La place de la musique dans les séries américaines aujourd’hui

"Six Feet Under", "Stalker", "Grey's Anatomy", "Newport Beach", "Vampire Diaries", "Les Frères Scott", des séries à la bande-son importante - Jérémie D. CC BY-NC

« Six Feet Under », « Stalker », « Grey’s Anatomy », « Newport Beach », « Vampire Diaries », « Les Frères Scott », des séries à la bande-son importante – Jérémie D. CC BY-NC

Qu’elle soit présente pour accompagner une séquence, pour donner son sens à un numéro chanté, ou encore qu’elle serve parfois d’univers dans lequel évoluent les personnages, la musique dans les séries télé n’a jamais été aussi importante que depuis une dizaine d’années. Elle passionne les fans, au même titre que les intrigues qu’ils suivent religieusement chaque semaine, permet de mettre en lumière certains artistes et, il faut bien le reconnaître, constitue à elle seule un business que les producteurs de télévision et de musique ne peuvent indéniablement négliger.

Quand chanson rime avec bande-son

Au même titre que les films, la plupart des épisodes de séries américaines sont aujourd’hui rythmés par une bande-son plus que jamais pensée comme un élément incontournable, indissociable du reste de l’oeuvre télévisuelle produite. Et comme dans la majorité des films réalisés aujourd’hui, cette bande-son alterne morceaux purement orchestraux et chansons interprétées par des artistes plus ou moins connus suivant les cas. Et à chaque fois, peu importe le type de série que l’on regarde, ces morceaux et ces chansons en question sont toujours là pour appuyer ou renforcer ce que l’on voit à l’écran, notamment lors de séquences à fort potentiel émotionnel (en gros, sortons les violons et vous sortirez les mouchoirs!). Des séquences qui, bien souvent, dans les séries dramatiques en tout cas, interviennent à la fin des épisodes, au moment du fameux climax, lorsque les personnages sont confrontés à des moments ou des événements marquants qui changeront potentiellement le cours de la série et de leur vies (et qui, surtout, vous donnerons envie de ne pas manquer le prochain épisode, évidemment!). C’est encore plus flagrant lors du fameux season finale (dernier épisode d’une saison), où une ballade efficace accompagne presque toujours les dernières minutes de l’épisode, créant à coup sûr un moment culte pour les fans, qu’ils se repasseront parfois en boucle, en attendant la saison suivante et la résolution de l’abominable cliffhanger qui leur fera retenir leur souffle des mois durant.

Pochettes des premiers albums des séries "Buffy contre les vampires" et "Dawson" - Jérémie D. CC BY-NC

Pochettes des premiers albums des séries « Buffy contre les vampires » et « Dawson » – Jérémie D. CC BY-NC

Si l’on se penche un peu plus sur cette tendance qui fait des musiques entendues dans les séries américaines un élément essentiel pour les fans, on peut dire qu’elle semble avoir réellement commencé à prendre de l’ampleur à la fin des années 1990, avec des séries comme Buffy contre les vampires ou Dawson, qui font d’ailleurs partie des premières séries à avoir commercialisé des CD reprenant les musiques entendues au cours des épisodes, à la façon des bande-originales de films (quel fan de ces deux séries ne se souvient pas de « Close Your Eyes », le thème musical de Buffy et Angel, composé par Christophe Beck et entendu à de nombreuses reprises au cours des saisons 2 et 3 de Buffy, ou encore des chansons « Kiss Me » et « Feels Like Home », entendues durant la saison 2 emblématique de Dawson ?). Ce procédé commercial s’est ensuite répandu, devenant de plus en plus fréquent au fil des ans, notamment avec des séries comme Newport Beach, Les Frères Scott ou encore Grey’s Anatomy qui ont toutes fait l’objet de plusieurs compilations sous forme de CD, la musique ayant une part plutôt importante dans ces trois séries (et ne parlons pas des génériques de Newport Beach, des Frères Scott ou même, avant ça, de Dawson, qui sont tous devenus cultes).

