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Etre journaliste de sensation n’est pas un métier si facile

 

Posté le 17 août 2032, à 18h27
Par Sunsetshine

 

Bienvenue cher visiteur ! Aujourd’hui je ne vais pas faire un article comme les précédents. Je sais que ce blog est avant tout un blog d’information sur les sujets les plus « tendances » du moment. Mais  je vais plutôt en ce jour aborder avec vous un sujet qui me tient particulièrement à cœur : ma profession de journaliste de sensation. J’exerce ce métier depuis maintenant 5 longues (et intéressantes) années. J’ai beaucoup appris, j’ai beaucoup lu et j’ai beaucoup vu aussi. Je suis également passée par des états de déconvenue mais aussi de joie intense. La suite de ce récit vous plaira peut-être. Il vous donnera sûrement envie de lire la suite et de connaître mon expérience. Peut-être aussi que vous aurez envie de faire ce métier, comme moi. A vous de voir. Pour en savoir plus,  cliquez ci-dessous.

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L’intelligence artificielle transforme le métier de journaliste en 2032

L’intelligence artificielle, un moyen de faciliter le travail

Crédit photo : Mohanraj Durairaj / Flickr – Le New York Times a eu recours à des robots rédacteurs durant la campagne présidentielle des États-Unis.

Nous sommes déjà au mois de juillet 2032 et la cérémonie des Jeux-Olympiques de Los Angeles vient d’avoir lieu. Cela fait maintenant près d’un an que j’ai rejoint le média sportif L’Équipe en tant que journaliste. Notre métier a été quelque peu bouleversé. En effet, la presse papier n’existe plus depuis plusieurs années déjà. Vu que les consommateurs ont désormais le moyen d’aller chercher l’information sur Internet, ils ne prennent plus la peine d’aller acheter le journal. Cela complique grandement notre tâche. Aujourd’hui, toutes les personnes peuvent écrire un article ou un billet, sur leur blog ou sur leur site amateur. On se doit donc de proposer des analyses plus poussées pour se différencier d’eux et mériter notre salaire. La disparition de la presse papier a obligé les médias sportifs à se renouveler et proposer du contenu innovant à ses abonnés. Sur le site de L’Équipe, la plupart des articles ne sont visibles que pour les abonnés. Pour les non-abonnés, les dix premières lignes sont affichées avant de devoir s’abonner pour lire la suite. Un modèle qui existe depuis plusieurs années déjà et qui réussi bien au média sportif. En effet, ces articles sont réalisés par des journalistes reconnus dans le milieu et qui peuvent offrir des contenus de qualité. Malgré tout, pour ne pas obliger ses fans à payer, le média sportif laisse la gratuité des brèves. Pour celles-ci, les rédacteurs n’ont même plus besoin de les réaliser. Désormais, des intelligences artificielles prennent le soin de s’en occuper. De ce fait, à chaque instant de la journée, le site reste alimenté. En plus de cela, ces robots s’occupent de mettre à jour les divers classements et résultats. Une tâche qui était souvent jugée ingrate par les rédacteurs. Cette innovation est une très bonne chose pour nous, car nous pouvons désormais pleinement nous concentrer sur la qualité de nos articles. Comme l’affirme Kris Hammond : « Notre but est juste de fournir aux journalistes des outils qui les débarrasseront des tâches les plus répétitives et les moins intéressantes. Ils dégageront ainsi du temps pour accomplir leurs missions nobles : reportages de terrain, investigations, analyses. » 1
En plus d’avoir engagé des intelligences artificielles pour alimenter en permanence le site et accroître sa communauté, L’Équipe reste très actif sur les réseaux sociaux. Celui-ci a d’ailleurs parfaitement réussi à utiliser les nouvelles fonctionnalités de Facebook. Ce réseau social, qui est toujours le plus utilisé dans l’Hexagone et partout en Europe, met à disposition un grand nombre de systèmes de notifications personnalisables. Il offre ainsi des outils de communication variés et indispensables à la popularité du média. Cependant, ces outils exigent aussi de donner envie aux internautes de cliquer sur nos articles. Pour la moindre petite information, on doit réussir à la transformer en véritable buzz. On est pleinement entré dans une ère du sensationnalisme. Plus il y a de visites, plus il y a d’annonceurs importants et plus cela génère des revenus. Nos salaires sont d’ailleurs définis par cela : des primes nous sont attribuées en fonction de la popularité de nos articles.

