Par Lucie Froussart & Maxime Landais

© Lucie Froussart & Maxime Landais

© Lucie Froussart & Maxime Landais – Entrée de l’exposition

À la Cité des sciences et de l’industrie, une exposition invite les visiteurs à ralentir le rythme et à remonter le temps. « La Machine à écrire » propose un parcours immersif qui retrace l’évolution de l’écriture mécanique, mêlant objets emblématiques, sons d’époque et récits sociaux. Entre fascination, nostalgie et découverte, l’exposition fait dialoguer passé et présent, tout en interrogeant notre rapport aux outils d’écriture. Ici, les visiteurs ne se contentent pas de regarder : ils écoutent, observent, s’attardent, et parfois se reconnaissent dans ces machines aujourd’hui disparues.

Dès l’entrée de l’exposition, une atmosphère apaisante, contemplative et admirative s’installe. Le visiteur est invité à ralentir, à prendre son temps, à observer et à écouter ce qui se déroule dans l’espace. Peu à peu, l’environnement devient enveloppant, donnant l’impression d’avoir remonté le temps, comme grâce à une machine temporelle. Le visiteur est alors propulsé en 1930 et suit une frise chronologique jusqu’à notre époque actuelle. À travers ce parcours, l’exposition interroge l’évolution des pratiques d’écriture et le rôle des outils techniques dans la construction des usages sociaux et professionnels.

Le parcours débute avec la mise en lumière de véritables machines à écrire, aujourd’hui devenues rares. Leur présence suscite immédiatement fascination et curiosité. Petits et grands s’arrêtent devant ces artefacts emblématiques, retraçant l’histoire des technologies de l’écriture. Parmi eux, le Minitel, le Nokia 3310 ou encore le tapis de souris Apple rappellent les évolutions successives des outils de communication. La scénographie immersive établit un lien entre les objets anciens et contemporains, permettant au visiteur de mieux comprendre la continuité technologique entre la machine à écrire et les outils numériques actuels.

                        Machine à écrire underwood mécanique type n°5 modifiée (1920 et 1930) 

                                                                         

                                                                      Sténotype grandjean (1930)

L’exposition souligne également que le clavier d’ordinateur AZERTY tel que nous le connaissons aujourd’hui a été créé à partir de la machine à écrire.

Un enfant court et s’exclame : « Papa, regarde la machine à écrire ! ». Les enfants passent d’un dispositif à l’autre, émerveillés. L’un d’entre eux, installé devant un clavier Apple, tape avec concentration, captivé par le simple geste d’écrire, quelle que soit l’époque ou la technologie.

                                                           Apple Magic Keyboard sans fil (2016)  

Tout au long de l’exposition, les sons occupent une place centrale. Certains visiteurs reproduisent spontanément le bruit de la machine à écrire, comme un son ancré dans une mémoire collective. Plus loin, le bruit de la salle sonore se fait entendre, accompagné du cliquetis des touches.

Le temps semble s’étirer, les visiteurs avancent lentement, s’arrêtent, repartent, reviennent sur leurs pas. Les pas résonnent doucement sur le sol, mêlés aux cliquetis mécaniques qui ponctuent le parcours. Les machines à écrire sont alignées, lourdes, métalliques, parfois marquées par l’usure. Les touches, légèrement abimées, semblent avoir conservé la mémoire des mots tapés autrefois.

Certains visiteurs se penchent, plissent les yeux, cherchant à comprendre le fonctionnement du mécanisme. D’autres restent à distance, observant en silence.

De gauche à droite : Micro-ordinateur Apple macintosh 512K”Fast Mac” (1986), Ordinateur portable Toshiba T1000 SE (1986), Minitel portable Matracom MO5 (1990) et Ordinateur portable Apple PowerBook 5300 CS (1995) 

Devant une machine, une femme s’arrête plus longuement. Elle sourit, désigne l’objet du doigt et lâche : « J’avais le Minitel avec le gros écran, là ». Sa voix est calme, teintée de nostalgie. À côté d’elle, son ami acquiesce d’un signe de tête. Le souvenir semble partagé, inutile de l’expliquer davantage. 