Il ne faut évidemment pas oublier que les séries ont une dimension tout autant commerciale qu’artistique et c’est pour cela que les producteurs savent très bien qu’elles représentent un formidable moyen de mettre en lumière certains artistes, qu’ils soient déjà connus ou plus confidentiels, voire même débutants parfois. La série Les Frères Scott a par exemple fait découvrir le chanteur Gavin DeGraw, qui interprète notamment « I Don’t Want to Be », le générique de la série, la série Vampire Diaries a utilisé la reprise de « Skinny Love », interprétée par Birdy, dans l’avant-dernier épisode de sa saison 2 (avant que Birdy n’explose réellement au niveau mondial), et la série médicale Grey’s Anatomy a fait découvrir à un plus large public le chanteur Andrew Belle et les groupes The Fray et Snow Patrol (la dernière séquence de l’épisode final de la saison 2, devenue culte et durant laquelle on peut entendre le titre « Chasing Cars » interprété par Snow Patrol justement, est d’ailleurs à découvrir ou re-découvrir ci-dessous).

A noter également que depuis quelques temps la tendance aux États-Unis semble être à l’utilisation de reprises dans les séries. On peut citer le cas, là encore, de Grey’s Anatomy qui, durant sa saison 10 (diffusée entre septembre 2013 et mai 2014), a utilisé des reprises de titres connus dans ses épisodes, avec par exemple des versions plutôt réussies de « Total Eclipse of the Heart » de Bonnie Tyler (interprétée pour l’occasion par Jill Andrews) et de « Man in the Mirror » de Michael Jackson (reprise par J2), et plus récemment le cas de la série Stalker, lancée à la rentrée sur la chaîne américaine CBS, et qui, à la fin de chacun de ses épisodes, gratifie ses téléspectateurs d’une reprise de chanson célèbre dans une version plutôt sombre, collant bien à l’esprit de la série (le premier épisode de la série se termine par exemple par une reprise hypnotique de « Creep » du groupe Radiohead interprétée par Michelle Branch, à écouter ci-dessous).

En résumé, on peut dire que les fans aiment les séries qu’ils regardent pour leurs personnages, leurs intrigues, mais aussi pour leur musique. Chacun a ses épisodes préférés, ses séquences cultes, et ci-dessous voici deux de mes séquences cultes (que je me suis moi aussi passées en boucle), extraites du tout dernier épisode de Six Feet Under et du dernier épisode de la saison 2 de Newport Beach, histoire d’étayer un peu plus encore mon propos (attention aux spoilers!).

La mode des comédies musicales 

On le sait, les comédies musicales, à travers le théâtre, et notamment Broadway, ou encore par le biais de nombreux films sortis au cinéma, font partie du patrimoine culturel américain et les Américains en sont très friands. Il est donc normal que la télévision ait décidé de surfer sur cette tendance des oeuvres de fiction intégrant des scènes chantées à leur histoire, et c’est d’autant plus vrai depuis quelques années.

Pochette de l'album "The music of Glee - season 1, volume 1" - Source: www.amazon.com

Pochette de l’album « The music of Glee – season 1, volume 1 » – Source: www.amazon.com

Aujourd’hui, si on pense « comédies musicales » à la télévision on pense forcément à la série Glee. Lancée en mai 2009 sur la chaîne américaine Fox, avec un épisode pilote vu par plus de 9,6 millions de téléspectateurs, Glee, qui raconte l’histoire des membres de la chorale (« glee club » en anglais) du lycée William McKinley, est très rapidement devenue un vrai phénomène, surtout auprès des adolescents. Les deux premières saisons ont rassemblé en moyenne 9,77 et 10,11 millions de téléspectateurs respectivement, un épisode de la saison 2, en 2011, a été diffusé après le Super Bowl (preuve de son succès et de la confiance que la Fox accordait alors à la série), et la série a accueilli des invités prestigieux tels que Britney Spears (à qui deux épisodes ont été entièrement consacrés en 2010 et 2012), Ricky Martin ou encore Gwyneth Paltrow. Et forcément, devant le succès grandissant de la série, tout un dispositif de merchandising s’est mis en place.

