Par Lamiae Arramach
© Lamiae Arramach – Chaïmaa El Fakir, chargée d’affaires internationales dans une banque publique d’investissement
Chargée d’affaires internationales au sein d’une banque publique d’investissement, Chaïmaa El Fakir, 26 ans, évolue dans un environnement exigeant où les enjeux économiques et stratégiques rythment son quotidien. Pourtant, derrière cette carrière dynamique, se cache une personnalité équilibrée, attachée aux plaisirs simples : le jardinage, les voyages, les moments entre amis. Aujourd’hui avec « un marché du travail en plein recul » comme le qualifie Le Monde, elle vient témoigner de son parcours et apporté un vent de courage aux nouvelles générations.
Black Sheep.- Pouvez-vous nous parler de votre parcours ? Comment l’avez-vous vécu ?
Chaïmaa El Fakir – J’ai suivi un parcours scolaire assez typique, un Bac Économie sociale, un DUT Technique de commercialisation, une licence professionnelle banque et enfin un master en finance. Pour tout vous dire, mes dernières années en master ont été assez compliquées, c’était un réel challenge. J’ai toujours eu un parcours généraliste et j’ai fini par me retrouver avec des spécialistes de la finance pendant deux ans. J’ai dû rattraper trois ans de retard tout en assimilant les cours du master. Mais tout est possible lorsqu’on est vraiment intéressé par quelque chose, si ça a marché c’est parce que j’aimais ce que je faisais.
B.S. – Selon vous, qu’est ce qui a permis de vous démarquer auprès des recruteurs ?
C. EF.- Les différentes expériences professionnelles que j’ai pû avoir durant mes études. J’ai eu l’occasion de faire des stages durant mon DUT et ma Licence professionnelle ce qui a été un grand plus. Et j’ai fini mes deux années en alternance, ce qui m’a permis d’acquérir une plus grande expérience professionnelle. Je pense que c’est grâce à toutes ces différentes expériences que les recruteurs ont une vision un peu moins junior de moi, alors que je débutais ma carrière.
B.S. – Grâce à vos études de finance, quel poste occupez-vous aujourd’hui ?
C. EF.- L’explication de mon métier n’est pas très simple, je vais donc essayer de simplifier son explication au maximum. Je suis chargée d’affaires internationales. Ma mission consiste à accompagner des sociétés françaises qui poursuivent des projets ou des sujets à l’international. Nous sommes une banque publique d’investissement, ce qui peut être représenté comme un organe public et privé. Nous sommes en quelque sorte un garant, une assurance et un financement, pour les projets de ces sociétés. Nous possédons plusieurs outils et solutions qui permettent d’accompagner nos clients et de leur faciliter leurs projets. Si vous devez retenir une chose pour mieux comprendre c’est le fait que nous sommes une aide publique à l’export.
B.S. – Vous travaillez dans un secteur souvent perçu comme masculin. Ressentez-vous un écart d’opportunité entre vous et vos collègues ? Est-ce d’autant plus dure pour une femme surtout qui vient de débuter sa carrière de s’imposer ?
C. EF.- Je pense que c’est tendanciel. C’est-à-dire qu’historiquement, il y a beaucoup plus d’hommes. Même si dans le secteur où je suis, la finance d’entreprise c’est un petit peu moins gentrifiée. Aujourd’hui, honnêtement, je ne ressens pas un écart avec mes collègues masculin. Cependant, c’est un challenge de s’imposer comme une jeune femme maghrébine. Avec mes collègues, ça va. Mais avec mes clients, ça peut être un peu plus compliqué. Les personnes que je rencontre sont des chefs d’entreprise qui font plusieurs millions, ils sont présents sur les marchés depuis des années et ils possèdent un certain degré d’expérience. Quand tu es en face d’un monsieur qui est là depuis 20 ans et qui fait plusieurs millions d’euros avec sa société et que toi, tu es une jeune fille, et que c’est toi qui vas pouvoir l’aider et le financer, et pas le contraire, c’est plus difficile pour lui de le concevoir. Donc ça peut provoquer des petits braquages voire des incompréhensions. Comme par exemple le fait de penser que j’étais stagiaire (rires). Ça arrive très, très souvent.
B.S. – Vous voyez une amélioration avec les nouvelles générations ?
C. EF.- Je pense que oui. En fait, je dirais plutôt que ce ne sont pas seulement les nouvelles générations. Il y a une prise de conscience dans les sociétés à ce niveau-là. Des chartes égalité homme-femme ont été mises en place et d’autres éléments sont créé pour aller de l’avant.
B.S. – Quel message adressez-vous aux jeunes femmes qui aimeraient rejoindre ce domaine, surtout en vue de la situation économique ?
C. EF. Allez-y ! Pour moi, il n’y a pas besoin de se limiter ou de se freiner. Aujourd’hui, je pense que ce n’est pas un frein. Malgré la situation, quand on est déterminé une solution s’offre toujours à nous, le tout c’est de garder le cap et surtout de comprendre qu’il faut toujours avoir un équilibre entre le professionnel et le personnel.