La réalité augmentée permet de consommer l’information différemment

Le patron du média sportif s’est toujours dit qu’il fallait se démarquer des concurrents pour pouvoir percer dans le milieu du sport. Un milieu qui s’est énormément transformé en une dizaine d’années. Depuis les Jeux-Olympiques 2024 de Paris, de nombreux investisseurs ont racheté les plus grands clubs sportifs français. Mais c’est surtout autour du E-Sport que notre métier a considérablement changé. Intégré pour la première fois aux J-O de Tokyo en 2020, les compétitions de jeux vidéos ont tout de suite plu aux spectateurs. Paris avait pris le risque de l’intégrer dans son édition et cela avait très bien fonctionné. Depuis cette période-là, L’Équipe a décidé de consacrer autant de rubriques au E-Sport qu’au football ! Un changement majeur, car le foot restait le sport numéro un en France. Étant arrivé à un moment où le milieu du football était bouché, j’ai préféré me spécialiser dans le E-Sport et j’ai finalement pu intégrer L’Équipe.
Le fait de ne traiter que d’un seul sport m’a permis d’approfondir mes connaissances dans ce domaine et ainsi de mieux répondre aux attentes des lecteurs. A ce sujet, les internautes ont la possibilité de nous partager une liste de sujets qu’ils souhaitent voir traités. Chaque semaine, l’ensemble des rédacteurs se réunissent et se répartissent les thèmes à traiter parmi les plus populaires aux yeux des lecteurs. Le fait de ne plus avoir à réaliser les brèves nous permet de nous concentrer pleinement sur ces projets. Bien sûr à côté de ceux-ci, nous pouvons nous consacrer aux dossiers qui nous intéressent et que l’on pense pertinent de publier. Par exemple, je profite de mon voyage à Los Angeles pour finaliser un portrait sur un jeune E-Sportif qui voit sa notoriété accroître depuis quelques mois. Il est vrai qu’on peut rapidement se perdre dans les nombreux projets que l’on a en cours, mais L’Équipe a trouvé un moyen de nous aider. En accédant au portail intranet du site web, des intelligences artificielles nous rappellent les tâches que l’on doit réaliser. En plus de cela, nous donne un maximum d’informations sur nos thèmes. Par exemple, pour le portrait que je dois traiter, “ces robots” m’ont donné accès à plusieurs informations personnelles du jeune homme. Je peux retrouver la photo, le numéro de téléphone ou encore les différents articles traités sur lui. Une base de donnée considérable qui permet de se lancer pleinement dans la rédaction. Toutes ces informations proviennent des archives du média sportif, mais aussi d’un travail des gestionnaires qui mettent à jour régulièrement toutes ces données. Tout un contexte qui permet actuellement à L’Équipe d’être le pilier dans son domaine.

Crédit photo : CNEWS Matin – Microsoft a imaginé des personnes regardant le Superbowl en réalité augmentée.

