Par Sofia Herida
© Sofia Herida – Noëlle Verma, cheffe de projet de communication au ministère de l’intérieur
Noëlle Verma est une jeune femme de 24 ans. Née de parents d’origine indienne, elle a vécu en France et grandi à Paris, faisant d’elle la première génération de sa famille dans le pays. Elle était, jusqu’à très récemment, alternante à la mission communication de la Direction générale des Étrangers en France (DGEF) au Ministère de l’Intérieur. De par son travail sérieux et son dynamisme, Noëlle a obtenu un CDD de trois ans dans la même structure après ses études. Elle a accepté de nous raconter son parcours original et les choix qui l’y ont mené.
Black Sheep. – Quelles études avez-vous fait ?
Noelle Verma.- J’ai d’abord fait des études d’informatique. Après un lycée à Paris, je me suis lancée dans un DUT Informatique avant d’intégrer une école d’ingénieur, le Conservatoire National des Arts et Métiers (CNAM). En 2023, je me suis lancé dans un master en Direction Artistique, spécialité Design Digital UX/UI. J’avais tout un bagage code technique, informatique, mais je souhaitais comprendre davantage comment je pouvais utiliser l’informatique pour les utilisateurs et notamment dans les interfaces web. Dans ce cadre là, j’ai fait mon alternance au sein du Ministère de l’Intérieur en tant que Chargée de Communication Digitale Web. J’ai été embauchée dans la même structure en tant que Cheffe de Projet Communication en octobre 2025.
B.S.- Qu’est-ce qui vous a poussé à quitter l’informatique pour choisir un métier en lien avec la communication ?
N.V.- Dans l’informatique, on voit surtout ce qu’il se passe derrière un écran. Moi, ce qui me manquait, c’était de comprendre l’impact et les finalités que tout cela avait pour les utilisateurs. Dans une expérience professionnelle précédente, je jouais avec des données, je faisais des circuits, mais je ne voyais pas l’impact positif qu’il y avait derrière tout ça. La communication permet de faire le pont entre nécessité technologique et le besoin d’interaction humaine.
B.S.- L’informatique est un milieu qui recrute énormément contrairement à la communication où la concurrence est rude. Pourquoi avoir fait ce choix ?
N.V.- J’aime l’informatique et ce que j’aime dans mon métier aujourd’hui, c’est cette capacité à utiliser et à mettre à profit tout ce que j’ai appris dans mon parcours informatique. Ce choix est plus lié à mon profil. Plutôt qu’être derrière un écran toute la journée, je préfère interagir avec les autres et je veux que mon travail ait un sens. Être dans l’informatique pure ne me correspondait pas alors que la communication, elle, me permet d’allier les deux. Au Ministère de l’Intérieur, je peux à la fois travailler sur les sites web internet et intranet tout en étant en contact avec de nombreuses personnes.
B.S.- Regrettez-vous d’avoir quitté le milieu informatique ?
N.V.- Non, pas du tout. De tout ce que j’ai appris, il n’y a rien qui a été perdu. Le diplôme d’ingénieur ce n’est pas uniquement de l’informatique, il y a également de l’économie et de la gestion de projet, qui sont toutes des compétences dont on a besoin dans d’autres domaines.
B.S.- La communication est, selon vous, un milieu où il faut avoir des compétences diverses et variées. Est-ce que certaines compétences en informatique deviennent très utiles ?
N.V.- En soi, oui, notamment dans tout ce qui est digital, mais tous les services de communication n’ont pas de site web à gérer. Ce qui est bien dans le public, c’est que c’est souvent le cas. J’ai de la chance d’avoir vraiment ce côté technique pur, et de pouvoir utiliser d’autres outils digitaux que ce soit la Suite Adobe ou le pack Office, d’être sur les réseaux sociaux et de pouvoir alimenter le compte LinkedIn.
B.S.- En tant qu’ancienne alternante au sein de la DGEF, que pensez-vous de la communication dans le milieu public comparée à la communication dans le privé ?
N.V.- Dans le privée, je n’ai pas fait partie du service de communication mais j’ai participé aux événements qui étaient organisés par celui-ci. De ce que j’ai pu observer, je dirais qu’ils ont plus de moyens et de liberté avec des idées qui sortent du lot. Dans le public, le principal défi est de trouver un consensus pour tous les partis afin de valider les concepts. Par conséquent, cela prend plus de temps et il faut continuellement adapter les idées. Cependant, le public se dynamise, on voit de plus en plus de jeunes qui apportent de nouvelles idées et ça permet de les pousser un peu plus loin.
B.S.- Quelles contraintes ou quelles responsabilités spécifiques liées à votre statut d’agent de la fonction publique affectent votre manière de communiquer ?
N.V.- Il faut avoir conscience des sujets sensibles et du fait qu’on ne peut pas tout dire. En externe, il faut être vigilant sur les mots qu’on utilise notamment sur les réseaux sociaux puisqu’il y a forcément un impact sur l’image du Ministère. En interne, on a un peu plus de liberté. La difficulté, c’est de réussir à embarquer les services qui ne donnent pas autant d’importance à la communication. Par nos événements, on ouvre la porte aux services et on les invite à prendre la parole et à prendre conscience de la nécessité de la communication.
B.S.- Avec les différents changements de gouvernement que nous avons subi, n’est-il pas compliqué d’établir des stratégies de communication ?
N.V.- Tout dépend des missions. Par exemple, les demandes presse doivent être remontées à la hiérarchie pour vérifier ce qu’on a le droit de dire. C’est aussi vrai pour les posts publiés dans des périodes un peu sensibles. On ressent l’impact surtout dans la communication externe, en interne tout le monde est déjà au courant et nos activités ne changent pas plus que ça.
B.S.- Beaucoup d’étudiants peinent à trouver une alternance ou un métier après leurs études. Si vous pouviez leur donner un conseil, qu’est-ce que vous leur diriez ?
N.V.- J’ai trouvé mon alternance grâce au site Pass fonction publique. Il ne faut pas hésiter à contacter les personnes sur LinkedIn pour leur dire que vous êtes intéressés. Aller au-delà du CV, avec un premier contact personnel de ton initiative est toujours apprécié. Ce qui pour moi a joué, c’est ma motivation. Lors de l’entretien, j’ai relié mon parcours personnel et ce que je voulais et pouvais apporter.
Pour le CDD, ma fin d’alternance est tombée en même temps que le départ d’une collègue, son poste a été requalifié. J’ai suivi le processus de recrutement de base en postulant et en passant les entretiens.
Quand on fait un premier pas dans le public, il faut en profiter pour créer des liens et connaître d’autres personnes de différentes directions car on ne sait pas quand une place peut se libérer.





