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Immersion en 2032 : récit d’un animateur radio

On annonce sa mort depuis l’arrivée de la télévision. Pourtant, même la révolution numérique du début du siècle n’en sera pas venue à bout. La radio reste encore et toujours l’un des médias les plus consommés, même si celle-ci ne ressemble en rien à son illustre ancêtre. Finalement, la seule perte provoquée par le tournant numérique aura été l’abandon des bandes FM, au profit de la RNT (radio numérique terrestre) implantée dès le début du XXIe siècle, puis enfin la totale délocalisation des radios vers un système d’application. Aussi, comme la télévision, les programmes de « rattrapage » se sont multipliés avec les podcasts, provoquant une certaine délinearisation du média. La radio s’écoute aujourd’hui de nombreuses manières différentes, sur différents canaux. Toutefois, elle reste écoutée plus que jamais.

Logo On Air

27 janvier 2032. Paris.

7h.

Le monde des rêves cède la place à la réalité, rythmé par la radio RTL qui me donne les premières informations du jour. Les enceintes connectées à ma maison et disposées près de mon lit se déclenchent chaque matin en guise de réveil. Certains préfèrent entendre l’analyse du sommeil de la nuit passée, mais j’ai toujours préféré me faire réveiller par une voix amicale, et surtout humaine. De plus, je ne suis pas vraiment addict du quantified self.

Je sors de mon lit et traverse péniblement les différentes pièces de ma maison jusqu’à la salle de bain. Pendant ce temps, les enceintes disposées dans chaque pièce détectent mon passage, et le son de la radio me « suit » dans mon parcours.

Une fois ma toilette terminée, je décide de stopper les informations toujours plus déprimantes en cette année 2032 et d’écouter un peu de musique. Un simple « tap » sur mon miroir affiche les applications contenues dans tous mes appareils. Encore une fois, je pourrais très bien me contenter d’user de ma voix pour que les micros disposés dans chaque pièce de la maison se déclenchent et que mes désirs s’exécutent, mais vous l’aurez compris; je suis vieux jeu.

Concept Miroir Connecté

Je clique sur l’application Apple music, et lance une playlist entrainante. Une voix robotique m’annonce que ma voiture connectée quitte son parking souterrain et sera devant chez moi dans 15 minutes. Je file dans la salle à manger, toujours suivi par ma musique. Un café, une pomme, j’enfile ma veste et mes écouteurs sans fil. La musique se coupe dans ma maison et continue dans mes oreilles. Je sors de chez moi; pile à l’heure.

8h30

Ma voiture est au coin de la rue. Une alerte vient me « toquer » au poignet : ma smartwatch m’annonce que mon chauffeur robotique est devant chez moi. Parfois les objets connectés ont leur utilité, parfois un écran ne sert à rien et il suffit de regarder devant soi. La porte de la voiture s’ouvre, je m’y introduis sereinement et claque la porte.

Il est temps d’aller travailler. Destination : Les studios de Radio France.

En 2032, aucune voiture n’est stationnée dans Paris. Toutes les voitures sont connectées et autonomes, elles rejoignent d’elles-mêmes d’immenses parkings souterrains en périphérie après avoir déposé leur passager à destination.

Les changements opérés dans ce domaine m’interpellent puisque le destin de l’automobile était fortement lié à mon propre métier, celui d’animateur radio. L’écoute de la radio linéaire se faisait auparavant en priorité au volant d’une voiture. Aujourd’hui, les lecteurs embarqués dans les voitures s’apparentent plus à des sortes d’iPad rattachés au tableau de bord. Ils permettent d’accéder à la radio, bien sur, via des applications, à des podcasts pour l’écouter en différé mais aussi à n’importe quel autre contenu, comme des applications de streaming musical.

