Par Steevy Jackson
© Tenzinshen
La dénonciation des problèmes de la société est l’un des piliers sur lequel le rap repose. Ce genre musical, maintenant apprécié par la majorité de la population française, servait au départ aux populations démunies, d’exprimer la réalité de leur quotidien. Ce quotidien qui les opprimait, les détruisait mais qui les poussait aussi à rêver d’un futur meilleur. Avec le temps, les rappeurs sont devenus populaires. Très populaires, devenant pour les plus streamés d’entre eux, des symboles de réussite.
Si maintenant la majorité de la scène rap française est composée de rappeurs qui souhaitent nous faire danser au soleil ou encore se jeter les uns sur les autres en festival, il reste quand même des projets musicaux qui sont là pour exprimer sans détours et sans filtre, des maux, des traumatismes qui ont laissé leur empreintes sur leurs auteurs. Femtogo et P’tite Soeur font partie de ces rappeurs qui n’ont aucune envie de nous faire danser.
Avec leur projet commun, Pretty Dollcorpse, les deux artistes nous livrent un témoignage rempli de colère, d’un sentiment de révolte, accompagné par une tristesse palpable. Cet album est sombre et traite de sujets difficiles comme l’homophobie, la dysphorie de genre, mais aussi la prostitution juvénile. Et si la majeure partie des auditeurs s’accorde pour dire que ce projet est un excellent projet, qui permet de mettre en lumière des problèmes qui touchent également les minorités comme les membres lambda de la société, il existe quand même une autre partie des auditeurs qui s’enhardit pour affirmer que ce n’est pas du rap.
Les arguments utilisés pour discréditer l’album sont souvent homophobes ou transphobes. Pourtant, le rap n’a-t-il pas été utilisé grandement pour faire entendre la voix des plus faibles ? N’est-il pas là pour nous aider à exprimer ce qu’on l’on ne peut pas dire en face-à-face ? Pourquoi participer à l’étouffement des traumas, simplement par peur ou incompréhension de l’autre ? Le rap est certes né dans les quartiers démunis et isolés, mais sa force vient du fait que comme l’art, il est censé rapprocher et non diviser. Il est donc nécessaire pour l’épanouissement du rap, de continuer à soutenir ce genre de propositions audacieuses. Dans tous les cas, Pretty Dollcorpse reste et restera un succès pour les deux artistes qui n’en sont pas à leur premier coup d’essai, n’en déplaise aux transphobes, aux homophobes et à toutes les personnes qui se complaisent dans la discrimination d’autrui.





