Par Steevy Jackson
© Steevy Jackson – D’Orion, chanteur de RnB
La sortie de la saison 4 de « Nouvelle École » sur la plateforme Netflix remet le rap au cœur de notre paysage médiatique. Avec la domination du rap en France, les autres genres peinent à suivre la cadence notamment le RnB. Pour Jaihem Elion, plus connu sous le pseudonyme D’ORION, le RnB est encore trop peu présent dans le paysage musical français. Depuis son premier projet studio Infinity sorti en septembre 2024, le chanteur a eu l’occasion de prendre part au mouvement RnB qui prend place en Ile-de-France. Fort de son expérience, il livre un témoignage plutôt pessimiste. Cependant, l’avenir du genre ne semble pas si sombre…
Blacksheep.- Qu’est-ce qui vous a donné envie de vous lancer dans la musique et plus particulièrement dans le RnB ?
D’Orion.- J’ai toujours aimé faire de la musique. J’ai toujours aimé chanter et au vu de la situation économique et politique de notre pays, je me suis dit que de toute façon, à tout moment, je n’aurai pas de retraite. Donc autant faire quelque chose qui m’anime énormément. Et pourquoi le RnB ? Principalement, parce que j’ai grandi avec cette musique-là.
B.S.- En ayant grandi en écoutant du RnB, il y a nécessairement eu des artistes qui vous ont inspiré ?
D.O.- Oui, forcément. Il y a beaucoup d’artistes que j’écoutais avec ma mère comme Usher, Destiny’s Child, Lauryn Hill ou encore Aaliyah, mais ceux qui m’ont vraiment inspirés viennent un peu après car j’étais adolescent et en pleine construction. Donc on retrouve Frank Ocean, SZA que j’écoute depuis 2013. Elle fait le buzz maintenant, mais elle postait ses EPs sur Soundcloud. Il y a aussi des artistes français qui sont très très forts comme Wallen. Ce sont ces artistes qui m’ont le plus impacté.
B.S.- Votre premier projet est clairement un projet RnB, mais, est-ce que vous voudriez vous essayer à d’autres styles, d’autres genres ?
D.O.- En soit, j’ai déjà essayé des styles différents. Dans Infinity, il y a forcément du RnB, mais on y retrouve aussi du Lofi comme sur Été ou encore de l’indie comme sur Agapé. Puis je continue d’expérimenter. Sur mon disque dur, il y a des sons que j’ai enregistrés qui ne sont pas du RnB, juste je ne les sors pas.
B.S.- Cela fait un peu plus d’un an que le projet Infinity est sorti. Est-ce que vous travaillez sur un autre projet ?
D.O.- J’ai adoré travailler sur Infinity, c’était cool et on a bien rigolé. Maintenant, je travaille sur un deuxième projet, mais c’est un peu plus complexe parce que j’aimerais bien encore augmenter le niveau de qualité. Et ça prend du temps, ce sont beaucoup de doutes, beaucoup de remise en question, beaucoup d’essais… Donc oui, je suis en train de travailler sur un projet, mais je ne sais pas quand ça sortira, voilà. Je sais juste qu’il y a des singles qui vont sortir prochainement. Sûrement en début d’année prochaine. Après, est-ce que je sais exactement quand un autre projet sortira ? Espérons l’année prochaine.
B.S.- Rentrons dans le vif du sujet. Pour vous, le RnB est-il un genre bloqué dans l’underground ou est-ce un genre qui s’ouvre de plus en plus au grand public en France ?
D.O.- Le RnB reste quand même quelque chose de très underground dans le sens où ce n’est pas une musique mainstream. Déjà, les pays francophones ne sont pas des pays qui sont habitués au RnB, qui sont habitués aux harmonies, au phrasé et cetera. Donc ça reste un genre niche. Après, sur Paris, c’est quelque chose d’underground, mais qui commence à connaître un tout petit peu d’engouement, mais, globalement sur le reste du territoire ça reste un genre de niche. Je ne sais pas si un jour ça arrivera à dépasser l’underground, mais je le souhaite.
B.S.- Pensez-vous que les artistes qui font du RnB souffrent de stéréotypes ou qu’on leur colle des étiquettes alors même que certaines personnes ne les écoutent pas ?
D.O.- C’est vraiment un problème, un problème sociologique en grande partie. Le RnB, c’est fait par des personnes la plupart du temps racisées, des personnes noires, des personnes maghrébines… Donc c’est sûr que les gens sont un peu moins fans que quand c’est de la variété française. Il y a aussi la partie où on n’est pas habitué à ce que ça chante. En France, on est très attaché au texte et dès que ça chante un peu, les gens disent « ouh là là, il en fait trop ou elle en fait trop, il veut trop prouver ou elle veut trop prouver », alors que non en fait, c’est juste que quand tu es chanteur, tu es censé chanter. On n’est pas habitué à des harmonies, à des voix qui chantent, à des gens qui font des runs, ce n’est juste pas notre culture. Le problème, c’est qu’en plus de ça, quand c’est fait par des personnes pour lesquelles c’est un peu compliqué socialement, ça n’arrange pas la situation et ça fait en sorte que le genre reste assez niché parce qu’on ne veut pas marqueter ça, parce qu’on ne veut pas financer tout cela.
B.S.- Mais dans ce contexte, comment voyez-vous l’avenir du RnB en France ? Est-ce qu’il y a une nouvelle génération qui est prête à faire briller le RnB sur le devant de la scène ?
D.O.- Oui, il y a plein d’artistes, plein de propositions, plein d’événements surtout sur Paris, mais il faut être curieux. Il y a aussi de plus en plus d’événements à Lyon, Nantes, Genève, mais je ne pense pas que le RnB deviendra aussi mainstream que le rap et la pop, mais j’espère que ça le deviendra. Je souhaite quand même que ça rayonne un peu plus qu’actuellement, que les artistes qui font RnB, puissent en vivre complètement.