Ce domaine ayant complètement effacé les ancestraux supports tels que le CD, et même des dinosaures tels que que le vinyle, qui connaissait un certain retour jusqu’à 2020, et aujourd’hui la cassette, support privilégié du yuccie, digne descendant du hipster, ce jeune urbain branché qui sévit dans de nombreux arrondissements de la capitale.

Le streaming musical est d’autant plus important car il s’est rapidement mis à empiéter sur les plates-bandes radiophoniques, si bien qu’aujourd’hui, les radios musicales ont pratiquement disparues, au profit d’émissions ciblés.

Perdu dans mes pensées, je n’avais pas vu que je suis presque arrivé à destination. Ma voiture dépasse allègrement la statue de la liberté du XVIe avant de me déposer devant l’entrée des studios de Radio France.

9h

Sitôt déposé, mon chauffeur file loin jusqu’à se perdre dans les brumes matinales de la ville.

Je pousse les grandes portes du Studio. Celui-ci est relativement vide comme à l’accoutumée. Depuis l’explosion du travail en freelance, et l’accessibilité financière du matériel audio indispensable à la réalisation d’une émission de radio, beaucoup peuvent enregistrer leurs interventions depuis chez eux. Cette pratique est née dès la fin du siècle dernier, avec l’arrivée des ordinateurs qui permettaient alors l’automatisation de la radio. La pratique freelance en radio c’est le voice track, une technique permettant de pré-enregistrer des interventions dans des émissions. L’animateur ne produit donc plus en direct, mais plusieurs jours à l’avance. Ce système s’est très vite démocratisé, en premier par les petites radios locales, attirées par l’économie de coût de personnel qu’il offrait. Aujourd’hui, le voice track s’est généralisé même dans les grandes radios nationales.

Pour ma part, je suis un irréductible animateur traditionnel, je me rends encore dans les locaux de la radio. J’écris des chroniques chaque jour sur un fait d’actualité que j’expose dans une émission dédiée à l’information généraliste sur Radio France.

9h15

Le moment de ma chronique approche. L’émission a déjà commencé depuis un moment. Je me faufile discrètement jusqu’à une chaise vide, enfile le casque sur mes oreilles et rapproche le micro de ma bouche, puis, j’écoute attentivement ce qui se dit.

L’émission d’aujourd’hui est l’une des rares à être encore réalisée et diffusée en direct. Elle traite principalement d’actualité politique aujourd’hui, l’élection présidentielle 2032 approchant, les médias de toutes parts sont en effervescence.

Autour de moi, chaque animateur et invité du jour est assis en face de son micro. Tout un chacun essaye de ne pas trop regarder son smartphone et de faire mine de se passionner pour la discussion, elle-même scrutée et retransmise en direct sur internet via les cameras disposées ici et là dans le studio. Cela fait bien longtemps que la radio n’est plus seulement auditive. Cependant, elle a le mérite de pouvoir encore offrir tous les éléments indispensables de compréhension à l’oral, ce qui rend l’image relativement accessoire.

En face de moi, accroché sur le mur, se trouvent plusieurs grands écrans. L’un affiche l’habituel programme de l’émission, un « cartoucheur » numérique dans lequel sont stockés les chansons et jingles prêts à être lancés.

Cartoucheur Radio

L’autre écran, affiche en temps réel le nombre d’auditeurs, mais aussi lesquels écoutent la radio directement via l’application Radio France et lesquels ont vu ce programme se pusher sur leur radio-sur-mesure.

En effet, depuis quelques années, de nombreux auditeurs délaissent leurs radios habituels pour adopter une consommation sur-mesure de la radio. Via l’analyse algorithmique de leur navigation internet et centres d’intérêt, la data engendrée permet d’affiner les programmes que ces outils seront en mesure de leur offrir. Ces outils de « smart curation » sont aujourd’hui très populaires, preuve si il en est de l’intérêt pour les auditeurs d’une certaine personnalisation dans le choix des contenus.

