L’intelligence artificielle au service du journalisme en 2035

Depuis des années, les médias font face à de nouveaux défis. Du web 2.0 à la réalité augmentée en passant par la robotique, toutes les professions sont concernées par ces évolutions et le journalisme n’y a pas échappé. Aujourd’hui les professionnels de l’information doivent s’adapter à cette nouvelle intelligence artificielle et numérique. Qu’en est-il du métier de journaliste ?

La réalité virtuelle : Un nouveau média à part entière

Déjà en 2017, plusieurs chaînes d’information se sont essayé à un tout nouveau modèle de journalisme, « Le journalisme immersif ». La pionnière : Nonny de la Peña, ancienne directrice générale d’Emblematic Group (anciennement, Virtual Pyedog) et chercheur à l’École Annenberg pour la communication et le journalisme à l’Université de Californie du Sud. (source wikipedia, mettre un lien). En 2015, elle a expérimenté cette nouvelle forme immersive de journalisme, dont l’objectif était de permettre au spectateur de prendre place au sein de l’actualité, de l’histoire. Son projet le plus connu reste « Project Syria ». Cette expérience immersion est diffusée pour la première fois en janvier 2014 et propose au spectateur une immersion inédite dans une ville syrienne dévastée par la guerre, les bombardements et le combats. Réalisée par l’agence Smart, cette vidéo plonge le regard du spectateur à 360°, se mettant à la place du journaliste syrien qui déambule dans les rues d’une ville dévastée par les bombardements et les combats entre l’armée de Bachar Al-Assad et les milices islamistes.

ARTE 360, le Parisien 360, tous se sont ensuite essayés au documentaire immersif 360°. En 2035, toutes les rédactions disposent sans exception de la réalité virtuelle. La première a avoir pris en compte la réalité virtuelle comme véritable média était la célèbre chaîne américaine d’information en continu, CNN. Elle avait développé le journalisme immersif et avait proposé des reportages en 360°. Une unité entièrement dédiée à la réalité virtuelle avait vu le jour, ce qui donna les premiers reportages du journalisme immersif. À l’époque, couvrir certaines actualités via des vidéos immersives était une petite révolution. Ce nouveau mode de journalisme permettait de plonger le spectateur au cœur de l’action et cela représente une nouvelle façon de raconter l’histoire. C’est en quelque sorte une expérience une expérience sublimée du terrain.

De son côté, la chaîne ABC News a plongé les spectateurs au cœur d’une parade militaire de Corée du Nord dans le cadre du projet « Inside North Korea». Diffusé pour la première fois le 10 décembre, ce documentaire a été réalisé en partenariat avec la société de réalité virtuelle Jaunt, et distribué via l’application du même nom. Alors que l’utilisateur est assis confortablement sur son canapé, celui-ci a la véritable sensation d’être en plein coeur d’une manifestation du 70ème anniversaire du Parti du travail de Corée, au beau milieu de la place Kim II-sung.  

 

Inside North Korea VR | ABC News #360Video

Considéré en 2016 comme une simple gadget visuel, la Réalité virtuelle fait partie intégrante des nouveaux médias. Interactivité, personnalisation, mobilité, immersion, la réalité virtuelle répond au besoin d’une époque en pleine mutation. La réalité virtuelle est le seul média qui place l’utilisateur au centre, lui donnant ainsi la possibilité de contrôler, diriger son champ de vision, choisissant ce qu’il veut regarder.

Dans le monde de la réalité virtuelle, le potentiel de l’empathie est accentué. L’actualité est vécue par le spectateur ce qui provoque de l’émotion, de l’empathie comme aucun autre média. Les sujets réalisés en 360° sont très puissants en sensation, car ils permettent une immersion totale du spectateur, il propose un effet une présence intense. L’impression de vivre un événement réel, car le spectateur n’est pas séparé par un écran ou une télé.

