Les futurs enjeux du Chef de projet de communication en 2032

Déjà en perpétuelle évolution actuellement, le métier de Chef de projet de communication sera, d’ici 15 ans, au cœur de profondes transformations tant aux niveaux organisationnel qu’humain. Les nouvelles ressources, comme le Digital Labor, ainsi que la flexibilité et la modulation des équipes entraineront des changements dans la manière de gérer les projets, avec des compétences diversifiées et réunies de manière plus temporaire pour répondre aux nouveaux besoins des projets.

 

Une gestion de projet optimale

Le chef de projet de communication pensera à l’avenir sa recommandation selon deux axes, l’un optimum, et l’autre alternatif © CLAJ Rodez

Le Chef de projet de communication du futur verra évoluer les recommandations qu’il devra proposer. Actuellement, il se contente la plupart du temps de fournir une solution unique, pensée comme si celle-ci ne pouvait pas se retrouver parasitée par des éléments aussi bien externes qu’internes au client. Susan Peterson, experte Néo-Zélandaise en management de projet et en marketing, prédit à ce propos dans un article de blog que les chefs de projet devront de plus en plus à l’avenir penser une « solution alternative », pouvant répondre aux contraintes économiques des clients, dont les objectifs finaux diffèrent de ceux du chef de projet, mais aussi pouvant s’adapter aux finalités de l’entreprise.

A cela s’ajoutera le fait de planifier à son équipe des tâches plus courtes et plus facilement modulables. Ses membres seront formés à des tâches plus diverses, afin de compenser d’éventuelles absences pouvant s’avérer très préjudiciables aux projets, car comme l’indique Susan Peterson « De cette manière la perte de personnel est minimisée puisque le travail est complété en de plus petits incréments. De plus, la perte d’un membre de l’équipe clé peut être moins dévastatrice puisqu’il y a une personne de secours en place pour continuer des missions critiques. »

 

L’uberisation comme concept de gestion des compétences

L’uberisation modifiera la relation entre le chef de projet et ses collaborateurs, qui seront spécialisés dans des tâches plus spécifiques, et dont les interactions se feront principalement à distance © Philippe Peret

Le récent Forum « France, un modèle social à suivre », qui a eu lieu à Paris en 2016, a présenté un état des lieux de la situation actuelle du travail en France et de ses orientations prochaines. Il est intéressant d’observer que ses analyses présentent un concept grandissant qui devrait se généraliser au-delà du domaine de la communication : l’uberisation. Ce concept, introduit à la suite de l’arrivée d’agents économiques comme BlaBlaCar, AirBnB ou bien sûr Uber, représente l’avènement du tout numérique et peut se définir comme « un phénomène récent dans le domaine de l’économie consistant en l’utilisation de services permettant aux professionnels et aux clients de se mettre en contact direct, de manière quasi instantanée, grâce à l’utilisation des nouvelles technologies. » (Wikipédia, 2017, page sur l’uberisation).

L’avènement de l’uberisation, jumelée au nombre sans cesse croissant de personnes travaillant en freelance dans les domaines de la communication, du digital et du design, et la multiplication des compétences ciblées, principalement dans le domaine du digital,  amèneront le chef de projet à faire appel à des compétences de plus en plus spécifiques et pour des durées plus courtes. Les plateformes de mise en relation entre lui et ces acteurs seront ses principaux outils de travail. Il devra alors gérer un véritable patchwork de compétences au service des projets qu’il mène, en veillant à faire preuve de souplesse et de flexibilité, car la structure actuelle très hiérarchisée et bureaucratique sera amenée à disparaitre face aux nouvelles manières de travailler.