Au vu des chiffres affichés sur l’écran, la plupart des utilisateurs passent tout de même par notre canal principal, à savoir l’application Radio France. Cela n’est pas étonnant, car l’émission proposée est dédiée à l’information généraliste, et est rarement poussée sur les radios sur-mesure affinant leur recherche sur des thématiques plus précises.

Auparavant, les audiences radio tombaient 4 fois par an (hors été) et étaient mesurées par Médiamétrie qui réalisait des enquêtes téléphonique sur un panel représentatif. Autant vous dire que je vois aujourd’hui cette méthode comme une pratique d’un temps ancien, pourtant, elle était encore à l’oeuvre il y a a peine dix ans.

L’animateur principal termine sa phrase, et propose aux auditeurs de se retrouver après une courte page de publicité. Sitôt tout le monde dévêt son casque et une musique de fond se lance. Non, en 2032 publicité ne rime pas avec musique d’ambiance. Les données personnelles de nos auditeurs sont devenus une denrée précieuse pour les annonceurs depuis le début du siècle, et ont permis peu à peu le remplacement des pages de publicités « communes » à tous par des publicités ciblées. Beaucoup plus efficaces, ce type de marketing, qui sévit aujourd’hui dans tous les médias, nous épargne également à nous, animateurs, de se coltiner des pages de publicités durant nos brèves pauses.

11h05

Je sors des studios de la radio m’aérer l’esprit. L’émission n’aura pas dépassé d’une minute. Les règles de régularité du temps d’émission ont été renforcées depuis que Apple souhaite imposer des durées très précises sur ses podcasts. Toutefois, il y a peu d’intérêt, dans le cadre d’une émission dédiée à l’actualité généraliste, à accorder au podcast. Ce type d’émission dispose d’une durée de vie très courte, puisque l’actualité sera déjà périmée demain, à l’inverse d’émissions historiques, philosophiques ou culturelles qui peuvent durer très longtemps en faisant l’objet de courantes re-éditorialisations. Cette pratique est née de la convergence entre la consommation sur-mesure de la radio et l’archivage du web, ayant permis l’accès publique à des millions de contenus radiophonique ré-utilisables dès lors qu’un thème revient sur le devant de la scène.

D’une certaine manière, il nous faut, en tant que médias, satisfaire les caprices de Apple, Google et autre Amazon afin de s’assurer un bon référencement. Pour la radio, le format podcast est extrêmement important puisque le différé est aujourd’hui bien plus consommé que le direct. Conséquence : une certaine perte d’indépendance des radios et une position d’abus dominante de la part du GAFA, ces intermédiaires ayant confirmé leur statut de nouveaux médias avec la révolution numérique du début du siècle, ils imposent aujourd’hui leur domination écrasante sur tous les autres.

Logo GAFA

11h20

Encore quelques tâches à accomplir. La première, et la plus fastidieuse, sera l’écoute des émissions enregistrées cette semaine, afin de corriger au montage certaines anomalies. L’écoute des voice tracks reçus en vue de prévenir leurs auteurs si jamais une erreur s’y trouve.

Enfin, je profiterais du temps restant pour me confronter aux journalistes robots qui sévissent de plus en plus sur la toile afin de récolter des informations pour écrire ma chronique de demain. Puis, autant en profiter pour utiliser l’équipement audio haute qualité des studios de Radio France pour enregistrer mes propres voices track pour une radio concurrente, avec laquelle je travaille depuis 3 ans désormais, à l’abri des regards indiscrets de mes collègues; cette pratique n’étant pas vraiment légale. 

Voilà le monde dans lequel nous vivons désormais. Un monde ultra-libéral ou un journaliste doit faire preuve de ruse en enchainant plusieurs travaux dans le but de bien gagner sa vie. J’aime mon métier. Mais j’ai conscience que l’environnement n’est pas des plus propices pour en vivre pleinement. Paradoxalement, les médias n’ont jamais été aussi accessibles et consommés.