Dans les années 2000, les téléspectateurs étaient déjà confrontés à ce type de « journalisme sensationnel ». Les chaînes d’information en continu, en quête d’audimat, étaient dans une course au scoop, entrainant ainsi la publication d’informations dont les sources n’étaient pas toujours fiables et vérifiées. De plus, la recherche du sensationnel était omniprésente. Pour capter l’attention des téléspectateurs, les médias ont très vite fait appel au sensationnel et aux images chocs. Mais, ce journalisme d’immersion repose sur l’idée qu’avec plus d’empathie, nous sommes capables de mieux comprendre l’information. Or, faire ressentir l’émotion n’a pas pour finalité de faire comprendre le monde. [LE1] Le journaliste doit l’expliquer, le distancer et mettre l’information dans le contexte. C’est pour cette raison, que le journaliste a développé une toute nouvelle façon de raconter l’information sans pour autant la dénaturer.

Si nous remontons 20 ans en arrière, de nombreux médias, surtout les médias français, étaient affolés de voir la réalité virtuelle s’approprier l’univers journalistique. Or, notre monde a évolué, et nous devons nous adapter aux changements. Il a été très difficile pour les journalistes de s’adapter aux changements, et d’intégrer une nouvelle sémantique, un nouveau langage.

L’essor des algorithmes…

 

Crédit: Josh Jarman

 

Le 20 septembre 2035, un article rédigé par un algorithme programmé en collaboration avec un journaliste a remporté le prix Pulitzer dans la catégorie Journalisme. C’est une première pour la profession. Tant redoutés en 2014, les « robots-journalistes » ont inlassablement évolué et ont perfectionné leur niveau.

Conçu à l’initiale pour filtrer de grandes quantités de données brutes afin de les convertir en récit personnalisé dans un style d’écriture assez limité, leur mission ont véritablement évolué. Aujourd’hui, les robots-journalistes sont capables de recueillir des informations, faire des captures d’écran sur internet et poster eux-mêmes leur propre article en ligne. Leurs articles ont même la mention « article écrit par un robot ou une intelligence artificielle » au bas de page.

Bien qu’aujourd’hui, les agences de presse du monde entier diffusent des milliers d’articles conçus par des algorithmes, le métier de journaliste n’est pas mort pour autant. Alors que les missions des algorithmes ont clairement évolué, ces dernières restent tout de même limitées. Les journalistes ont réussi à conserver une part de leur métier. Car en effet, quand bien même la robotique[LE1]  a grandement évolué ces dernières années, le robot se trouve toujours dans l’incapacité de se déplacer sur le terrain, dans l’incapacité d’accorder des interviews, et n’acquiert pas la notion de neutralité, fer de lance du métier de journaliste.

Toutes ces évolutions ont contribué à intégrer au sein des écoles de journalisme des sections informatiques afin d’apprendre aux élèves à coder. Mais cela ne démontre en aucun cas que le métier de journaliste est meurtri. Une réelle collaboration entre les mondes informatiques et la presse s’est développé ces dernières années. Exemple : le site Owni.fr se présente comme un média d’enquête, de reportage et de data-journalism, dédié aux cultures numériques ainsi qu’aux nouveaux enjeux de société. Cette évolution n’a donc pas exterminé le métier de journaliste, comme on pouvait si bien l’affirmer 15 ans auparavant, dans la mesure où il existe une véritable forme de collaboration entre les robots et les journalistes. Ces derniers auront ainsi la possibilité de se pencher un peu plus sur des sujets de fond, et traiter l’actualité à la manière d’un documentaire.

…au service du slow-journalisme

 

 

Comme son nom l’indique, le « slow journalisme » prend le temps d’informer. Grâce à l’avènement des robots-journalistes, le concept du slow journalisme, qui avait vu le jour dans les années 2000 est plus que d’actualité en 2035. Très tendance dans les années 2000, ce discours « slow » a peu à peu envahi de nouveau les médias, se traduisant par des modes de production en opposition à l’immédiateté et à l’instantanéité qui caractérisaient nos sociétés en 2015. Alors que les robots-journalistes ont pris le pas sur la construction de brèves, le commentaire de compétition sportive, ils laissent du temps aux journalistes de traiter des sujets de fonds sous forme de web-documentaire.

Une nouvelle manière de raconter l’information

 

 

À l’image du documentaire « Prison Valley, l’industrie de la prison », le web-documentaire est de nouveau d’actualité au sein des rédactions désireuses de traiter des sujets de fonds, laissant les « journalistes-robots » traiter l’actualité en direct. Un tout nouveau journalisme narratif s’est développé allant à contre-courant de ce que prédisaient les spécialistes de l’époque, prônant un journalisme instantané.