D’ailleurs, le média sportif a tenté un coup pour ces Jeux-Olympiques. Il a offert la possibilité à ses abonnés d’acquérir un casque de réalité virtuelle à moindre coût. Ce casque est assez incroyable, car il permet à l’utilisateur d’être placé dans la tribune et de pouvoir sentir au mieux l’ambiance de l’événement. Ce qui est encore plus intéressant pour l’utilisateur concerne le traitement de l’information. Dès qu’un article, en rapport avec le sport que l’utilisateur regarde, voit le jour, il est notifié à travers la réalité augmentée. En choisissant de cliquer dessus, l’information se déroule devant ses yeux, sur un fond transparent pour pouvoir continuer à suivre la rencontre dans le même temps. Bien sûr, s’il ne souhaite pas être dérangé durant l’événement, il peut très bien désactiver ce système. Après l’avoir essayé durant un plus petit événement, j’ai été bluffé. On se sent au cœur de l’ambiance et cette sensation est complètement différente de le regarder devant sa télévision. Cette innovation ne vient de voir le jour qu’il y a quelques mois et de ce fait, il n’y aura qu’un accès pour le Stade et la Piscine Olympique. Ce qui est déjà très pratique, car la plupart des épreuves très attendues se déroulent dans ces deux lieux. Après avoir rapidement rappelé le contexte qui entoure le média sportif pour lequel je travaille, il est temps pour moi de me remettre au travail.

Les lives donnent de l’importance aux internautes

Hier, j’ai pu vivre la cérémonie d’ouverture des J-O sans avoir à travailler, mais pour cette première journée d’épreuve, je vais devoir me mettre à rédiger. Je profite du long trajet qui sépare l’hôtel de la salle E-Sport Olympique pour préparer l’ébauche de mon premier article. Muni de mes écouteurs avec micro, je parle à haute voix et mon portable retranscrit mes propos. Cela fait des années maintenant que je me sers principalement de mon téléphone pour la rédaction de mes papiers. Si je garde toujours mon ordinateur sur moi, celui-ci sert exclusivement à rechercher des informations et à la publication finale des articles. Même si désormais la fonctionnalité pour accéder au tableau de bord d’un site est plus pratique sur Smartphone, je suis resté de la « vieille école » et je préfère le faire de mon PC. Après quelques minutes, je suis enfin arrivé dans la salle. Si du monde est présent pour l’événement, le E-Sport ne fait pas encore l’unanimité aux États-Unis. Cela tombe bien, car mes supérieurs m’ont proposé de réaliser un papier d’ambiance sur cette première journée de compétition. Je m’installe tranquillement en fin de salle pour observer l’atmosphère. Ne plus avoir à retranscrire les résultats me réjouit d’avance, car il y a énormément de rencontres en même temps. Dès la fin des premières parties, je me dirige vers plusieurs spectateurs pour leur demander leur ressenti. Portable à la main, mon application retranscrit les propos des diverses personnes interrogées. Les avis sont très partagés et cela est très intéressant, car je vais avoir de quoi dire dans mon article. Je me dirige donc vers un open-space dédié à tous les journalistes. Je dois avoir publié l’article pour 14h, alors il ne faut pas que je traîne. Plusieurs endroits comme cela sont situés autour des grands lieux. Ces salles permettent aux rédacteurs d’être plus tranquilles. Après avoir montré ma carte de presse, je peux rentrer dans le bâtiment. En plus d’offrir plusieurs moyens de restauration, la salle est équipe de la WIFI. En quelques minutes, je termine mon article grâce aux interviews retranscrites sur mon téléphone. Dès la fin de celui-ci, je peux me connecter sur mon PC pour le publier sur le site web. Arrivé sur mon tableau de bord, je met l’article dans ma zone de texte et je choisis les titres pour les réseaux sociaux. Après avoir choisi l’image et un titre aguicheur, je peux publier l’article. Avant la publication officielle sur le site web, les intelligences artificielles vont pouvoir de nouveau travailler. A ce moment-là, pendant quelques minutes « ces robots » corrigent et reformulent certaines phrases pour rendre le contenu plus propre. Toutes les fautes d’orthographe sont corrigées et les phrases peu compréhensibles sont modifiées. Dès la fin de cette vérification, le module me montre les modifications et quand je les valide, l’article prend vie sur le site. En quelques secondes, je reçois la notification que mon article a bien été publié. Une bonne chose de réalisée. Je profite d’une petite pause pour analyser mes statistiques de la semaine précédente. Une application, ressemblant à Google Analytics, nous permet de voir le trafic généré à partir de notre article. Un moyen de savoir si on a été performant durant cette période.

