Par Andrea Billand

© Andrea Billand – Estelle, étudiante en année de césure

Alors que de plus en plus d’étudiants choisissent de s’accorder une pause avant de terminer leurs études, la césure s’impose comme un temps d’exploration et d’apprentissage hors des salles de cours. C’est le choix qu’a fait Estelle, ex étudiante en économie gestion à Paris-Nanterre. Six mois à Sydney pour travailler et voyager. Une parenthèse qui, loin d’être un simple break, s’est révélée décisive pour la suite de son parcours…

Andrea.Billand – Pouvez-vous revenir sur votre parcours avant votre départ pour l’Australie 

Estelle.- J’ai suivi un cursus en économie et gestion à l’Université Paris Nanterre. C’est une formation qui m’a permis d’acquérir une base solide en management, en analyse économique et en commerce international. En Master, j’ai choisi de me spécialiser en logistique, un secteur que j’ai découvert un peu par hasard lors de mon stage de première année de Master chez Hapag-Lloyd, à Asnières. C’est une entreprise internationale de transport maritime, et j’y ai rapidement pris goût : le rythme, la diversité des interlocuteurs, la nécessité de trouver des solutions rapides et efficaces. C’est aussi grâce à cette première expérience que l’idée d’une césure à l’étranger a germé.

A.B.- Pourquoi avoir choisi de partir en Australie, et plus particulièrement à Sydney ?

E.K.- Je voulais partir loin, vraiment loin, pour me confronter à un environnement nouveau. L’Australie m’a toujours attirée par son équilibre entre dynamisme économique et qualité de vie. Sydney, c’est une ville très internationale, tournée vers la mer et les échanges commerciaux, donc idéale pour continuer à progresser dans la logistique. Et puis, partir si loin, c’était aussi une manière de me prouver que je pouvais me débrouiller seule, loin de mes repères, sans filet de sécurité.

A.B.- Vous aviez déjà un pied dans le monde professionnel avant votre départ. Comment s’est passée votre intégration au sein du Pôle Hapag-Lloyd à Sydney ?

E.K.- Très naturellement, en réalité. Le fait d’avoir déjà travaillé pour Hapag-Lloyd en France m’a beaucoup aidée : je connaissais les outils, la culture d’entreprise, et j’avais déjà un réseau interne. L’équipe de Sydney m’a accueillie avec énormément de bienveillance. Les premiers jours ont été un peu déroutants, notamment à cause de la langue, il faut du temps pour se sentir à l’aise professionnellement en anglais, mais j’ai vite trouvé ma place. J’étais chargée d’appuyer la coordination des flux entre les ports d’Australie et d’Asie du Sud-Est, un poste très formateur qui m’a permis de comprendre les enjeux d’un marché globalisé.

A.B.- Quels étaient vos objectifs en partant ? Et pensez-vous les avoir atteints ?

E.K.- Mes objectifs étaient triples : voyager, gagner en compétences et devenir plus autonome. J’avais envie de découvrir un nouveau mode de vie, mais aussi de sortir de ma zone de confort. Sur ces trois points, oui, je pense avoir réussi. Je suis revenue avec un meilleur niveau d’anglais, une vraie confiance en mes capacités d’adaptation, et surtout une meilleure idée de ce que je voulais pour la suite. Ce genre d’expérience te fait relativiser beaucoup de choses : les petits stress du quotidien, les doutes professionnels… Tout devient plus clair.

A.B.- Qu’est-ce qui vous a le plus marquée dans la culture australienne ?

E.K.- Leur rapport au travail, sans hésiter. En Australie, la hiérarchie est beaucoup plus horizontale, le dialogue est plus direct, et on valorise vraiment l’équilibre entre vie professionnelle et personnelle. On peut être très investi dans son job tout en quittant le bureau à 17h pour aller surfer ou courir. J’ai trouvé ça très sain. Et d’un point de vue plus personnel, j’ai aussi été marquée par la gentillesse des gens, leur ouverture d’esprit. On ne te juge pas sur ton accent ou ton parcours, on te donne ta chance. C’est une mentalité qui m’a fait beaucoup de bien.

A.B.- Avez-vous rencontré des difficultés pendant votre séjour ?

E.K.- Oui, évidemment. La distance, d’abord : être à plus de 17 000 km de sa famille, c’est un vrai défi. Et puis, même si Sydney est une ville très agréable, le coût de la vie est élevé, ce qui m’a obligée à bien gérer mon budget. Les débuts ont aussi été un peu compliqués sur le plan linguistique, parler anglais au quotidien cela demande une vraie concentration. Mais chaque difficulté a été une étape vers plus d’autonomie. À la fin, j’avais l’impression d’avoir grandi de plusieurs années en seulement six mois.

A.B.- Qu’est-ce que cette expérience vous a apporté sur le plan professionnel ?

E.K.- Elle a été déterminante. J’ai pu voir comment fonctionne la logistique à l’échelle mondiale, comprendre les interactions entre les différents pôles de Hapag-Lloyd, et surtout renforcer mes compétences en coordination internationale. Cette expérience à l’étranger a aussi donné du poids à mon profil : à mon retour en France, après avoir finalisé mon master, j’ai trouvé un poste très rapidement en tant que responsable qualité chez Carrefour Livré Chez Vous. Je suis convaincue que cette ligne “Sydney – Hapag-Lloyd” sur mon CV a fait la différence.

A.B.- On dit que ces expériences sont souvent très enrichissantes, qu’est ce que vous en avez gardé ?

E.K.- Beaucoup de liberté, et un sentiment de fierté. J’ai appris à me faire confiance, à prendre des décisions seule, à affronter les imprévus. Voyager seule, travailler dans une autre langue, gérer un quotidien complètement différent, tout cela forge le caractère. Je crois que cette césure m’a rendue plus curieuse et plus ouverte. C’est une expérience que je recommande à 100 %. Elle permet de se découvrir autant que de découvrir le monde.

A.B.- Si vous deviez résumer votre expérience en une phrase ?

E.K.- Je dirais : « Partir pour mieux revenir. » Parce qu’en quittant tout ce que tu connais, tu apprends ce qui compte vraiment. Et tu reviens avec un regard neuf, sur toi-même comme sur les autres.

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