Bibliographie

Articles en ligne

 

  • ROCHE Sophie, (3 Mars 2017), « Le journalisme : vers une intelligence artificielle ? », arte.fr, Repéré à
    http://future.arte.tv/fr/le-journalisme-vers-une-intelligence-artificielle

 

 

 

 

  • GIZARD Dakota, (11 juin 2016), « Journalisme 360° : une réalité (virtuelle) bientôt inévitable », horizonsmediatiques.fr, Repéré à
    https://horizonsmediatiques.fr/2016/06/journalisme-360-une-realite-virtuelle-bientot-inevitable/

 

 

 

Revues

 

 

 

 

 

Chargée de com’ interne en freelance : Le nouveau concept qui a conquis les PME

S’imposer face aux grands groupes internationaux, survivre à la dure loi du marché, fidéliser leurs salariés : tels sont les défis auxquels sont confrontées les petites entreprises et celles de taille moyenne. Bien plus qu’un simple levier pour y parvenir, la nécessité de maîtriser parfaitement l’art de communiquer devient alors une priorité. Les PME seraient-elles le nouveau secteur de prédilection pour les métiers de la communication ?

 

Un contexte difficile pour les métiers de la communication

 

Une économie ultra-libérale

Notre société a été marquée par de nombreux changements cette dernière décennie. La suppression des barrières économiques, le rayonnement mondial de certaines marques et la mondialisation ont conduit à une libéralisation et à une internationalisation progressive et totale de notre économie de marché. La concurrence accrue, conséquence directe de ce nouveau modèle économique, a multiplié les phénomènes de concentration et de fusion. Le marché se voit donc dominé par de grands groupes, le rendant difficile d’accès pour les plus petites entreprises et créant une réelle problématique dans les domaines de la communication et de la publicité.

Dans ce contexte très concurrentiel, difficile pour les jeunes entreprises et celles de petite taille de se démarquer. Leur manque de visibilité et leur faible budget ralentissent voire freinent leur développement, les empêchant de concurrencer les autres entreprises. Leurs besoins sont pourtant clairement identifiés : développement d’actions de communication internes et externes, recrutement de nouvelles compétences spécialisées dans les nouveaux outils et stratégies actuelles.

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Le CNES, une entreprise privée mais ouverte !

J’ai choisi de traiter de la communication publique dans le domaine scientifique car j’effectue mon stage à l’Observatoire de Paris. Je souhaite persévérer dans le secteur de la recherche et des sciences car je le trouve plein d’avenir et sans cesse renouvelé par de passionnantes découvertes.

2032, les institutions publiques et certaines entreprises ont franchi le pas de l’extrême transparence voire même du partage de données auparavant privées, une ouverture aux publics qui laisse un certain paradoxe.

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« J’aurai voulu être critique »

Lorsque j’étais enfant, j’ai été bercé par le monde intellectuel et artistique de mes parents. J’avais alors un rêve : devenir critique de cinéma. Ma génération Z a dû s’adapter au développement des nouvelles technologies pour réinventer des métiers qui semblaient condamnés.

 


« Je suis une digital native »

Je suis une digital native, issue de ce que l’on appelle la « nouvelle génération silencieuse » ou tout simplement les « Z ». J’ai grandi dans une famille bourgeoise intellectuelle des beaux quartiers parisiens. Mes parents et leurs amis sont tous issus des milieux littéraires : écrivains, journalistes, critiques… Les dîners ponctués de longs échanges philosophiques et de débats culturels ont toujours rythmé ma vie. C’est tout naturellement que je suis tombée dans l’univers des livres dès que j’ai su lire. En grandissant, j’ai pu me joindre à ces conversations et défendre mes propres idées. Je suis rentrée à l’université avec une idée précise : devenir critique. Si la littérature a baigné mon éducation, je me suis davantage dirigée vers le cinéma. Les outils numériques étant mis à ma disposition depuis que je suis enfant, j’ai délaissé les pages poussiéreuses (sans pour autant les dénigrer) pour m’orienter vers les liseuses et autres tablettes. J’ai abandonné sans regret les fauteuils inconfortables d’une salle de cinéma pour regarder et télécharger (peu souvent légalement) des films sous ma couette.