Crédit photo : RFI / Manon Mella – Des journalistes retransmettent un live depuis le réseau social Facebook.

Cet après-midi, j’ai été choisi pour effectuer un live sur les réseaux sociaux, avec un deuxième journaliste de L’Équipe. Depuis quelques années déjà, le média sportif a choisi de mettre ses internautes au cœur de l’actualité sportive. Tous les jours, il donne la possibilité aux lecteurs de voter pour les sujets à traiter dans la journée, et cela laisse quelques heures aux journalistes pour les préparer et en discuter avec eux. Ce rendez-vous quotidien nous rappelle que notre de métier de journaliste sportif n’a pas totalement disparu, car on réalise une tâche diverse que celle du rédacteur web. On peut discuter et argumenter autour de notre passion pour faire valoir nos idées. Après avoir pris connaissance des sujets à traiter, nous prenons un maximum d’informations avec mon collègue. Dès que cette collecte est terminée, nous démarrons le live dans un local que le comité olympique nous a prêté. Le live se lance et nous sommes mis en avant sur le site internet et rapidement partagés sur les réseaux sociaux. Au bout de quelques secondes, plusieurs centaines de personnes sont en train de poser leur question. Une intelligence artificielle arrive à mettre en exergue les questions les plus pertinentes, grâce à un système d’identification des principaux mots-clés en corrélation avec les sujets, et cela nous permet de débattre. Après près d’une heure de live, celui-ci se termine et marque la fin de ma première journée olympique. Le temps de rentrer à l’hôtel, je profite de la localisation pour m’informer sur l’actualité de la Californie. Une première journée qui me rappelle pourquoi j’ai toujours rêvé devenir journaliste sportif.

Le Monde, mars 2010.

SOURCES :

Bibliographie :

  • ANTHEAUME Alice. 2016.Chapitre 7 – Les robots de l’information. Le journalisme numérique, Deuxième édition. 208 pages.
  • CHARON Jean-Marie. 2010. De la presse imprimée à la presse numérique. Réseaux, Volume 160-161. 344 pages. doi : 10.3917/res.160.0255.
  • GREINER Dominique. 2010. La presse écrite face au défi du numérique. Transversalités, Volume 116. 185 pages. doi : 10.3917/trans.116.0079.
  • MOROZOV Evgeny. 2012. Un robot m’a volé mon Pulitzer. Le Monde Diplomatique, Volume 702. 28 pages.
  • NEVEU Erik. 2013. Sociologie du journalisme. Repères. 128 pages.
  • SCHERER Eric. 2011. A-t-on encore besoin des journalistes ? Manifeste pour un « journalisme augmenté ». Presses Universitaires de France. 189 pages.
  • SINCLAIR Anne. 2013. Mort de la presse écrite, survie du journalisme. Le Débat, Volume 176. 192 pages. doi : 10.3917/deba.176.0101.

Webographie :

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Confidences : journaliste en 2030

Le quotidien d’une journaliste parisienne plongée dans une nouvelle ère. Le lion n’est pas mort mais le papier si. Un chamboulement avènement de nouveaux rythmes de l’information.

On est à Paris. Il est 10 heures. L’heure à laquelle j’arrive dans mon open space. On a le temps, pas de stress inutile.