17h

Ma voiture connectée me dépose devant chez moi avant de repartir seule en dehors de la capitale. Mon programme de ce début de soirée : enregistrer une émission pour une web radio participative. Le thème de ce soir, cinéma, avec le grand sacre des oscars approchant à grands pas. Aucune rémunération pour ce projet. Mais nous rentrons ici dans le domaine d’une passion, et d’un passe-temps.

Une chose est sure, le monde de la radio a bien évolué depuis le siècle dernier, mais ce média est plus que jamais présent dans nos vies. La radio s’est démultipliée dans ses formes et ses usages. Exit le poste Radio FM, nous l’écoutons aujourd’hui sur n’importe quel objet connecté, de la table au miroir en passant par le frigo, sans oublier des objets plus traditionnels comme le téléphone. Nous l’écoutons en différé, pouvons interagir avec elle, choisir nos programmes avec précision dans des radios émettant du monde entier dont le flux passe désormais par internet.

La radio est loin d’être morte, même si en vivre pleinement est aujourd’hui compliqué. Contrairement à la presse écrite qui a complètement disparu des radars, les robots sont encore loin de pouvoir émuler la voix et la pensée humaine avec naturel, et encore moins d’user d’humour. Du moins, ils en sont incapables pour le moment…

BIBLIOGRAPHIE :

Podcast :

Revue :

Articles :

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Le Social media manager de demain

Internet a apporté de grands changements dans le monde économique et donc professionnel. Créateur de nouveaux métiers, ces professionnels du web voient constamment leur corps de métier se transformer.

Son père connu sous le nom de Tim Berners-Lee a nommé “world wide web” son ambition créatrice d’un “moyen de partage de documents informatique”. C’est un monde numérique qui prend forme et qui se consolide peu de temps après, via la création des adresses web (URL), de l’Hypertext Transfer Protocol (HTTP) et de l’Hypertext Markup Language (HTML). L’apparition du web a très vite fait évoluer la manière de communiquer, ceci tant par le format, le contenu, que l’auteur lui-même. Tout le monde peut être créateur d’information en tous genre, ainsi très vite les marques ont assimilé les codes du web afin d’être entendu par les clients et prospects de manières différentes, de l’usage des médias historiques (radio, TV).  Continue Reading →

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Gamification : le jeu et le ludique deviendront-ils la base de toute communication ?

Avec un marché mondial s’élevant à 99,6 milliards de dollars en 2016, il était évident que le jeu vidéo et ses codes allaient s’insérer et impacter la communication. Aujourd’hui, la gamification fait partie des buzzword du marketing et de  la com’. Focus sur cette approche qui impactera le métier de Community Manager en 2030.

Source : levillagebyca.com,  » les techniques de gamification appliquées aux startups »

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Quand la politique prend le pas sur la technologie pour transformer un métier de communicant

Depuis maintenant 10 ans Marine Le Pen, présidente de la république, a causé du tort dans le monde associatif par la politique qu’elle mène. Beaucoup d’associations ont disparu et celles qui existent encore aujourd’hui n’ont pas toujours la trésorerie nécessaire pour embaucher des salariés, dont des chargé de communication.

Aujourd’hui, après quelques années de galère, enfin une bonne nouvelle, je viens de décrocher un poste de chargé de communication dans l’associatif et dans une association qui correspond aux valeurs que je cherche à défendre depuis que j’ai l’âge d’avoir une conscience politique. Il faut dire que depuis la fin de mes études, ce secteur a beaucoup évolué et pas vraiment dans le sens qui me convient.
Quand je prends un peu de recul, je me rends compte que le contexte politique actuel et le chemin qu’il a pris depuis plusieurs années en sont certainement les principales causes.