 

Les ressources infinies du Digital Labor

Le Digital Labor sera également un appui stratégique pour le chef de projet du futur. Ce domaine de recherche universitaire, initié en 2009 aux États-Unis par la conférence « The Internet as playground and factory », ne doit pas piéger par une traduction littérale du terme : il ne désigne pas les personnes employées dans le secteur du numérique. Comme le décrit justement Antonio A. Casilli, le Digital Labor rassemble « les activités numériques quotidiennes des usagers des plateformes sociales, d’objets connectés ou d’applications mobiles. Néanmoins, chaque post, chaque photo, chaque saisie et même chaque connexion à ces dispositifs remplit les conditions évoquées dans la définition : produire de la valeur (appropriée par les propriétaires des grandes entreprises technologiques), encadrer la participation (par la mise en place d’obligations et contraintes contractuelles à la contribution et à la coopération contenues dans les conditions générales d’usage), mesurer (moyennant des indicateurs de popularité, réputation, statut, etc.) ». Cette véritable main d’œuvre gratuite, volontaire – et la plupart du temps inconsciente de son action – permettra non seulement aux chefs de projet d’observer les comportements facteurs de partages et de participations mais aussi d’interpréter de très nombreuses informations provenant du nouvel or noir qu’est la Data, issues des actions et clics exécutés chaque jour par des millions d’internautes. Ils pourront ainsi, en fonction des possibilités d’accès de leurs entreprises à ces données et de leurs techniques d’extraction, élaborer des stratégies répondant presque parfaitement aux cibles et aux objectifs de leurs clients.

 

Le télétravail, gain de temps et d’efficacité…

Cette nouvelle manière de travailler a été introduit dans le Code du travail à l’article 1222-9 par la loi du 23 mars 2012 et est définie comme « […] une forme d’organisation et/ou de réalisation du travail, utilisant les technologies de l’information, dans le cadre d’un contrat de travail et dans laquelle un travail, qui aurait également pu être réalisé dans les locaux de l’employeur, est effectué hors de ces locaux de façon régulière ». (Accord National Interprofessionnel du 19 juillet 2005).

Les nombreux avantages du télétravail pour le chef de projet et ses collaborateurs-prestataires © zevillage.net

Une toute récente étude du Commissariat général à l’égalité des territoires (CGET), rattaché au Premier ministre, en collaboration avec le cabinet RH Kronos, permet de rendre compte de la bonne santé de ce nouveau mode de travail. On y découvre que 16,7 % des Français télétravaillent plus d’une journée par semaine, la majorité (64 %) le faisant de chez eux, et 21 % dans des bureaux mis à disposition par leur entreprise. Pour 96 % des personnes interrogées, le télétravail a des vertus permettant d’améliorer le bien-être des salariés, et 71 % d’entre elles le considèrent comme une « véritable révolution ». L’enquête indique aussi que le télétravail permet une augmentation du temps de travail de 2,5 % et d’une augmentation de la productivité de 22 %. A titre de comparaison, le pourcentage de personnes télétravaillant en 2009 s’élevait à 8,4 % (France Stratégie, 2009).

Les chefs de projet de communication, et plus largement les managers de projets, pourront avoir recours à des prestataires pratiquant cette nouvelle forme de travail. En adéquation avec le fait que son équipe sera interchangeable et modulable en fonction de ses besoins et pour des périodes plus courtes, ils pourront solliciter les freelances à distance et profiter des TIC – Technologies de l’information et de la communication – pour obtenir rapidement la prestation souhaitée ou bien échanger avec eux pour d’éventuelles modifications. Son équipe, alors désormais constituée de prestataires/collaborateurs, aura l’avantage de pouvoir s’atteler à des tâches spécifiques de manière plus rapide et plus réactive, et le chef de projet s’en servira alors tel un couteau-suisse de compétences. Elle appartiendra à la nouvelle génération de travailleurs appelés les « Slasheurs », métaphore provenant du nom de ce signe « / » et indiquant qu’ils cumuleront les compétences et/ou les emplois, soit par nécessité économique ou bien par diversification de leurs activités.

 

… Mais attention à ses effets pervers

Le chef de projet du futur aura la mission déterminante de synchroniser toutes les informations qu’il reçoit pour pouvoir les partager avec son équipe, et devra s’efforcer de la maintenir mobilisée afin d’en garantir l’efficacité. Mais sa préoccupation sera aussi de respecter la frontière de plus en plus ténue entre vie privée et vie professionnelle, pour lui comme pour ses collaborateurs. De nos jours déjà les journées de travail s’allongent, sous le poids du désir de croissance et de compétitivité des entreprises. Les acteurs des métiers de la communication n’y échappent pas, étant tenus par des délais toujours plus courts.

