Par Nathan Ribeaud
© Nathan Ribeaud – Alexandre Ribeaud, enseignant dans une classe dehors
En France, en 2022, le taux de décrochage scolaire des jeunes de 18-24 ans représentait 7,6%. Et si la nature redevenait la plus belle salle de classe ? C’est le grand pari de la classe dehors, une pratique qui séduit de plus en plus d’enseignants et d’élèves depuis 2024 à Paris. Du bien-être, de la coopération et des apprentissages concrets, elle transforme la manière d’enseigner. Alexandre Ribeaud, enseignant passionné et pionnier de la classe dehors à Paris, nous livre ses secrets.
Black Sheep.- C’est quoi, la classe dehors ?
Alexandre Ribeaud.- La classe dehors, c’est une pratique qui consiste, pour l’enseignant, à sortir régulièrement avec sa classe. Par exemple une demi-journée par semaine pour réaliser différents types d’apprentissages en extérieur.
B.S.- Quelles sont les origines de la classe dehors ?
A.R.- Cette pratique a sans doute toujours existé, notamment dans certaines approches alternatives de l’éducation. On pense par exemple aux « balades Freinet », qui consistent à amener les élèves en promenade pour les inspirer à travers la nature. Elle avait un peu disparu, puis elle est réapparue dans les années 1950 au Danemark, avant de renaître plus récemment en France, depuis une quinzaine d’années environ. De plus en plus d’enseignants ont décidé de réintégrer cette pratique dans leur emploi du temps.

Photo prise lors d’une classe dehors d’Alexandre Ribeaud
B.S.- Quels sont les bienfaits pour les élèves ?
A.R.- De nombreuses études scientifiques menées depuis plusieurs années montrent quatre grands types de bienfaits : Sur la santé : être dehors améliore la condition physique, aide à prévenir l’obésité, le diabète, ou encore la myopie. Sur l’équilibre psychologique : les enfants développent une meilleure connaissance et confiance en eux. Sur le lien social : les relations entre élèves se renforcent, la coopération se développe naturellement. Sur les apprentissages : même pour des matières très académiques comme le français ou les mathématiques, le fait d’être dehors donne du sens aux apprentissages, et donc on apprend mieux. Avec ma classe de maternelle, j’ai par exemple observé que les enfants parlaient beaucoup plus à l’extérieur que dans la salle de classe.
B.S.- Comment se déroule concrètement une classe dehors ?
A.R.- Il existe de nombreuses manières de pratiquer. Certains enseignants sortent pour observer la nature, écouter le chant des oiseaux, étudier les feuilles ou la végétation. D’autres utilisent l’extérieur comme un espace d’apprentissage classique : ils font des mathématiques sur ardoise, lisent, récitent des poésies ou même font des évaluations dehors. Enfin, beaucoup d’enseignants de maternelle privilégient le jeu libre : les enfants jouent, explorent, et l’enseignant construit les apprentissages à partir de leurs initiatives. Ce sont, en gros, les trois grands types de pratiques de la classe dehors.
B.S.- Que faire quand il pleut ?
A.R. – Comme le disent les Scandinaves : « Il n’y a pas de mauvais temps, seulement de mauvais vêtements ». Quand il pleut, il suffit d’être bien équipé ! La pluie n’est pas un problème, au contraire, les enfants adorent jouer sous la pluie, et les séances sont souvent parmi les plus riches. Bien sûr, il faut adapter les activités : on évite le matériel fragile comme les cahiers ou les livres, et on privilégie des exercices oraux, des jeux, des découvertes sensorielles… Et puis, sous la pluie, il se passe plein de choses fascinantes : les vers de terre sortent, les flaques se forment… Bref, vive les séances sous la pluie !

Anne Hidalgo présente lors de l’ouverture de la classe dehors en 2024
B.S.- Il paraît que vous étiez étudiant à Nanterre ? Dans quelle discipline ?
A.R.- Oui, j’étais étudiant à Nanterre, où j’ai suivi un double DEUG en économie et anglais. J’ai passé de très belles années sur ce campus, que j’ai vraiment beaucoup apprécié.
B.S.- Et la classe dehors, ça marche aussi pour les étudiants ?
A.R.- Bien sûr ! La classe dehors fonctionne pour tout le monde. Je la pratique surtout avec des élèves du premier degré (de la maternelle au CM2), mais les collégiens, lycéens et étudiants pourraient en bénéficier eux aussi. Évidemment, sortir avec 200 étudiants d’amphi, c’est difficile, mais pour des travaux dirigés avec un petit groupe de 20 ou 25, c’est tout à fait possible. Ces moments dehors créent une autre relation entre enseignant et étudiants : plus détendue, plus interactive, plus propice à la discussion et à la coopération.

Photo prise lors d’une classe dehors d’Alexandre Ribeaud
B.S.- Vous avez ouvert une « école dehors » dans le XVIIIe arrondissement. En quoi cela consiste-t-il ?
A.R.- Oui, j’ai ouvert une école dehors dans le XVIIIe arrondissement, près de la place de Clichy. C’est un lieu destiné à former les enseignants qui souhaitent se lancer mais n’osent pas encore le faire seuls. Ils viennent avec leur classe pendant trois jours, et nous pratiquons ensemble différentes activités de classe dehors. L’objectif est qu’ils repartent avec l’envie et la confiance de continuer par eux-mêmes. Chaque semaine, j’accueille une classe différente. C’est un lieu unique en France, créé en partenariat avec la Ville de Paris et l’Académie de Paris. Nous avons récemment ouvert un deuxième site dans le XIIIe arrondissement, et nous espérons développer ce modèle pour ouvrir d’autres écoles dehors, partout en France.