Je suis journaliste, ou plutôt rédactrice sur le web maintenant. Avant, durant ma jeunesse, j’ai connu le papier. J’étais journaliste pour un célèbre magazine féminin imprimé, ELLE. J’écrivais des papiers sur la mode. Le magazine était publié tous les vendredis de chaque semaine. Mais aujourd’hui, quinze ans plus tard le papier est mort. Les écrans ont finalement remporté la bataille. Ce qui a marqué la fin d’une époque, d’un rythme de production et de diffusion de l’information à nouveau bouleversé, l’information journalistique papier étant caractérisé par sa périodicité. Fort heureusement pour moi, j’avais déjà un pied dans la rédaction de contenus destinés au web, une compétence développée en marge de cette appétit pour le papier il y a fort longtemps.

Les open space tels que je les ai connus n’ont rien à voir avec ce qu’ils sont maintenant. Grâce à des capteurs qui détectent la présence humaine, mon environnement me reconnaît immédiatement lorsque j’y pénètre. Plus besoin de faire les choses manuellement : mon ordinateur s’allume tout seul, ma musique se met en route – elle est connectée avec mon casque Beats by Dre Nouvelle Génération qui reprend la musique diffusée par mon ordinateur grâce à une connexion Bluetooth – de sorte à ne pas gêner mes voisins, tout comme la climatisation en été et le chauffage en hiver qui se règlent en fonction de mon souhait de température et pas de manière collective.
Mon ordinateur, qui connaît mes centres d’intérêt à savoir la mode, la beauté et la culture, m’affiche les dernières trouvailles en la matière. Grâce à ce système de web intelligent dont parlait déjà Joël de Rosnay1, lorsque c’est moi qui effectue une recherche, mon PC ouvre automatiquement dans le même temps toutes les pages connexes à mon sujet de recherche susceptibles de m’intéresser. Ainsi, ma recherche s’affine, je ne perds plus de temps à ouvrir et lire des pages qui s’avèrent au final inutiles pour mon sujet à traiter et je trouve souvent des angles auxquels je n’avais pas pensés.

Les sites d’information, généralistes et spécialisés, tels qu’on les connaissait en 2016, c’est-à-dire éparpillés sur la Toile, ne se présentent plus de la même manière. Tous les titres sont maintenant regroupés sur une seule plateforme : PressPlay, une sorte de Spotify de la presse où l’on peut acheter des articles à la pièce. A l’intérieur de ce support slow media qui s’autorégule : un fil d’infos diverses sur la barre latérale droite accessibles en libre accès, des articles exclusifs rédigés pour certains par des noms connus datant de l’époque du papier, des articles de fond. On y retrouve les informations indispensables, gratuites, mais les gros dossiers type dossiers de mode par exemple dans mon domaine, les enquêtes s’achètent. La presse étrangère est aussi accessible (notamment via abonnement) mais suivant un certain quota à ne pas dépasser. Lorsqu’on la sollicite trop, le système, qui s’en amuse avec son message « vous consommez trop, revenez demain » ce bloque et nous invite à revenir le lendemain.
Sur PressPlay il y a une barre de recherche, des thèmes proposés et la possibilité de créer son propre journal pour les plus nostalgiques, grâce à l’onglet « Mes infos ». Les articles disponibles peuvent être sélectionnés et intégrés dans cet onglet qui s’organise chronologiquement. Avec la partie « centres d’intérêt » renseignée, la plateforme ressert l’offre disponible dès que l’on s’y connecte. Ainsi, chacun est libre de choisir ce qu’il souhaite vraiment lire. Aussi, on peut également voir ce que les personnes connectées à la plateforme sont en train de lire en temps réel et pour ceux qui préfèrent, l’information est également disponible en audio. Des fichiers qui prennent très peu de place, téléchargeables et stockables sur n’importe quel smartphone.

Autre chose appréciable, les informations de la barre latérale droite changent automatiquement en fonction de la géolocalisation pour une expérience personnalisée.