Les personnages de Glee reprenant dans chaque épisode entre 5 et 8 titres issus d’un répertoire très varié allant des chansons extraites de comédies musicales à succès (Grease, West Side Story, Wicked, …) aux hits passant à ce moment-là à la radio (Lady Gaga, Katy Perry, Coldplay, Rihanna, …), plusieurs albums comprenant les chansons les plus emblématiques de la série sont évidemment sortis dans le commerce. En quelques mois, le premier album (Saison 1, Volume 1) s’est vendu à plus d’un million d’exemplaires aux États-Unis et, si aujourd’hui les albums reprenant les titres de chaque saison ont cessé de paraître (en raison de ventes probablement en baisse), des albums plus événementiels voient encore le jour (le dernier en date était consacré au centième épisode de la série, diffusé outre-Atlantique en mars dernier) et chaque chanson entendue dans la série est disponible au format digital sur iTunes, juste après la diffusion des épisodes (plus de 13 millions de singles digitaux ont d’ailleurs été vendus entre 2009 et 2011).

Voici d’ailleurs deux exemples de chansons que l’on a pu entendre au cours des cinq premières saisons de la série. La première, une reprise de « Don’t Stop Believing » du groupe Journey, est devenue LE titre emblématique de Glee après avoir été interprété dans l’épisode pilote (le titre sera à nouveau chanté à la fin de la saison 1 et au cours du centième épisode notamment) et la seconde, une reprise du titre « Pompeii » de groupe Bastille, est la dernière chanson interprétée lors de l’épisode final de la saison 5 (le dernier épisode diffusé à ce jour).

Le business dérivé de Glee ne s’est pas arrêté là car sont également parus des romans, des applications mobiles et tablettes, des jeux vidéos karaoké, et deux séries de concerts ont même eu lieu en 2010 et 2011 aux États-Unis et au Royaume-Uni, donnant ensuite naissance au film Glee, le concert 3D, sorti au cinéma en août 2011, puis en DVD et Blu-ray quelques mois plus tard. La série a également fait émerger une nouvelle génération de comédiens-chanteurs talentueux, parmi lesquels on peut citer Lea Michele, la star de la série (qui a cette année sorti son premier album solo), Darren Criss, Jonathan Groff (qui a depuis prêté sa voix à un personnage de La Reine des Neiges de Disney et décroché le rôle principal de la série Looking, diffusée sur HBO), ou encore Naya Rivera.

Depuis environ deux saisons, les audiences de Glee sont pourtant en baisse (une baisse très nette surtout lors de la saison 5, diffusée entre septembre 2013 et mai 2014 et qui ne rassembla que 4,57 millions de téléspectateurs en moyenne) et la saison 6, qui compte seulement 13 épisodes et sera diffusée entre le 9 janvier et le 20 mars prochain sur la Fox, sera la dernière (la série ayant été profondément marquée par le décès d’un de ses comédiens principaux, Cory Monteith, en juillet 2013). Mais indéniablement, Glee est une série qui aura marqué l’histoire de la télévision américaine et des séries pour adolescents.

Pochette de l'album "Once More, with Feeling" de la série "Buffy contre les vampires" - Source: www.amazon.com

Pochette de l’album « Once More, with Feeling » de la série « Buffy contre les vampires » – Source: www.amazon.com

D’autres séries, souvent dramatiques et dont l’univers est tout sauf musical, ont également cédé aux sirènes de la comédie musicale, mais seulement le temps d’un épisode. La volonté d’offrir aux fans un tel épisode, détonnant complètement avec le reste de la série, provient souvent de l’envie pure et simple du créateur de la série de se faire plaisir. C’était notamment le cas de Shonda Rhimes, la créatrice de Grey’s Anatomy, qui a écrit en 2011 (au cours de la saison 7 de la série) un épisode musical reprenant certains titres emblématiques entendus au cours des premières saisons de la série médicale, et donc interprétés cette fois-ci par le staff de l’hôpital Seattle Grace (concept assez original pour une série plutôt sérieuse). L’épisode a été énormément critiqué et ne marquera pas les mémoires pour sa grande qualité, au contraire par exemple de « Once More, with Feeling », l’épisode musical de Buffy contre les vampires (issu de la saison 6 de la série) dans lequel un démon contraint les personnages à chanter et qui fait partie des épisodes remarquables de la série, notamment parce que presque toutes les chansons de l’épisode ont été composées et écrites spécialement pour l’occasion par Joss Whedon, le créateur de la série (exercice qu’il n’avait jamais fait auparavant).

