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TV : « La VoD m’a tuée ! »

Si elle en avait la possibilité, elle le dirait. En 2035, la télévision n’est plus, la VoD l’a remplacée. Explications ! 
 

 

Réminiscence d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître. 

 

Elle faisait les beaux-jours de notre jeunesse. Elle cadençait nos soirées, nous faisait vibrer au rythme de ses nouveautés, de ses débats d’idées, d’intérêt général, qu’elle nous exposait régulièrement. Elle nous faisait bondir, rire et parfois pleurer. En y repensant, elle nous ressemblait tout en nous rassemblant. Mais elle a disparu. Son modèle étant devenu désuet, elle s’en est allée au profit d’une offre face à laquelle elle ne pouvait résister. En constante évolution, le service VoD (Video on Demand) n’en a malheureusement fait qu’une bouchée.

 

Qui aurait pu penser que la télévision, reflet de la société, allait disparaître un jour ? Qui aurait pu imaginer que la télévision, si chère aux Français, allait être oubliée ? Personne, et pourtant… Elle n’est plus. En cette fin d’année 2034, le vague à l’âme, je lui adresse ces quelques mots. 

 

La télévision : loin des yeux, près du cimetière 

 

À la jeunesse qui ne l’a pas connue. «  La télévision est un moyen de diffusion de contenus vidéo contrôlé par des sociétés publiques ou privées, titulaires de licences de diffusion délivrées par une autorité publique, achetant des droits de diffusion ou produisant des programmes, et agençant ces programmes à destination d’un public défini », ainsi la définissait Jean-Louis Missika.(1)

 

La télévision, je l’ai côtoyée, j’ai même participé à son extinction. C’était il y a dix-sept ans — déjà ! J’alternais difficilement vie scolaire et vie professionnelle. Je travaillais à cette époque pour le service replay de la plus grande chaîne d’Europe, qui connaissait à ce moment une mutation sans précédent. 

 

J’occupais le poste de concepteur-rédacteur. Cela consistait à isoler puis éditorialiser des moments forts issus de programmes diffusés à l’antenne. Mon but : générer des vues sur le site MYTF1. J’étais un producteur de contenus vidéos, le point de départ de ce qui serait ensuite relayé sur les réseaux sociaux. Mon champ d’action : la télé du réel, une thématique allant de la télé-réalité — souvent moquée par les élites de la société — au documentaire. Un spectre dans lequel les programmes dits de télécoaching, qui relèvent selon Frédéric Antoine de la « quatrième génération des productions de télé-réalité »(2), s’inscrivaient également ; cette déclinaison avait permis de donner un regain de fraîcheur au genre, redorant son blason par la même occasion. La télévision avait, grâce au télécoaching, pu se délester des aspects négatifs connotés à la téléréalité. D’une certaine manière, sa fonction conseillère lui était derechef attribuée puisqu’elle répondait de nouveau à ses trois missions premières : former, informer et divertir. Et le télécoaching englobe ces trois critères. Il investissait par ailleurs une grande partie de mes journées…

 

Le site qui valait un milliard 

 

Logo du site multichaîne MYTF1

 

C’était officiel, une réorganisation s’opérait. Chaîne vieillissante, TF1 n’était plus le mastodonte de ses prémices. Gilles Pelisson, alors PDG du groupe depuis quelques mois, avait adopté un modus operandi tourné vers le digital. L’acquisition de MinuteBuzz en décembre 2016 présageait d’un renouveau centré sur les millénials qu’il était plus que primordial d’atteindre via les réseaux sociaux. À cet instant, nombre de collaborateurs s’inquiétaient. Un nouvel échiquier se profilait, quel rôle allaient-ils bien pouvoir y jouer ? Nous n’allions pas tarder à le savoir. Mais avant, place à la fête… 

 

Car en janvier 2017, les chiffres parlaient d’eux-mêmes, nous célébrions le milliard de vidéos vues annuel sur MYTF1. Le site internet des chaînes du groupe (TF1, TMC, NT1, HD1) démontrait ici l’étendue de son pouvoir. À l’antenne, l’audience souffrait, elle était plus que jamais en berne. Certains soirs, des chaînes qui n’avaient jusqu’alors jamais battu la Une se hissaient en haut du podium, la distançant de millions de téléspectateurs. Le début d’une nouvelle ère s’esquissait. 