Au fil du parcours, l’atmosphère devient de plus en plus apaisante et enveloppante, créant une véritable bulle de découverte et d’apprentissage. Les déplacements des visiteurs varient : certains s’attardent longuement devant les dispositifs, tandis que d’autres passent plus rapidement d’un espace à l’autre. Cette diversité de rythmes fait partie intégrante de l’expérience. La scénographie permet à chacun de s’immerger à son propre tempo, dans un environnement perçu comme sécurisant. 

Autour, les visiteurs continuent d’avancer, de regarder, d’écouter. Les voix se croisent, les langues aussi. On entend des rires, quelques mots en italien, des exclamations discrètes comme « Wow ». L’exposition ne se contente pas de montrer des objets : elle devient un lieu de passage, d’échanges et de souvenirs partagés, où chacun projette une part de son histoire personnelle sur ces machines désormais silencieuses.

                                                             Immersion sonore, une vie de dactylo  

Pour conclure l’expérience, une bulle sonore est proposée au visiteur. Le rythme de l’exposition change. Les visiteurs ralentissent, certains s’arrêtent devant l’entrée, lisent les consignes, observent l’espace. La lumière est plus tamisée et les voix se font plus basses. Il faut parfois attendre quelques minutes avant de pouvoir entrer.

Concrète et faite de pierre, elle offre un espace aéré, équipé de poufs pour s’asseoir. Pendant une dizaine de minutes, une histoire nous est racontée à travers des jeux de lumière et des tableaux en papier, à la manière d’ombres chinoises. Les bruits de la rue résonnent : pas, voitures anciennes, clocher de l’église.

                                        Bulle immersive où a lieu l’annimation d’immersion sonore

Le visiteur découvre alors l’histoire de trois dactylographes : Denise, Louise et Agnès travaillant dans une entreprise où les conditions de travail sont difficiles. Elles évoquent leurs machines, la pression exercée, les erreurs sanctionnées: « 11 fautes d’orthographe, 25 centimes par faute » et leurs revendications pour de meilleures conditions. Les voix s’élèvent: « Dactylographes, nous ne sommes pas des machines ». Le jazz accompagne cette immersion sociale et historique.

À la fin de la séquence, un silence s’installe. Personne ne se lève immédiatement. Les visiteurs restent assis quelques secondes supplémentaires, comme s’il fallait du temps pour revenir au présent. Puis, lentement, les corps se redressent. Les regards se croisent. L’expérience laisse une trace, prolongeant la réflexion au-delà de la bulle sonore.

À la sortie du parcours, le visiteur a l’impression d’avoir traversé une bulle historique, comme si le temps s’était arrêté un instant. L’exposition retrace de manière claire et précise l’histoire de la machine à écrire et des dactylographes qui se sont battues pour leurs droits. « Ça a disparu si vite », entend-on dans la salle. Certains reviennent sur leurs pas, relisent un cartel, observent une machine une dernière fois. « C’est bien, c’est l’histoire, c’est concis » Pourtant, l’exposition montre combien cet objet continue de marquer les imaginaires et de susciter l’envie : « J’aimerais avoir une machine à écrire », confie un visiteur.

L’exposition semble prolonger son effet au-delà des dispositifs. Les discussions continuent en marchant, parfois jusqu’à la sortie. Les visiteurs échangent des souvenirs, évoquent leurs premières expériences avec l’écriture, les ordinateurs, les claviers. Les générations se croisent, confrontant leurs usages passés et présents.

L’exposition « La Machine à écrire » propose ainsi une expérience immersive, sensorielle et humaine. En valorisant un objet aujourd’hui dépassé technologiquement, l’exposition rappelle que les innovations actuelles s’inscrivent dans une continuité historique et sociale. En mêlant objets, sons et récits, l’exposition redonne toute sa profondeur au geste d’écrire, tout en mettant en lumière le lien entre technologie, société et mémoire collective.

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