Mais aujourd’hui, devant notamment la baisse d’audience de Glee, on peut se demander s’il n’y aurait pas, depuis quelques temps, une sorte de désamour du public pour les comédies musicales à la télévision. Dans ce sens, on peut citer par exemple l’échec récent de la série Smash, diffusée entre février 2012 et mai 2013, le temps de deux courtes saisons, sur la chaîne américaine NBC, et qui n’a pas vraiment trouvé son public. Malgré un thème original (la création d’une comédie musicale sur la vie de Marilyn Monroe, mettant ainsi en place un procédé de comédie musicale dans la comédie musicale) et un épisode pilote extrêmement réussi, les épisodes suivants ont déçu et le départ de la créatrice de la série à l’issue de la saison 1 n’a rien arrangé. À noter également qu’en janvier prochain la chaîne ABC lancera à son tour sa série sous forme de comédie musicale, Galavant (annoncée comme inscrite dans la tradition de Sacré Graal des Monty Python). Les critiques qui ont déjà vu l’épisode pilote sont peu enthousiastes à l’égard de la série et il faut bien avouer que la bande-annonce (visible ci-dessous), à coups de chevaliers qui se mettent tout à coup à chanter, donne plutôt envie de rire, et pas forcément pour les bonnes raisons.

Malgré tout, on peut faire confiance aux Américains pour arriver à donner un nouveau souffle aux comédies musicales à la télévision et on peut déjà parier que d’ici une ou deux saisons on verra arriver sur nos petits écrans une nouvelle série musicale à succès, comme eux seuls savent le faire.

Musique, ton univers impitoyable

Pour terminer ce tour d’horizon de la musique dans les séries télé américaines, il convient également de s’intéresser aux séries qui se passent dans l’univers de la musique (sans être pour autant des comédies musicales puisque les personnages ne se mettent pas à chanter sans raisons).

Sheryl Crow, Gavin DeGraw, Kid Cudi, des artistes apparus dans "Les Frères Scott" - Jérémie D. CC BY-NC

Sheryl Crow, Gavin DeGraw, Kid Cudi, des artistes apparus dans « Les Frères Scott » – Jérémie D. CC BY-NC

La première que l’on peut citer, pour sa longévité impressionnante (9 saisons, diffusées entre 2003 et 2012) et le fait qu’elle ait passionné toute une génération d’adolescents et de jeunes adultes, est la série Les Frères Scott (One Tree Hill en version originale). Bien que d’abord vendue comme une série principalement immergée dans l’univers du basketball, notamment à travers ses deux personnages principaux, Lucas et Nathan, deux lycéens (et accessoirement demi-frères) qui rêvent de jouer en NBA, la série a rapidement développé un important univers musical, que ce soit par sa bande-son, le fait que chacun de ses épisodes (en anglais) porte le titre d’une chanson ou d’un album, ou encore et surtout grâce à la trajectoire que prennent certains de ses personnages, dont Haley et Peyton, la première devenant chanteuse et la seconde ouvrant au cours de la saison 5 son propre label musical (repris ensuite par Haley lorsque Hilarie Burton, l’interprète de Peyton, quitta la série à la fin de la saison 6).

Et ce qui est certain c’est que si des personnages attachants et des intrigues parfois rocambolesques, proches du soap opera, ont contribué à fidéliser un public majoritairement jeune, la musique y a également grandement participé. Devant l’engouement des fans, le personnage d’Haley a par exemple pris de l’importance, trois albums reprenant les titres entendus dans la série sont sortis entre 2005 et 2007, et de nombreux artistes sont apparus au fil des neufs saisons, dont Sheryl Crow, Kid Cudi, le groupe Fall Out Boy ou encore bien sûr Gavin DeGraw, l’interprète du générique de la série, notamment apparu dans un épisode de la première saison et dans l’épisode final de la série, pour boucler la boucle.

Toujours dans la lignée des séries se déroulant dans l’univers de la musique, et cette fois-ci plus précisément dans celui de la musique country, Nashville. Lancée en septembre 2012 sur la chaîne ABC et actuellement en plein dans sa troisième saison, Nashville doit son titre à la ville dans laquelle son action se déroule, qui se trouve également être le berceau de la musique country. Reposant sur la rivalité entre ses deux personnages principaux, Rayna James, un star de la country dont les ventes d’albums faiblissent, et Juliette Barnes, une jeune starlette qui commence à lui faire de l’ombre, la série fait la part belle à la musique, à travers les différentes séquences chantées qui rythment les épisodes (séances d’enregistrements, performances sur scène, …).

