart, une serveuse dont la mariage vacille depuis un grave accident. Interrogés par la police quelques temps plus tard, ils se remémorent leur rencontre, chacun leur tour. La série alterne donc les points de vue, les perspectives, et on se rend peu à peu compte qu’ils n’ont peut-être pas vécus leur relation de la même façon. La narration, ponctuée par ces séances d’interrogatoire, offre une formidable autopsie de la liaison qui unit Noah et Alison et constitue un twist bienvenu qui éloigne la série des dramas romantiques plus classiques , le téléspectateur comprenant assez rapidement qu’à « l’affaire » du titre (qui signifie justement « liaison » en anglais) s’est mêlée une « affaire » criminelle (un meurtre ? un accident ?).

The Affair

Affiche et photo promotionnelles de la saison 1 de « The Affair » – Jérémie D. CC BY-NC

En plus d’être extrêmement bien écrite, The Affair jouit d’un casting exceptionnel. Les deux rôles principaux sont tenus par Dominic West, qui incarna notamment entre 2002 et 2008 l’inspecteur James McNulty dans la série The Wire, et Ruth Wilson, vue dans la série anglaise Luther. Leurs conjoints respectifs sont quant à eux interprétés par Maura Tierney (célèbre Abby Lockhart de Urgences) et Joshua Jackson (bien connu des fans de Dawson et de Fringe). Bref, c’est du lourd.

Peinant un peu au niveau des audiences aux Etats-Unis, la série, dont la première saison s’achèvera le 21 décembre prochain, est néanmoins déjà renouvelée pour une seconde saison de 10 épisodes, preuve si besoin est que les chaînes du câble savent donner leur chance aux séries de qualité. Et puis, c’est bien connu, audiences et qualité ne sont pas toujours synonymes…  Nombreuses sont les bonnes séries qui se sont arrêtées trop tôt, faute d’audience justement. Espérons que cela ne sera pas le cas de The Affair et qu’elle durera encore plusieurs saisons. Car c’est vraiment un petit bijou.

 

Sources:

 

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Les marques et les web-séries

Arrivées au début des années 2000, les web-séries ne cessent de se développer et de proposer des contenus éditoriaux de qualité. A la croisée de la série télévisée, du court métrage et du web, elles n’étaient au départ qu’un moyen d’expression utilisé par des amateurs ou des étudiants en cinématographie. Face à l’explosion des plateformes vidéo, les marques sont de plus en plus nombreuses à adopter cette forme de communication.

Une web-série est une série composée d’épisodes courts, moins de cinq minutes en général, diffusée essentiellement sur Internet. Elle apparait en particulier sur les plateformes d’hébergement de vidéos telles que YouTube, Dailymotion et plus modestement Vimeo. L’accès au haut débit dans les foyers et la multiplication des écrans individuels (smartphones, tablettes, ordinateurs), permettent aux Français de consommer de plus en plus la vidéo, mais également de la commenter, de la partager et ou de la « liker » via l’intermédiaire de leurs réseaux sociaux préférés. Les consommateurs délaissent de plus en plus le poste de télévision même si leur appétit pour les contenus audiovisuels ne cesse de croître. Ainsi, le téléfilm du soir n’est plus une référence pour les annonceurs.

Le financement des web-séries

http://webseriesmag.blogs.liberation.fr/.a/6a01a511726f8d970c01a73e129af1970d-pi

La websérie « Noob » – webseriesmag.blogs.liberation.fr

Les web-séries connaissent différents modes de financement. Ils peuvent être par fonds propres venant du réalisateur, grâce au crowdfunding (financement participatif) avec Noob par exemple, une série en ligne française qui a réussi à lever 682 161€ auprès de ses fans sur la plateforme Ulule en mai 2013, en vue de réaliser un long-métrage. Les plateformes de diffusion permettent également de financer ses nouvelles séries réservées à Internet. Fort de son succès, l’entreprise américaine Netflix a ainsi produit la web-série House of Cards, qui elle, se rapproche du format classique des séries télévisées. A l’origine du « binge-watching », pratique qui consiste à regarder tous les épisodes d’une série à la suite, House of Cards séduit les internautes mais aussi les chaines de télévision qui s’empressent de la diffuser.

Les marques sont également de plus en plus nombreuses à produire leur propre programme dans le but de promouvoir leur image.

Eviter la publiphobie pour une meilleure promotion

Ce format de communication constitue un intérêt majeur pour les marques puisqu’il permet de capter l’attention de leur cible sans employer un discours commercial, souvent perçu comme agressif, et ainsi éviter de générer un phénomène de rejet (publiphobie). Par ailleurs, selon une étude faite par Australie fin 2013, 38 % des Français trouvent la publicité « inutile et désagréable » et 55 % l’estiment « ennuyeuse ».

En adoptant le « Branded Entertainment » ou marketing du divertissement, les enseignes s’impliquent dans la production de divertissement et veillent à véhiculer d’une manière plus ludique et subtile une histoire en lien avec leur identité, leur territoire et leurs valeurs. La marque s’immisce ainsi dans l’espace digital de l’internaute dans l’espoir qu’il adhère et qu’il diffuse la web-série sur les médias sociaux.

Il y a eu plusieurs tentatives : Allociné avec « Dedans Allociné », Le Monde avec « La petite histoire » ou encore HEC Paris avec la série « Melting Potes ». L’une des plus célèbres est certainement la web-série d’Oasis Be Fruit, « l’Effet Papayon » apparue en avril dernier. Avec 7 millions de vues pour les trois premiers épisodes, la série d’Oasis a attiré plus de 80 000 fans supplémentaires sur la page YouTube de la marque.

Un dispositif transmédia au-delà du réel

La websérie « L’effet Papayon » – www.oasisbefruit.com

En collaboration avec l’agence de communication Marcel, l’Effet Papayon met en scène un couple de fruits connu des fans, Ramon Tafraise et Frambourgeoise. De nombreux bloggeurs ont d’ailleurs reçu un faire-part les invitant au mariage des deux protagonistes. Mieux encore, il était possible de voir l’annonce de cet évènement dans les journaux tels que le Parisien ou Libération.

D’autre part, Oasis Be Fruit a invité les internautes à trinquer avec eux en envoyant une cannette à toutes les personnes qui postaient le Hashtag « #JeTrinqueAvecRamonEtFramb » sur les réseaux sociaux. La marque a également permis à un fan de gagner une lune de miel en postant « #MariageDeRamonEtFramb ».

Le dispositif transmédia mis en place ici tente d’effacer la frontière qui sépare le virtuel du réel. Par exemple, la marque a créé un site internet qui parodie un célèbre site pornographique : youpomm (http://www.youpomm.com/). L’humour permet de faire adhérer totalement le consommateur en transformant ainsi leurs émotions en actes d’achat. C’est pour cela que les consommateurs sont intégralement impliqués dans leur communication.

Toutefois, coûteuse à réaliser, une web-série doit respecter un certain nombre de règles pour espérer un retour sur investissement : teasing en amont du lancement, stratégie de médiatisation, qualité du contenu, format court, incitation au partage, etc. De même que, le nombre de vues des vidéos n’est pas représentatif de l’efficacité de celles-ci. D’autres facteurs comme le nombre de partages ou la consultation de contenus additifs (à travers le site de la marque par exemple) doivent aussi être pris en compte dans les résultats.

Enfin, les nouvelles tendances montrent de cette façon que les web-séries ont dorénavant leur place dans les stratégies de communication des grandes marques.

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