« Près de neuf salariés sur dix estiment que les outils connectés contribuent à les faire travailler hors de l’entreprise. »

Association pour l’emploi des cadres, 2014

La législation s’est emparée du sujet à travers la Loi El Khomri. Elle prévoit qu’à compter du 1er janvier 2017 les salariés auront un « droit à la déconnexion » une fois les horaires de travail effectués (article 55 de la Loi Travail de 2016). Cette protection juridique sera bénéfique face à la tentation qu’aura le chef de projet d’en demander toujours plus et à n’importe quel moment, oubliant peut-être de manière inconsciente que la réactivité de ses collaborateurs sera optimale grâce au télétravail.

Bien que travaillant à distance – une distance rendue relative grâce aux futurs réseaux de communication instantanés -, des réunions physiques dans des espaces dits « Living Office », concept inventé par le cabinet d’architecture d’intérieure et de solutions design Herman Miller, seront indispensables. Ces espaces seront une réponse aux prochains enjeux de condition de travail au bureau et d’optimisation du travail en équipe. Le créateur du concept le définit d’ailleurs comme « un espace de travail hautes performances, conçu pour améliorer le bien-être et la productivité des collaborateurs et aider les entreprises à atteindre leurs objectifs stratégiques. » Ces réunions physiques entre membres de l’équipe pourront être hebdomadaires, et permettront comme c’est déjà le cas aujourd’hui au chef de projet d’établir un tableau de bord de l’avancement du projet et de ses éventuels retards. Un chef de projet qui comptera sur une autre donnée de l’étude du cabinet RH Kronos, qui affirme que le télétravail permet aujourd’hui de réduire le temps de trajet domicile/travail de quarante minutes en moyenne, offrant ainsi à ses collaborateurs/prestataires de meilleures dispositions de travail, pour des résultats plus qualitatifs.

 

En conclusion

Le chef de projet de communication du futur sera au centre des nouvelles situations organisationnelles interne et externe de son entreprise. Sa prise en compte de toutes les possibilités et son anticipation de tous les problèmes – ce que Susan Peterson appelle « lire dans les feuilles de thé » – lui permettront de proposer deux types de recommandations : la recommandation optimum, idéale, et la recommandation alternative, adaptable. Le Digital Labor, véritable mine d’or d’informations collectée via les nombreuses plateformes Internet et applications lui offrira suffisamment de données pour concevoir des stratégies efficaces, répondant en théorie parfaitement aux attentes des cibles et des objectifs de ses clients. La prise en compte des turn-over des équipes – dont la sienne – l’amèneront à fractionner ses besoins par types de compétences. Ce seront les freelances, ayant l’avantage d’être flexibles, qui offriront au chef de projet l’équipe modulable dont il aura besoin. La plupart du temps depuis leur domicile grâce au développement du télétravail, ils apporteront un gain de temps non négligeable et pourront partager leur travail de manière collaborative grâce aux TIC – Technologies de l’information et de la communication – tout en bénéficiant de condition de travail plus souple, n’ayant plus à subir le temps de transport domicile-travail et leur permettant de pouvoir travailler sur plus de projets et pour différents clients. A condition que le chef de projet réussisse à respecter la frontière entre la vie privée et la vie professionnelle de ses collaborateurs, afin de ne pas remettre en cause le fonctionnement même de son équipe.

__________________________________

Sources/Webographie

Blog professionnel

Études

Articles de journaux et magazines en ligne

Wiki

Textes officiels

Site Internet professionnel

 

Thématiques traitées :

  • Univers clos vs ouverts
  • Communs
  • Connecter vs déconnecter
  • Corps et information
  • Médiation, infomédiaires
  • Mobilité
  • Objets connectés
  • Participation, collaboration, coopération
  • Environnement transmédia
  • Visualisation de l’information

Laisser un commentaire