Par Cyriane Dumur

© Violette Cadrieu – Violette lors de son voyage

Violette, 22 ans, est assise à la table d’un restaurant parisien. Dans moins d’une semaine, elle montera dans son premier train, direction Wenzhou, en Chine. Une traversée de plusieurs milliers de kilomètres, huit mois de voyage, et un choix qui dépasse largement la simple question du transport. À l’occasion de cet échange, elle évoque les dimensions écologique, politique et sociale de son voyage.

La Chine n’est pas une destination choisie au hasard. Violette y est déjà allée plusieurs fois, avant le Covid, et désire aujourd’hui y retourner. Mais pour elle, le voyage compte autant que l’arrivée. Elle aurait pu prendre l’avion et « tracer », survoler les paysages, avaler un sandwich végétarien servi par une hôtesse de l’air, avant de se réveiller à l’autre bout de la planète. Pourtant, Violette préfère prendre son temps. Elle souhaite traverser les pays, s’arrêter, observer. Le train devient alors un choix d’ordre de grandeur, mais aussi un geste politique : refuser la facilité, questionner la norme, ralentir volontairement.

Voyager lentement, c’est aussi se réancrer dans le réel. Contrairement à l’avion, où le voyage commence à l’atterrissage, souvent brouillé par le jetlag, le train rend visibles les distances, le temps qui passe, les lieux que l’on traverse. Violette parcourra plus d’une dizaine de pays, prendra conscience du caractère artificiel de certaines frontières. Pour elle, ce mode de déplacement permettra aussi d’apprendre des cultures, des gens, des réalités géopolitiques.

Cette idée du ralentissement, maître mot de son périple, révèle aussi les inégalités structurelles du voyage. Violette sait la chance qu’elle a de pouvoir se déplacer librement avec un passeport européen, et de disposer du temps nécessaire pour un trajet de plusieurs mois. Tout le monde ne peut pas se le permettre. « Il ne faut pas penser l’écologie individuellement », explique Violette : le prix des billets, la disparition des trains de nuit, l’absence de taxation du kérosène ou encore les subventions accordées aux aéroports, même déficitaires, sont des décisions politiques qui conditionnent l’ensemble des choix. Si le train est plus cher, ce n’est pas une fatalité, mais le résultat de priorités collectives. Les actions individuelles dépendent toujours du statut social, du temps et de l’argent disponibles.

Si elle voyage seule, Violette ne sera jamais vraiment isolée. Les communautés de voyageurs, les échanges en ligne, les proches qui la harcèlent pour mettre à jour son Polarsteps et les rencontres en chemin créent de nouvelles formes de lien social. L’écologie devient alors un bonus : elle recrée du commun, du partage, de la confiance. Violette espère elle-même réussir à rassurer et inspirer, notamment d’autres femmes. 

Pourtant, son périple peut faire peur, chose qu’elle hésite parfois à aborder : que se passera-t-il si un visa ne fonctionne pas, si une frontière se ferme, si elle doit finalement prendre l’avion ? Sur place, certaines contradictions seront inévitables : en Chine, le plastique est omniprésent, le tri quasi inexistant. Mais Violette observe aussi des formes de bien-être différentes, notamment dans l’usage de l’espace public et les lieux de sociabilité, bien plus développés qu’en France. 

En somme, ce voyage n’a rien de punitif. Violette parle de curiosité, de cohérence, de politique. Pour elle, l’écologie est quelque chose de joyeux, elle croit profondément en l’humanité et en notre lendemain. D’ailleurs, elle pense déjà à l’après, et à apprendre à faire du voilier pour traverser l’Atlantique. « Parce que c’est trop stylé », sourit-elle. Une autre manière de voyager, plus lente, plus consciente, mais surtout plus belle.

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