Par Liam Lachaume

© Liam Lachaume – Fatima, responsable d’équipe à La Poste

L’édition 2026 de BlackSheep s’est intéressée aux femmes et aux hommes faisant fonctionner nos services publics. Ils sont essentiels à la vie du pays. Coup de projecteur sur Fatima, responsable d’équipe à La Poste, qui avant d’être en poste avait un avenir bien défini. 

C’est une phrase qui résonne chaque jour dans un centre de tri en banlieue parisienne : « Bonjour tout le monde ! Il est 7h30 ! C’est l’heure du tri s’il vous plaît ! ». Un appel destiné aux facteurs procédant à ce que l’on appelle le Tri Général. Il consiste à trier le courrier, colis, presse qui n’a pas été triée par les machines. Pour Fatima, 54 ans, responsable d’équipe pour l’entreprise La Poste depuis 2020, c’est le moment idéal pour faire passer des messages, notamment sur les retards répétés de certains facteurs : « Trop de retards ont été constatés, j’ai été gentille jusqu’à maintenant, dès demain, je vais commencer à coller des avertissements ! ». Pas un bruit, ni contestation ne suit cette décision… « À part quelques réfractaires, les facteurs écoutent. Ils ont une tendance à se relâcher rapidement, il faut donc à chaque fois les rappeler à l’ordre ». 

Le poste de responsable d’équipe est crucial pour un centre de tri puisqu’il est l’intermédiaire entre les dirigeants et les facteurs. Il consiste à gérer des équipes de facteurs, au bon déroulement des procédures, enfin, s’assurer que l’ensemble du courrier, colis livré ce jour soit dispatché par tournée et distribué. Mais aussi, de remonter tout problème au responsable d’exploitation au service du client (RESC). Un poste tant voulu par Fatima, qui travaille pour l’entreprise depuis 25 ans. « J’aurai pu être en poste depuis longtemps, mais en tant que femme, j’ai dû faire un choix entre ma carrière professionnelle et ma vie de famille ». Trois enfants plus tard, Fatima entame depuis 2016, une rapide montée en compétences. De factrice, puis factrice d’équipe, elle gravit tous les échelons avant d’arriver en 2020, au centre de tri de Versailles en pleine pandémie de Covid-19. Une expérience qui la marquera durablement : « C’était dur, il fallait s’accrocher, notamment faire respecter le protocole sanitaire en plus des procédures internes à La Poste ». 

Avant d’atterrir à La Poste, Fatima a grandi en banlieue parisienne et a réalisé un parcours scolaire des plus communs et voulait s’orienter vers des études pour devenir secrétaire avant d’abandonner en cours de route. « Ça a été la pire erreur de ma vie, je regrette aujourd’hui. Plus jeune, j’étais très impulsive et je faisais en sorte qu’on ne me manque pas de respect ». Cette lourde décision n’a pas empêché Fatima de rebondir et d’accumuler les petits emplois. « Ma plus longue période était caissière pour l’enseigne de bricolage Bricorama, où j’y suis resté quatre ans ». Dès lors, on observe une volonté de gravir rapidement les échelons et d’être dans la posture d’un manager. « Avant de partir, j’ai été cheffe de rayon menuiserie, où je gérais une équipe de vendeurs où j’y fixais des objectifs de vente, en plus de la gestion des stocks ». Cette soif d’évoluer se fait davantage pour créer de la stimulation et le sentiment de bien-être : « Je m’ennuie vite au travail. J’ai besoin de nouveaux challenges, sinon je pars ». 

C’est pour cela qu’elle ambitionne de devenir RESC. Un poste qui veille au respect des standards qualités fixées par La Poste, ainsi qu’à la mise en place, avec l’aide du responsable d’équipe, des nouvelles de procédures de travail.  « Je pense que ce sera le dernier poste avant ma retraite. À moins que je ne décide de faire une reconversion professionnelle ». Malgré ce parcours non souhaité, Fatima reste épanouie et se félicite de son parcours. « C’est quand même pas mal pour une personne ayant lâché les études ! Être manager sans avoir fait les études pour ». Le poste de RESC, c’est tout ce que nous lui souhaitons.

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