Pochette de l'album "The music of Nashville - season 1, volume 2" - Source: www.amazon.com

Pochette de l’album « The music of Nashville – season 1, volume 2 » – Source: www.amazon.com

Plusieurs albums sont là encore sortis depuis le début de la série, reprenant la plupart des chansons interprétées par les différents personnages (et qui, en grande majorité, sont des chansons composées spécialement pour la série), et Nashville, portée notamment par les actrices Connie Britton (Friday Night Lights, American Horror Story) et Hayden Panettiere (Heroes), est, il faut bien l’avouer, extrêmement addictive. De plus, elle propose une bande-son réussie qui a le mérite de mettre en lumière un genre musical assez peu connu en dehors du territoire américain.

Pour finir, au rayon des nouveautés, la chaîne Fox proposera dès le 7 janvier la série Empire, créée par Lee Daniels (le réalisateur des films Precious et Paperboy), qui, elle, se déroulera dans l’univers du hip-hop et racontera l’histoire de Lucious Lyon, un producteur qui, après avoir appris qu’il est malade, doit décider auquel de ses trois fils il va remettre son empire musical. Interprétée notamment par les comédiens Terrence Howard, Taraji P. Henson et Gabourey Sidibe (l’actrice principale de Precious, justement), Empire aura la particularité de proposer une bande-son écrite et produite tout spécialement par Timbaland, producteur et compositeur à succès, à qui l’on doit notamment les titres « Cry Me a River » de Justin Timberlake ou « Apologize » de OneRepublic. On peut donc supposer que, si le succès est au rendez-vous, des albums et autres produits dérivés verront là encore le jour et la Fox semble d’ailleurs croire beaucoup en Empire puisque la série sera diffusée juste après la grosse machine American Idol (version américaine du télé-crochet Nouvelle Star), qui rassemblait encore, la saison dernière, plus de 11 millions de téléspectateurs en moyenne. La bande-annonce est à découvrir ci-dessous:

De manière générale, on peut donc dire qu’aujourd’hui la musique contribue au succès des séries qu’elle accompagne, en participant autant à leur dimension narrative qu’à leur dimension esthétique. Et devant cet engouement des fans pour la musique entendue dans les séries, les producteurs capitalisent sur ce succès en proposant toute une gamme de merchandising et un placement d’artistes de grande ampleur, faisant alors des séries télé un business majeur, s’étendant bien au-delà du médium télévisuel.

Sources:

Les CDs ne rapportent plus d’argent, contrairement à la musique live

Depuis quelques années le secteur musical est en crise avec la baisse toujours de plus en plus importante des ventes de cd physiques. Les acteurs du secteur ont tenté de contrer le piratage avec la loi Hadopi en France et la mise en place des plateformes de téléchargements légales. A cela s’ajoute le développement des plateformes d’écoute en streaming. A savoir Deezer ou Spotify. A un moindre prix des millions de morceaux sont accessibles : par exemple, chez Spotify, il suffit de débourser 10€ pour disposer de tous les titres de la plateforme et sans connexion internet.

Afin de pallier ces pertes de revenus très importantes, il s’avère que le CD n’est plus vendu seul. Désormais, il est très commun qu’il soit accompagné de goodies comme des posters, des cartes postales, des pins ou des codes pour accéder à plus de contenu sur internet etc. On n’achète désormais plus un CD mais un coffret qui contient un CD.

De plus en plus d’objets dérivés liés à l’artiste et au groupe se vendent désormais dans les boutiques, spécialisées ou non. A la FNAC, il y a un rayon dédié aux goodies. Il y a de cela 20 ans, il n’y avait pas de produits dérivés dans les concerts, à part sans doute quelques t-shirts et accessoires.