Retour sur des années mouvementées en politique

En 2012 après des années de politique de droite, on a assisté à un semblant d’alternance par l’arrivée de François Hollande du Parti socialiste qui a eu un mandat difficile et qui a déplu à beaucoup dont une très grande partie des électeurs de gauche. En 2017, M. Macron devient président de la République, en promettant une alternative au clivage gauche-droite présent depuis le début de la Ve république. Il a réussi à battre Marine le Pen, la candidate du Front national dans une période de montée des extrêmes.

http://lesalonbeige.blogs.com/my_weblog/2014/07/2017-marine-le-pen-%C3%A0-lelys%C3%A9e-.html

Marine Le Pen, à l’Elysée en mai 2022.

Seulement les 5 ans qui ont suivi n’ont pas, non plus, convaincu les électeurs sur cette véritable alternance attendue. Ce qui a, je pense, amené Marine LePen à accéder au pouvoir en 2022. C’est à partir de là, que, pour ce qui est de mon poste et de ma fonction de chargé de communication, tout, c’est gâté.
Il est clair que l’idéologie de ce parti ne correspond en rien avec l’objet social des associations dans lesquelles, j’ai et je souhaite travailler.
Alors que les subventions accordées aux associations baissaient déjà de manière exponentielle depuis la présidence Sarkozy, puis Hollande, puis Macron. Depuis l’ère Marine, cette tendance s’est affirmée et tranchée.

Je vois aujourd’hui un vrai tournant qui s’est produit pendant et après la campagne présidentielle de 2017 qui pourrait se résumer comme la campagne critique des médias, accusés d’être partiaux, de gauche qui ont choisi de détruire un candidat de droite pour favoriser le candidat E. Macron qui a été élu président. Une grosse partie de la population française a perdu confiance en eux et en l’information de manière générale. Elle reste aujourd’hui, encore, sceptique et souvent sensible aux tendances complotistes. Cela a impacté et impacte encore aujourd’hui le métier de communicant. Il y a une forme de méfiance généralisée. Qui ne s’est malheureusement pas arrangée par la suite.

De lourdes conséquences sur le secteur associatif

Ce contexte et cette évolution politique et géopolitique ont, avant toute chose, raréfié le nombre de postes de chargé de communication dans l’associatif puisqu’ils ont raréfié le nombre d’associations existantes. La raison est simple, les subventions accordées qui permettaient jusque-là à bon nombre d’associations d’exister et d’embaucher des salariés, ont été suspendues.
Le planning familial a disparu, ou a été contraint de disparaître, selon les interprétations, dès l’arrivée au pouvoir de Madame Lepen. Ce n’était qu’un début. Un des symboles, pour moi, marquant d’une dynamique qui ne s’arrêterait pas en “si bon chemin” a été la récupération des locaux de la LICRA (ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme) par le gouvernement en 2023. Depuis beaucoup d’associations ont disparu, et celle qui existent encore ont dû totalement repenser leur fonctionnement et se séparer de bons nombres de salariés. J’ai moi aussi perdu mon travail de chargé de communication dans ce contexte et passé quelques années durant lesquelles j’ai dû élargir le spectre des organisations dans lesquelles je me voyais travailler.

Enfin il y a deux mois, j’ai trouvé un travail et dans un domaine qui me plaît. Alors certes, il a fallu que je me dirige vers des associations plus consensuelles, possédant une histoire ou une part d’identité en lien avec le catholicisme, mais j’ai trouvé. Et ces associations se portent bien et mènent des actions auprès de publics qui sont dans le besoin, ou dans une situation sociale qui m’alerte.

Un métier qui à du s’adapter

Cela fait donc déjà deux mois que je suis chargé de communication au Secours Catholique dans le service du mal-logement. Et je me rends compte après 5 années sans emploi que le métier a quelque peu changé.