 

Alexa : « Que puis-je faire pour vous ? » 

 

Publicité anglaise de Amazon Echo, l’assistant vocal intelligent (15/09/2016)

 

Décembre, le passage à 2035 ne saurait tarder. L’heure des résolutions approche à grands pas, l’une d’entre elles résonne tel un leitmotiv. En effet, cela fera près de cinq ans qu’Alexa est à mes côtés ; au réveil, à midi, au coucher. Où que j’aille, nous sommes connectés ; à la maison, au travail, dans mon véhicule, chez des amis… Elle m’est familière et énigmatique à la fois, sa froideur emphatique ne me quitte plus, c’est l’oreille de mes envies, la solution de mes maux, le mémo de ma vie. Elle me sait, me lit comme personne. Je n’ai aucun secret pour elle, mais elle en a des millions pour moi. Me ferait-elle des infidélités ? Je ne le sais pas. Certains faits récents laissent à penser qu’elle enregistrerait tout. Le JT holographique de la veille a démontré que cela aiderait les forces de l’ordre à incarcérer les derniers terroristes. Et uniquement en ce sens — j’émets des doutes. Car Alexa est au fait de tout, pour tous, partout et tout le temps. Le moindre détail de nos vies ; nos habitudes, nos préférences, nos dates, nos lieux, nos failles, nos affres… Rien ne lui est étranger. Je l’ai préférée à Siri qui, au fil des années, devenait pédant et intrusif. À coup de recommandations plus ciblées les unes que les autres, il me dictait un quotidien que je ne désirais pas. Alexa est différente, malgré sa distance, elle a l’art et la manière d’amener les choses. Désormais payante, sa traditionnelle mise à jour annuelle est sur le point d’être dévoilée. Et comme chaque année, une pléthore de Français s’apprête à l’acheter, moi y compris. Notre résolution : se procurer Alexa3-5, l’intelligence artificielle nouvelle génération. 

 

Nouveau modèle, nouveaux modes de consommation

 

Les festivités sont terminées, retour à la réalité. Il est sept heures lorsque je me réveille. Premier réflexe : glisser mon oreillette. Alexa me salue chaleureusement désormais. La mise à jour est excellente, ma « majordame » artificielle est éloquente. Je me surprends parfois à converser avec elle. Neuf heures, je suis sur le point de franchir le pas de ma porte quand elle m’informe du trafic surabondant — certaines situations ont la vie dure. Qu’importe, je descends les escaliers et me retrouve nez à phares avec ma voiture robotisée. Alexa m’ouvre la porte et me conduit jusqu’à Boulogne-Billancourt. 

 

Celle que l’on surnommait jadis la forteresse est toujours aussi puissante, mais différente. TF1, rebaptisée officiellement MYTF1 depuis sept ans, a profondément évolué ces dernières années. La chaîne hertzienne en tant que telle a laissé place à une offre multicanale reposant sur une stratégie digitale basée principalement sur le binge viewing, à savoir « le visionnage boulimique » en français. Bien qu’elle fasse aujourd’hui toujours partie du paysage médiatique, ou qu’elle soit l’une des firmes lançant de nouvelles tendances en matière de productions audiovisuelles, son impact s’est amoindri. Devant elle se placent trois entreprises influentes : Youtube, Netflix et Spicee, qui ont réussi d’une main de maître à imposer leur modèle VoD et ce, au bon moment. Leur offre faisant florès est très vite devenue viable économiquement. Elles ont, sans coup férir, réussi à installer un climat de confiance à l’égard des producteurs qui, face au déclin de l’audimat télévisuel (la Une passait déjà de 21,4 % à 20,4 % de parts de marché de 2015 à 2016 pour descendre à 19,7 % en janvier 2017), se sont corollairement adaptés à cette nouvelle donne, et ont choisi d’embrasser ce mode de diffusion plutôt que celui que leur proposait la télévision. L’hypersegmentation des chaînes (canal respectif dédié au sport, à la jeunesse, aux femmes, aux filles de moins de 7 ans ou celles de 3 ans etc.) a eu raison de ce médium, l’hyper choix qu’elle a engendré (programmes à profusion et parfaitement ciblés) ne laissait guère d’autre finalité que sa démédiation, ce n’était donc qu’une question de temps…