La démonstration la plus probante est celle du passage piéton des Beatles Abbey Road à Londres. Celui-ci est devenu un lieu de pèlerinage pour tout fan qui se respecte. Si on va devant le célèbre studio d’enregistrement on voit le passage piéton, quelques mètres plus loin on peut voir une petite boutique qui ne vend que des produits dérivés des Beatles.

abbey-road-alafoto

Pochette de l’album Abbey Road (1969)

Aujourd’hui on n’achète plus la musique d’un artiste, car elle est facilement accessible et à un coût nul (bien que cela soit illégal), mais on préfère dépenser de l’argent pour obtenir des produits qui touchent de près ou de loin l’artiste en question. Exemple : la veste rouge que portait Michael Jackson dans le clip Thriller a été vendu 1,3 millions d’euros.

On remarque également qu’il y a une réelle envie de ne plus vivre la musique dans son salon mais de la vivre en live. Chaque année on voit des festivals naître et ceux déjà existants grossir de plus en plus. Notamment celui des Vieilles Charrues qui est le plus important de France avec une capacité de 275 000 personnes sur 4 jours. Parallèlement, les artistes proposent des tournées parfois plus longues qu’avant.
La conception d’un spectacle avec les effets visuels et de mise en scène coûte cher. Mais une tournée mondiale devant une grande audience permet de vite rentabiliser cet investissement. D’où l’envolée des prix de certains concerts…le concert des Rolling Stones l’année dernière au Stade de France aurait rapporté au groupe 10 000 000 millions de dollars avec des prix allant de 80 à 250€. Il faut noter que le concert affichait complet avec 78 000 spectateurs.

affiche-RS

Affiche du concert des Rolling Stones au Stade de France en 2014

C’est un signe de la volonté du public d’écouter de la musique en live et parfois à n’importe quel prix. C’est une nouvelle forme de consommation de la musique. Bien sur les concerts existent depuis très longtemps, mais auparavant c’était la vente des CDs qui rapportait de l’argent. Aujourd’hui ce sont les concerts qui remplissent ce rôle.

Liste des 5 tournées les plus lucratives de tous les temps :

1er : U2 360°Tour 736 millions de dollars
2eme : Rolling stones A bigger bang tour 558 millions de dollars
3eme : ACDC Black ice tour 441 millions de dollars
4eme : Madonna Sticky and sweet 407 millions
5eme : U2 vertigo tour 389 millions de dollars

On voit depuis à peu près 2 ans se développer les concerts au cinéma. Pour la dernière date de sa tournée de 2013, le concert de Bruce Sprinsteen était diffusé dans bons nombres de cinéma mondiaux et notamment en France à La Géode. Les cinémas UGC proposent chaque semaine des opéras. Ce dispositif est appelé Viva l’opéra ! en partenariat avec Opéra de Paris.

Il faut sans doute mettre en parallèle la baisse des vents de CDs avec la disparition des vraies emissions de musiques à la télévisions. La musique à la TV est presque aussi vieille que la musique sur CD. Et ces deux formes de consommation semblent s’essouffler. On le remarque avec la disparition des émissions des Carpentier ou de Maurice Chevalier. En effet, depuis la disparition de ces émissions, le media télévision ne semble plus être un moteur ou un vecteur de promotion pour la musique. Il existe toujours des émissions dites de « chansons » mais plus de musique dédié à la découverte de talents (les télé crochet ne sont pas des émissions de musique).

Pour conclure, la musique sur CD et à la TV sont quasiment passés de mode, paradoxalement les salles de concerts se remplissent de plus en plus et les concerts sont de plus en plus gigantesques.

Les albums concept

Un album concept est un terme qui définit une œuvre musicale où toutes les pistes sont liées à un thème, une idée ou une histoire. Contrairement à un album classique ou les pistes n’ont pas de lien apparent entre elle. Un album est dit concept lorsqu’une certaine cohérence et unité apparaissent sur le plan des thèmes abordés et de l’esthétique choisie.

Historique

Historiquement on attribue la naissance des albums concept aux chanteurs tels que Frank Sinitra ou encore Miles Davis. Il prend vraiment son envol et se développe fortement grâce à Bob Dylan avec son album Blonde on Blonde sorti en 1966. En France c’est Serge Gainsbourg qui a introduit le thème avec Melody Nelson (1971).