Source : http://images.google.fr/

Source : http://images.google.fr/

PressPlay a été souhaité par le Ministère de la Santé qui s’est lancé dans la lutte contre l’infobésité et toutes ces autres maladies2 induites par elle, liées à cette surconsommation de malbouffe en ligne et à une connexion accrue. L’initiative avait déjà été lancé en 2016 par quelques marginaux, aujourd’hui considérés comme fort éclairés, qui parlaient déjà de ce retour à la lenteur, le slow media. Marie-Pierre Lannelongue disait déjà la même année : « ce n’est pas parce qu’on n’est pas dans l’immédiat qu’on n’est plus dans l’actualité »3 . C’est d’ailleurs l’inscription que l’on retrouve en-dessous du logo PressPlay en guise d’accueil et de mot de bienvenue. Une poignée de mécènes importants financent le projet.

Sur PressPlay il n’y a plus de course à la rapidité, la plateforme (se) l’interdit. Comme elle interdit aussi la multiplication d’articles identiques jusqu’à l’angle. Les parutions ont leurs rythmes propres, « l’idiorrythmie » dont parlait Yves Citton4. Cela influence au final la plateforme entière qui vibrent aux jeux de chacune d’elle. Parfois il arrive même qu’il n’y ait pas d’informations sur la plateforme. Certaines parutions dont on connait le caractère particulièrement pointue tarde maintenant à faire jaillir leur scoop car elles savent que leur(s) événement (au sens de créer une interruption suscitant l’attention) est particulièrement attendu et également afin que le désir de le connaître n’en soit que plus grand. D’autres au contraire donnent une nouvelle impulsion à la plateforme en la redynamisant par à-coups. Dans ce flux d’informations disponibles il y a maintenant des ralentissements, suivis d’accélérations ou inversement, des voix dominantes qui le jour d’après ou dans la même journée ne le sont plus, d’autres qui prennent le relais, il y a des parutions qui se répondent, d’autres encore qui se présentent comme des solistes et parfois on assiste à un chœur. Chacun impose son rythme à sa manière, mais le rendu final reste harmonieux car basé sur la complémentarité. Les rapports de force sont de ce fait que plus importants car rythmer c’est en quelque sorte imposer à autrui et avoir un certain pouvoir sur lui n’est-ce pas. Variant, ces rapports dépendent du rôle tenu par une publication qui diffère selon la configuration dans laquelle elle se trouve.
De la fast food à la slow food.
Avec le temps, les lecteurs sont devenus plus sélectifs et encore plus exigeants, saturés auparavant par trop d’informations hasardeuses. Je n’ai donc pas d’impératifs de production (nombre donné d’article à faire) mais un impératif de qualité assurément. En 2016 l’objectif était de faire du clic. En 2030 le fond a plus d’importance que la forme. Pas de précipitation et du temps pour faire ses articles. Mais le fond doit être plus court que ce qu’il était auparavant. Je ne peux donc plus verser dans le lyrisme pour les articles destinés au smartphone. Les sites d’informations, notamment la presse féminine sur le web, ont enfin compris que le contenu en ligne accessible via un ordinateur et celui sur le téléphone ne pouvaient plus être les mêmes, qu’il fallait diversifier et adapter la présentation des informations selon le support. Ainsi, sur smartphone les articles sont condensés à l’extrême maintenant et l’information repose beaucoup plus sur des expériences auditives, visuelles et ne ressemble pas à ce qu’on peut trouver en ligne.

Source : http://images.google.fr/

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Une journée comme les autres

Tout cela a contribué à changer mes habitudes mais ce n’est pas tout. Il y a deux jours, j’avais un article à faire qui nécessitait l’analyse de beaucoup de chiffres. Pour un tableau visant à retracer l’évolution de grandes Maisons de couture depuis leur fondation. Mais ce n’est pas moi qui m’en suis occupée. J’ai toujours détesté les chiffres de toute manière. Sam, mon robot capable de trier un nombre incalculable de données prend la main dans ces moments-là. Lorsque nous avons besoin de chiffres pour des articles et que la masse est trop importante c’est lui, aidé de son logiciel intégré et d’autres compagnons qui s’occupent de ça. Ils sont capables de faire ressortir les informations principales, de trouver différents angles pour une même information et même de rédiger des articles largement compréhensibles pour les lecteurs. Ce sont donc eux qui nous concoctent certains articles purement factuels et chiffrés. Ils sont aussi systématiquement utilisés dans la presse dédiée au sport pour des comptes rendus de match et apportent aussi leur aide dans la presse en ligne généraliste. La différence avec un humain n’est d’ailleurs bien souvent que très peu perceptible.