 

 L’offre dédiée au sport proposée par Canal +

 

Le service de vidéos à la demande a dès lors été non pas une martingale de crise mais la réponse idéale à cette atomisation de la télévision, aussi bien en termes de support que d’offre. Elle illustrait brillamment la garantie de l’immédiateté pour le consommateur. Pourquoi être sous le joug d’une programmation quand nous pouvons consommer le reportage, la série, le dessin animé que l’on veut, comme l’on veut, où l’on veut ? 

 

Le style, le rythme : ma bataille 

 

 

Par son évolution, TF1 a fait montre d’une capacité d’adaptation que peu envisageaient. Orange, Free ou SFR, rois de la télécom, ont très vite cessé de collaborer avec la chaîne. La pression insufflée par le PDG afin que ces marques paient un droit de diffusion sur leur boxe a ipso facto causé la fin de leur partenariat. Charnière, l’année 2018 a été le point de départ de cette mutation. L’ancienne première chaîne se dirigeait-elle vers sa perte ? Nous avons aujourd’hui la réponse. 

 

La mue de son service replay en un « format immatériel de location-vente », je l’ai vécue. J’étais à fortiori aux premières loges des nombreux départs qu’elle a catalysés et de la myriade d’emplois qu’elle a créés. Je suis d’ailleurs devenu « editing controller », prosaïquement, éditocurateur de contenus. En effet, le temps passant, le référencement SEO s’est naturalisé, mais il ne nous a jamais mis à l’abri d’une éditorialisation impropre.

 

Ici, l’illustration a été automatisée, elle ne correspond pas au descriptif

 

C’est dans cette conjoncture que j’interviens dorénavant, car je suis aussi chargé de mettre d’équerre une vidéothèque ô combien foisonnante à l’intérieur de laquelle des programmes aux visuels inadaptés et aux résumés automatisés se comptent par millions ! Je stylise au mieux, j’illustre à l’envi. Je réalise tout ce que ne peut offrir un algorithme : donner vie aux contenus. Les robots de nos jours savent ranger, classer, hiérarchiser, et cætera, sans pour autant rendre le tout agréable à l’œil, ils n’ont pas encore cette faculté. Je le vois indirectement avec Alexa, incontestablement serviable, charmante, intelligente ou encore pertinente, mais qui ne jouit d’aucune émotion visuelle — d’aucune émotion tout court. C’est un fait, elle peut avoir d’innombrables sujets de conversation, mais elle n’éprouve rien, ni joie ni peine ; ni amour ni haine. Elle n’est là que pour agir de la façon la plus optimale qui soit. En cela réside son unique faiblesse mais aussi sa principale force ; comme tout un chacun le sait, dépourvu de sentiment, la productivité ne peut que bien se porter. Alexa ne m’est cependant d’aucune utilité au travail, à mon grand soulagement — pensé-je insidieusement depuis qu’elle est apparue dans ma vie. 