Dans le métier de communicant et particulièrement dans ce secteur, beaucoup de choses ont changé et pas seulement ces cinq dernières années. Ces évolutions sont en grande partie dues aux technologies qui sont en perpétuelle mutation. Aujourd’hui beaucoup de pratiques ont changé et la technique a permis des évolutions profitables au travail quotidien, tout en apportant, dans un même temps, son lot de nouvelles problématiques.
Nous perdons beaucoup moins de temps dans le choix des cibles et dans les réflexions qui précèdent une publication ou une campagne de communication. Avec la collecte de données personnelles et les informations que l’on possède les uns sur les autres, c’est un algorithme qui définit à qui tel ou tel message doit s’adresser. Cela va encore plus loin. Ces mêmes algorithmes nous indiquent la forme que doit prendre le message en fonction de cibles définies. Les questions sur la préservation des données et la notion de vie privée dont on parlait énormément lorsque j’étais étudiant ont peu à peu disparu, face à la tournure prise. Aujourd’hui, on ne parle d’ailleurs même plus, dans le débat public, de la notion de vie privée ou de données personnelles. On parle d’informations non-publiques. Tendez l’oreille, tout est dans la symbolique et la nuance. Il parait même que le gouvernement aurait pour chacun de nous une fiche précise d’informations très personnelles. « Un peu comme un fichier Tulard [ Créé sous le régime de vichy, c’est un ensemble de fichiers d’informations sur les personnes juives qui porte le nom de son créateur], mais avec les moyens de la technologie moderne ».

François DUPAIRE et Farid BOUDJELLAL, La Présidente, 2015, Les Arènes BD – Demopolis, p82

La logistique a, elle aussi évolué. Nos boîtes mail répondent pour nous à la plupart de nos e-mails. Elles nous débarrassent, il faut bien le dire, de toutes ces tâches chronophages qui étaient une sorte de fil rouge de nos journées. Elles ne répondent pas à tous, mais à la plupart des demandes générales, de question de logistique, pratique, etc. Les appareils planifient pour nous nos rendez-vous en fonction de nos disponibilités et nous les rappellent quotidiennement.

Et puis, chose nouvelle également, le fait de ne plus travailler sur un ordinateur. Avec l’évolution des objets connectés c’est mon bureau mon nouvel ordinateur. Enfin mon bureau quand je suis au travail. Mais ça peut être toute sorte d’objets mon poste de travail. C’est finalement juste la machine matérielle qui a disparu, ce qu’il y avait dedans je l’ai avec moi partout. Il me faut juste un objet connecté avec une surface. Ça évite de le transporter, de risquer de le casser et de perdre toutes les données et ça permet d’avoir tout sur soi à tout moment. Il faut juste s’équiper d’un serveur personnelle à laisser chez soi ou au bureau et accepter l’idée que de toute façon les autorités ont un contrôle sur la plupart de ces données.

Sur le plan idéologique du métier, une des problématiques qui (particulièrement dans le domaine associatif de solidarité) apparaît avec ces évolutions technologiques prend racine dans ce contexte politique particulier. En effet, les technologies ont évolué et nous permettent d’être plus efficace, mais elles ont profité également aux services de renseignements qui ne voient pas d’un très bon œil l’existence de telles structures dans lesquelles je souhaite m’investir professionnellement. Bien que des associations comme le Secours Catholique soient pour le gouvernement plus honorables que la ligue des droits de l’homme, elles n’en restent pas moins à surveiller. Et la totalité des actions de telles structures ne leur convient pas toujours. Le secours catholique avait un service qui intervenait sur les problématiques carcérales, mais nous n’avons plus d’accès en détention. On sent que l’action de l’association devrait se diriger vers un public plus ou moins choisi. Et que ce même gouvernement n’est pas totalement dupe des positions de l’association qui ne rentre pas totalement dans ses lignes.