Robots. Crédit : VIRGINIE LEFOUR

Crédit : VIRGINIE LEFOUR

Mes chiffres prêts, mon article l’était aussi. Je l’avais écrit sur mon téléphone portable. Mon téléphone portable parlons-en d’ailleurs. Flexible, je peux le porter comme un bracelet, ou une montre et il change de couleur en fonction de mes tenues. Résistant à l’eau, je peux l’utiliser même par temps de pluie. Véritable caution fashion, je me dis que c’est parfois mon meilleur atout mode. La guerre des styles n’est plus dans la simple apparence vestimentaire d’ailleurs mais dans ce que la technologie fait de meilleur et que nous arborons. Mais cela avait déjà commencé avec feu les iPhone 3, puis 4, 4s, 5, 6 et 7, qui marquaient les prémices de cet affrontement technologique par les objets. En plus du tactile et de la reconnaissance à la voix, une reconnaissance au mouvement. En un coup de main dans les airs devant mon écran je le débloque et je peux m’en servir. Je ne m’encombre plus de chargeur. Tous les lieux publics, bureaux y compris, sont équipés de bornes sans fil qui rechargent n’importe quel modèle de Smartphone.6  Mais je suis quand même toujours équipée de ma batterie FlashBattery de chez StoreDot’s7 qui recharge mon téléphone en un temps record : une minute. Particulièrement utile lorsque je dois me rendre en Fashion Week, qui font la part belle aux vêtements connectés, les wearables du prêt-à-porter, où je dois prendre beaucoup de photos qui se postent automatiquement sur PressPlay.
Jamais sans mes lunettes

Je  ne sors jamais sans mes lunettes à réalité augmentée pour un défilé. Et comme j’ai toujours détesté avoir des choses identiques aux autres, je les ai faites personnaliser par Hussein Chalayan, l’un des pionniers dans la combinaison de la création textile avec la technologie de pointe, des matériaux nouveaux, un savoir-faire traditionnel – vestige précieux -.  Il a étendu son talent aux objets : merveilleux. Grâce à mes fameux verres, des informations sur les filles du moment, les filles à suivre, détails sur les mannequins qui défilent m’apparaissent sur le côté tout en regardant le show. Des informations stockées dans une micro carte mémoire que j’insère par la suite dans mon ordinateur. La traçabilité fait ensuite son œuvre en m’apportant parfois des données, traces numériques, complémentaires qui auraient pu être oubliées, égrainées sur le web par les mannequins et les  couturiers de cette nouvelle ère.
Le défilé fini, place à la réalité virtuelle pour me replonger dedans, comme si j’y étais à nouveau, si besoin est. Pour peaufiner mon article. Je peux zoomer, accentuer sur des détails. Cette expérience de la réalité virtuelle est également offerte à nos lecteurs depuis la plateforme avec les équipements qu’il faut. Le « HD » que l’on retrouvait auparavant sur les vidéos Youtube a cédé sa place au « RV » pour Réalité Virtuelle. Une prouesse qui me fait me demander jusqu’où ira-t-on dans ce réel imbriqué plus que jamais dans le virtuel…

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1 : DE ROSNAY, Joël, 2020 Les Scénarios du futur, Paris : Véronique Anger, 2007 (Collection Droit de citer)