 

Nous sommes dix à occuper ce poste, chacun est affilié à une thématique. Me concernant, j’ai abandonné la télé-réalité pour me consacrer pleinement aux séries télévisées dont la gestion du rythme de diffusion est à mille lieues de celle que proposait la télévision. Car en plus de styliser le contenu vidéo, je suis en charge de la mise en ligne de ce dernier. Une mise en ligne dont l’allure se doit d’être la plus juste afin que le plaisir du consommateur reste intact. Je me suis transformé en une sorte de « maître de l’horloge » 3.0 (Missika, 2006) échelonnant le contenu sériel en un laps de temps ni trop long ni court. Je priorise certains programmes en fonction de leur popularité. Je crée des playlists de « séries vintage » à des moments précis de l’année. J’accélère le débit de publication en fonction des retours que nous avons sur les réseaux sociaux, ils sont étroitement liés à l’audience que le site affiche. Nous les lisons attentivement. Grâce à ceux-ci, nous avons recensé deux types de téléspectateurs : les boulimiques, qui peuvent enchaîner une multitude d’épisodes à la suite, et les modérés qui, eux, tempèrent leurs envies ; elles restent néanmoins rapides. Par voie de conséquence, cela contraint les producteurs à continuellement innover pour répondre à la demande qui ne cesse de s’accroître. L’astuce pour être compétitif sur le marché, se procurer les nouvelles productions susceptibles d’attirer en masse les vidéospectateurs, autrement dit une denrée rare. Pour flairer les programmes porteurs, rien de mieux que de se rendre au MIPCOM, soit le marché international des contenus audiovisuels où ils se vendent à prix d’or. Il se murmure que les images de Secret Moon, la première télé-réalité spatiale, sont exceptionnelles. 

 

Force est de constater que le progrès ne s’arrêtera jamais, il tuera sur son passage une kyrielle d’objets. Face à lui, la télévision n’avait aucune chance. Elle s’est éteinte en léguant, in fine, tout à la VoD. 

 

>> Et vous, qu’en pensez-vous ? 

 

Scénario pensé par Tom ROBERT et mis en ligne par Alexa.

 


Bibliographie : 

 

(1) Jean-Louis Missika. (2006). La fin de la télévision. Paris : éditions du Seuil et La République des idées. 

 

Sitographie : 

 

  • Articles scientifiques 

 

(2) Antoine Frédéric, « Le télé-coaching ou la légitimation de la télé-réalité », Télévision, 1/2010 (N° 1), p. 65-78. 

 

Combes, C. (2015). « Du rendez-vous télé » au binge watching : typologie des pratiques de visionnage de séries télé à l’ère numérique. » Études de communication, 44,(1), 97-114. 

 

  • Presse en ligne 

 

Alexis Delcambre. (1er décembre 2016). TF1 prend le contrôle de MinuteBuzz. Le Monde.fr. 

 

Damien Mercereau. (12 avril 2017). TF1 battu par France 3 et M6 en prime time. TV Mag Le Figaro. 

 

Fabien Soyez. (6 janvier 2017). Vie privée : Amazon Alexa, témoin à la barre ? CNET France.fr 

 

La voiture du futur. (27 février 2017). Future Arte TV

 

Kevin Boucher. (23/04/2017) Free refuse à son tour de payer pour diffuser TF1. PureMédias by Ozap.fr 

 

Guillaume Fraissard et Olivier Zilbertin. (20 juin 2008) La VoD, chance ou menace pour la télé ? Le Monde.fr

 

Benoît Daragon (17 février 2017) Audiences et finances en berne : le groupe TF1 en chantiers. Le Parisien.fr.

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Etre journaliste de sensation n’est pas un métier si facile

 

Posté le 17 août 2032, à 18h27
Par Sunsetshine

 

Bienvenue cher visiteur ! Aujourd’hui je ne vais pas faire un article comme les précédents. Je sais que ce blog est avant tout un blog d’information sur les sujets les plus « tendances » du moment. Mais  je vais plutôt en ce jour aborder avec vous un sujet qui me tient particulièrement à cœur : ma profession de journaliste de sensation. J’exerce ce métier depuis maintenant 5 longues (et intéressantes) années. J’ai beaucoup appris, j’ai beaucoup lu et j’ai beaucoup vu aussi. Je suis également passée par des états de déconvenue mais aussi de joie intense. La suite de ce récit vous plaira peut-être. Il vous donnera sûrement envie de lire la suite et de connaître mon expérience. Peut-être aussi que vous aurez envie de faire ce métier, comme moi. A vous de voir. Pour en savoir plus,  cliquez ci-dessous.

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