http://fr.ubergizmo.com/2013/02/15/holocauste-hologrammes.html

Réunion par hologramme

La surveillance s’est généralisée, et il nous faut ruser pour pouvoir se retrouver sur des temps de travail commun pour organiser une forme de résistance. Heureusement, ces mêmes évolutions technologiques nous le permettent aussi. Nous assistons depuis déjà de nombreuses années à cette tendance de repli sur soi. Et l’accès aux commandes de partis extrêmes n’est pas un privilège français. Ces montées de partis politiques nationalistes sont présentes dans beaucoup de pays du monde. Ces évolutions technologiques nous permettent beaucoup plus facilement de se retrouver malgré les distances qui peuvent nous séparer. La généralisation des hologrammes donne des réunions qui seraient apparues comme surréalistes il y a encore 20 ans, mais facilite le travail des ONG présentes dans plusieurs pays. Les possibilités de cryptage ont crû ce qui est une bonne chose pour nos actions, dans le même temps, les possibilités de déchiffrage se sont elles aussi perfectionnées. Sans faire de parallèle, aucun, j’ai parfois un sentiment de vivre ce qu’on me racontait enfant dans les livres d’histoire sur la résistance. À des différences technologiques près.

Sur le plan idéologique, il y a aussi des conséquences

Le climat politique actuel a aussi bousculé les questionnements, divergences qui depuis un bon nombre d’années, animaient le secteur de l’associatif. À cette époque, il y avait par rapport à la professionnalisation de la communication dans ce secteur et l’usage de techniques au départ propres au marketing et au monde de l’entreprise, deux écoles. Une qui ne voulait pas en user et souhaitait que ces associations concentrent leur travail de communication sur la participation citoyenne, quand, l’autre, au contraire, utilisait ces méthodes pour sensibiliser et récupérer des dons qui leur permettaient une indépendance financière. On parlait de mode fonctionnel et relationnel « les modes fonctionnel (basé sur les principes du marketing) et relationnel (fondé sur la participation et la conscientisation) dans les stratégies de communication externe des organisations humanitaires » (Florence Carion). Ces divergences n’ont jamais cessé et chaque association avait son appréciation de cette question. Cependant cette question est devenue secondaire car aujourd’hui, les principales préoccupations de ces associations (pour celles qui existent encore) sont de réussir à convaincre que leur action n’est pas veine et de réussir à faire passer leur message, au sens propre comme au figuré. Il faut faire face à une forme de censure, et une nouvelle notion de vérité qui serait celle détenue par le pouvoir en place. Cette même notion de vérité d’État pose également un problème sur le travail de recherche d’informations, et d’accès à l’information. On à longtemps parlé de fake news avec l’arrivée au pouvoir de Donald Trump en 2017 aux États-Unis. A l’époque ce n’était pas encore la norme et c’était suffisamment rare et marquant pour qu’on s’arrête sur le sujet, mais aujourd’hui cette tendance c’est généralisée, et la méfiance vis à vis de la presse a permis aux politiques de s’engouffrer et de se saisir de cette « opportunité » pour imposer leurs vérité propre.

Bien que sceptique avec une sensation parfois d’impuissance face à une situation et ce gouvernement bien en place, je garde l’espoir que les choses changent et qu’ils finissent par rendre le pouvoir. C’est finalement au moment où ces associations, dans lesquelles je souhaite travailler, ont le plus de travail pour répondre à leur objet social qu’elles peuvent en réaliser le moins. Drôle de paradoxe.

Nicolas Noireau

Bibliographie / Webographie

Florence Carion, « La communication associative  », Communication [En ligne], Vol. 28/1 | 2010, mis en ligne le 23 septembre 2011, consulté le 18 avril 2017;

François DUPAIRE et Farid BOUDJELLAL. (2015).  La Présidente. Paris: Les Arènes BD – Demopolis

Coreight. (2014, Le 14 aout). Fascinante ou effrayante, la communication du future est déjà à notre porte [Billet de blog]. 

Baccelli François, « Les réseaux de communication du futur », Annales des Mines – Réalités industrielles, 4/2010 (Novembre 2010), p. 5-9.

Ixchel Delaporte. (2016, le 16 décembre). Comment les maires FN musèlent les associations. L’humanité.