À ses débuts — fin des années 1960, début des années 1970 —, l’album-concept est quelque peu atypique dans l’univers des musiques nouvelles, en particulier dans l’univers pop/rock. Un album n’étant envisagé que comme une compilation de diverses chansons, souvent composées et/ou enregistrées à des moments différents.

Les albums concept qui sont une réelle rupture avec le format de l’époque, sont un modèle dont toutes les chansons se suivent et racontent une même histoire. On pourrait presque assimiler ca à un Opéra rock, à la différence que tous les morceaux sont interprétés par un seul chanteur (duo/trio dans le cas d’un groupe).

Il arrive même que certains artistes consacrent leur discographie entière à des albums concept. C’est le cas des pionniers de la musique électronique Kraftwerk avec Radioactivité et the Man machine (basé sur la robotisation).

manmachine2

Pochette de l’album Man machine (1978)

L’un des albums concept les plus notoires est The wall des Pink Floyd (1979). Cet album a d’ailleurs fait l’objet d’une adaptation cinématographique. La film ne comporte pas beaucoup de dialogue et se compose en majorité des paroles de l’album.

L’histoire de l’album raconte la vie d’un anti-héros nommé Pink : son père meurt durant la Seconde Guerre mondiale. Il devient une « rock star » et sombre dans la paranoïa ou il construit un mur pour se protéger du monde extérieur. Mais sa conscience finit par se révolter et le soumet à un procès dans lequel il est à la fois accusé et plaignant. Le jugement est qu’il doit détruire son mur et s’ouvrir au monde qui l’entoure.

Pourquoi faire un album concept ?

C’est une plus-value pour la mise en avant de l’album. Une fois qu’on l’a commencé on est presque obligé de l’écouter jusqu’à la fin pour se faire son idée.
Il arrive souvent que les artistes construisent leurs univers autour et part les albums concepts qu’ils produisent. Les Beatles ont fait plusieurs albums concepts et certains d’entre eux ont donnés lieu à des films (plus ou moins réussi). Help !, A hard days night…Le succès de ces films s’est fait grâce à la Beatlemania ou tout ce qui touchait les Beatles marchait. Car pour être honnête, la qualité de ces films laisse fortement à désirer.

Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band est le huitième album des Beatles. Cet album est souvent cité comme leur plus grande œuvre et l’un des albums les plus influents par les critiques, figurant entre autres à la première place dans la liste des 500 plus grands albums de tous les temps du magazine Rolling Stone.

Dans cet album, la « fanfare du club des cœurs solitaires du sergent Poivre » accueille le public à son concert. Si Sgt. Pepper n’est pas un album-concept au sens strictement musical, il en est un tout simplement parce que ses auteurs l’ont pensé ainsi et l’ont fait savoir. De plus c’était la première fois que des produits dérivés et des goodies –qui ne s’appelaient pas comme ca à l’époque- sont disponibles.

Des albums conçus pour être joués sur scène

Mais la ou les albums concept prennent leur ampleur reste sur scène. En effet, comme tout morceau de musique il prend sa finalité en live avec toutes les mises en scène d’un concert. En 2012 Roger Waters en solo est parti en tournée en reprenant uniquement les chansons et l’album concept de the Wall. Cette tournée a durée 2 ans et a été joué 192 fois à travers le monde. Cette tournée a été classé parmi les 5 plus lucratives de l’année 2012 avec a peu près 132 millions $ de recettes.

Les 3 albums concepts les plus influents: St pepper des Beatles, Tommy des Who et The wall des Pink floyd.

Pour certains albums on parle d’opéra rock plutôt que d’album concept :

Tommy (The who) raconte l’histoire d’un garçon aveugle, sourd et muet qui devient un célèbre champion de flipper, passant par diverses expériences afin de retrouver ses sens. Lorsque cela se produit, il se transforme en une sorte de guide spirituel pour de nombreux adeptes qui finissent par le rejeter.

Pour conclure il ne faut pas assimiler et confondre album concept ou opéra rock avec les comédies musicales. Par définition, ce sont des comédies racontés par et à travers le chant. The wall n’est donc pas une comédie musicale et Mozart l’opéra rock n’est pas un album concept.

Sources:

rollingstone.com
forbes.com
thebeatles.com
senscritique.com
musique.premiere.fr