Par Diane De La Rivière
Alors que la conjoncture économique pèse sur le secteur culturel, les intermittents du spectacle continuent de subir une forte précarité. Entre la baisse des budgets publics dédiés à la culture, l’instabilité des productions et la réforme de l’assurance chômage, le statut d’intermittent reste à la fois une protection et une source d’incertitude. C’est dans ce contexte que Léane Cottin, 22 ans, a choisi de poursuivre sa voie dans le cinéma, malgré les doutes et la fragilité du métier.
BlackSheep.- Est-ce que vous vous souvenez du moment où le cinéma est devenu plus qu’une simple passion pour vous ?
Léane Cottin.- J’ai toujours été très intéressée par l’audiovisuel en général, et je pense que c’est au lycée que je me suis rendue compte que le cinéma pouvait être plus qu’une passion, mais un vrai métier. J’ai mis du temps avant de vraiment m’y diriger, mais c’est à ce moment-là que j’ai commencé à penser que ça pouvait devenir une voie professionnelle et pas juste quelque chose de trop lointain pour moi.
B.S.- Et est-ce qu’il y a un film ou une expérience qui vous a donné envie de travailler dans ce domaine ?
L.C.- Un film ou une expérience… C’est difficile à dire. En réalité, c’est un peu bête, mais c’est mon premier petit copain qui était passionné de cinéma depuis toujours. C’est lui qui m’a vraiment donné envie de travailler dedans. Ensemble, on a beaucoup cultivé notre culture cinématographique, on a regardé énormément de films. Donc je ne pourrais pas citer un film en particulier, mais c’est vraiment cette période-là qui a été le déclic.
B.S.- Qu’est-ce qui vous a poussée à choisir le statut d’intermittente du spectacle ?
L.C.- Dans le domaine de l’audiovisuel, c’est un statut assez courant. Il y a très peu de CDI ou de CDD, et les contrats sont souvent spécifiques. J’aurais pu travailler en freelance, par exemple dans la publicité ou le clip, mais comme je travaille plutôt sur des longs ou moyens métrages, le statut d’intermittente est celui qui correspond le mieux. Il permet de travailler intensément sur une période, puis de se consacrer à d’autres projets, parfois moins rémunérés ou plus personnels. C’est un statut particulier, mais très avantageux pour nous.
B.S.- Est-ce qu’il existe une journée type pour une intermittente du spectacle
L.C.- Pas vraiment. Quand on n’a pas de contrat, nos journées sont consacrées à la recherche de travail via le réseau, les sites spécialisés, ou même LinkedIn. Et quand on est en tournage, tout dépend du poste qu’on occupe. On s’adapte au rythme du projet.
B.S. – Est-ce qu’il y a un projet qui vous a particulièrement marquée ?
L.C.- Oui, récemment, j’ai participé à un tournage où j’ai eu à gérer plus de 130 figurants, c’était une première pour moi ! Comme mon métier tourne beaucoup autour de l’organisation, c’était à la fois impressionnant et très stimulant.
B.S.- Comment gérez-vous le stress, avec un rythme aussi irrégulier, surtout dans un contexte économique où les tournages se font parfois plus rares et les contrats plus incertains ?
L.C.- Ce n’est pas toujours simple, mais je pense que ce qui m’aide, c’est mon entourage. Mon école de cinéma m’a permis de rencontrer beaucoup de gens du même milieu, avec qui on partage nos expériences et nos galères. On s’entraide beaucoup. Quand il y a un moment de creux ou de stress, on s’appelle, on se file des contacts, on s’encourage. C’est vraiment grâce à ça que j’arrive à garder l’équilibre.
B.S.- Quelles sont les qualités essentielles pour travailler dans le cinéma, à une époque où les financements publics se raréfient et où la précarité touche de plein fouet les jeunes intermittents ?
L.C.- Clairement, la passion. C’est un milieu exigeant, parfois stressant, souvent irrégulier. Les journées peuvent être très longues, surtout sur les longs-métrages. Même pour les clips, c’est intense et souvent organisé à la dernière minute. Il faut donc être passionné pour garder la motivation.
B.S.- Vous rêvez de devenir première assistante réalisatrice. Qu’est-ce qu’il vous plaît dans ce rôle ?
L.C.- Le premier assistant-réalisateur, c’est un peu le bras droit du réalisateur. C’est quelqu’un qui prépare le tournage en amont : il planifie les journées, organise les séquences selon les contraintes techniques et humaines. Par exemple, si un enfant joue dans le film, il faut adapter le tournage à ses horaires. C’est un vrai travail de coordination. Et sur le plateau, il s’assure que tout se déroule comme prévu. Ce que j’aime, c’est ce côté organisation, cette stimulation constante. C’est un rôle qui me correspond totalement.
B.S.- En tant que femme dans ce milieu, avez-vous déjà rencontré des difficultés ou des préjugés, surtout dans un secteur encore marqué par des inégalités, aussi bien artistiques qu’économiques ?
L.C.- C’est vrai qu’il y a encore moins de femmes dans le cinéma, même si les choses évoluent. Personnellement, je n’ai jamais ressenti de difficultés particulières, ni entendu beaucoup de témoignages négatifs autour de moi. Mais c’est surtout dans les métiers techniques comme machino ou électro que les femmes sont encore peu présentes. C’est toujours encourageant de voir de plus en plus de femmes sur les plateaux, notamment à des postes techniques.
B.S.- Quelle place occupe le travail d’équipe dans votre métier ?
L.C.- C’est fondamental. Même si parfois je suis seule à mon poste, je travaille toujours en lien avec plein d’autres équipes. J’ai vraiment pris conscience, pendant mes études, de l’importance du travail collectif. C’est grâce aux autres qu’on avance, et je me sens toujours plus forte quand je suis entourée.
B.S.- Pour finir, parlons un peu d’avenir. Quel réalisateur ou quelle réalisatrice vous inspire le plus ?
L.C.- J’aime beaucoup le cinéma québécois, notamment le travail de Monia Chokri, que je trouve fabuleuse, aussi bien comme réalisatrice que comme actrice. Et plus récemment, j’ai adoré Charlotte Le Bon, avec son film Falcon Lake, que j’ai trouvé magnifique.
B.S.- Comment imaginez-vous votre évolution dans les prochaines années ?
L.C.- J’espère pouvoir travailler de plus en plus sur des longs-métrages. C’est le plus difficile à atteindre, mais c’est ce qui me motive. Pour l’instant, je continue en tant que deuxième ou troisième assistante, avec pour objectif de devenir première assistante réalisatrice.
B.S.- Quels conseils donneriez-vous à quelqu’un de votre âge qui rêve de travailler dans le cinéma ou l’audiovisuel ?
L.C. – Je dirais que c’est atteignable. On a souvent l’impression que c’est un milieu fermé, réservé à certains, mais ce n’est pas vrai. Moi, je viens d’un milieu plutôt modeste, et pourtant j’y suis arrivée. Il y a des écoles en alternance, des parcours accessibles. Il faut juste y croire et se donner les moyens.