2 : http://www.internetactu.net/2016/01/28/qui-sera-responsable-maladies-connexion/

3 : Rédactrice en chef du supplément M le magazine du Mondes

4 : http://rhuthmos.eu/spip.php?article22

5 : ibidem http://rhuthmos.eu/spip.php?article22

6: http://www.francetvinfo.fr/sciences/high-tech/zoom-sur-le-telephone-du-futur_842499.html France Info Zoom sur le téléphone du futur

7:  http://www.store-dot.com/#!smartphones/c1u5l

 

Bibliographie / Webographie

DE ROSNAY, Joël, 2020 Les Scénarios du futur, Paris : Véronique Anger, 2007 (Collection Droit de citer)

AFFORDANCE.INFO, http://affordance.typepad.com/mon_weblog/2012/09/internaute-appverti.html?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=affordance-info-un-internaute-appverti-en-vaut-deux, Olivier Ertzscheid, publié le 30 septembre 2012, consulté le 04/02/2016

AFFORDANCE.INFO, http://affordance.typepad.com/mon_weblog/2014/06/shazam-the-world.html, Olivier Ertzscheid, publié le 20 juin 2014, consulté le 03/02/2016

AFFORDANCE.INFO, http://affordance.typepad.com/mon_weblog/2012/09/internaute-appverti.html?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=affordance-info-un-internaute-appverti-en-vaut-deux, Olivier Ertzscheid, publié le 30 septembre 2012, consulté le 04/02/2016

AFFORDANCE.INFO, http://affordance.typepad.com/mon_weblog/2016/01/la-fin-du-web-.html, Olivier Ertzscheid, publié le 18 janvier 2016, consulté le 11/06/2016

AFFORDANCE.INFO, http://affordance.typepad.com/mon_weblog/2008/09/la-gestion-de-c.html, Olivier Ertzscheid, publié le 21 septembre 2008, consulté le 14/06/2016

A LIRE AILLEURS, http://alireailleurs.tumblr.com/post/132860969903/les-d%C3%A9connexionnistes-new-inquiry, publié le 09 novembre 2015, consulté le 17/03/2016

CAFEBABEL, http://www.cafebabel.fr/article/le-futur-du-journalisme-numerique.html, Adrian Blanco, publié le 06 février 2015, consulté le 26/05/2016

CAFE REFERENCEMENT, http://www.cafe-referencement.com/recherche-universelle/google-actualites-recherche-universelle/le-futur-du-journalisme-selon-le-patron-de-google-news-954, Virginie Clève, publié le 03 mars 2014, consulté le 26/05/2016

CULTURE MOBILE, http://www.culturemobile.net/visions/yves-citton-ecologie-attention, Ariel Kyrou, publié le 26 mai 2015, consulté le 09/03/2016

EFJ, http://www.france24.com/fr/20151311-7-jours-france-medias-presse-ecrite-mutation-crise-rachat-patrons-drahi-niel-internet, publié le 11 octobre 2015, consulté le 14/06/2016

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FREDCAVAZZA.net, http://www.fredcavazza.net/2015/11/11/la-blogosphere-a-un-tournant-de-son-histoire/, Fred Cavazza, publié le 11 novembre 2015, consulté le 03/02/2016

FREDCAVAZZA, http://www.fredcavazza.net/2015/09/22/des-services-de-conciergerie-mobiles-aux-applications-transparentes/, Fred Cavazza, publié le 22 septembre 2015, consulté le 09/03/2016

HORIZONS MEDIATIQUES, http://horizonsmediatiques.fr/2014/12/si-le-data-journalisme-vous-etait-donnees/, mserthelon, publié le 29 décembre 2014, consulté le 01/06/2016

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JOURNALISMES INFOS, http://www.journalismesinfo.fr/Realite-Virtuelle-et-journalisme-La-France-frileuse_a5730.html, Pierre Cloix, publié le 09 mars 2016, consulté le 07/06/2016

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