À mon entrée dans le cycle supérieur, j’ai réalisé que mes ambitions allaient rapidement devoir être revues à la baisse : les critiques cinéma (art ou littéraire), n’existent quasiment plus désormais. J’avais grandi dans un contexte social et familial qui m’avait reflété une réalité qui se meurt à petit feu. Les quelques rares critiques qui font de la résistance sont « des vieux de la vieille », reconnus comme des têtes pensantes issues des écoles privées les plus prestigieuses et dont la plume est appréciée au niveau national. Ceux-là même se battent pour conserver les vestiges d’un temps qui semble perdu depuis longtemps. Dans la capitale, il ne reste plus que quelques salles de cinéma qui survivent grâce à ces résistants. Ma génération n’y va plus depuis longtemps et ces lieux sociaux font faillite les uns après les autres.

Lorsque j’ai commencé les cours, cette réalité m’a frappé de plein fouet. Les cours où nous élaborions des algorithmes, pensons aux applications de demain, aux supports du futur, sont davantage présents que les matières plus spirituelles et culturelles. Je suis partie à la recherche du doyen de l’université et j’ai trouvé un vieil homme qui semblait plus vieux que les bâtiments. Je ne pouvais assurément pas reformater les enseignements que je recevais mais je devais me transformer en puits de science et de culture pour percer. Cet homme pouvait assurément m’aider dans cette tâche et, lorsque je lui ai exposé mon projet, il a affiché un sourire triste, comme s’il avait trop longtemps attendu qu’un étudiant lui fasse cette demande.

Pendant tout mon parcours universitaire, je faisais des extras avec le doyen après les cours. Il me montrait des vieux films en noir et blanc (je n’en avais jamais vu), m’expliquait les courants et les tendances du cinéma, les icônes que je n’ai pas connues, les symboles, les aléas des métiers, ceux qui ont disparu et ceux qui sont apparus. Le doyen y ajoutait des touches d’art pictural, de littérature ou de politique, m’expliquant que tout est plus ou moins lié dans une société. Grâce à lui, j’ai brillamment obtenu mon diplôme en étant major de promotion. J’ai enchaîné sur une thèse financée : je ne voulais pas devenir professeur universitaire mais être une fine lame dans mon futur métier et exceller face à mes futurs et rares concurrents.

À la fin de ma thèse, j’ai cherché du travail pendant des mois, sans succès. J’ai obtenu quelques petits contrats dans des vieux journaux qui subsistaient encore sur internet mais aucune embauche réelle ne venait ensoleiller mon avenir. Je contactai régulièrement mes anciens camarades de classe pour connaître l’avancée dans leur carrière professionnelle. Nous étions plusieurs à être déçus du manque de travail sur le marché de l’emploi ou du poste que nous avions décroché. Beaucoup s’étaient réorientés, à mon triste constat. Le bilan a été le même pour nous tous. Un seul mot d’ordre semble régner pour ma génération « polyvalence sinon rien ». Aujourd’hui, nous ne pouvons apparemment plus être de simples spécialistes cantonnés dans une seule activité. 

Un jour, j’ai organisé une sorte de réunion avec ces anciens élèves qui partageaient le même désarroi que moi. Nous étions quelques irréductibles à vouloir vivre grâce à notre plume : les écrivains en herbe se battaient contre un nombre de concurrents démentiel, les critiques ne trouvaient pas de travail, les journalistes étaient davantage community manager. Le tableau n’était pas glorieux et nous nous battions pour survivre. Après quelques verres d’alcool et d’échanges pessimistes, nous avons eu la meilleure idée de notre vie. En unissant nos forces et nos qualités professionnelles respectives, nous pouvions parvenir à quelque chose de concret qui profiterait à tous. Certains étaient particulièrement à l’aise avec les algorithmes, le code et les nouvelles technologies, d’autres avaient la fibre plus artistique.

Ainsi, nous avons commencé à nous donner rendez-vous tous les samedis soirs pour échanger nos idées et trouver la bonne solution à tous nos problèmes. Au fil des mois et des nuits blanches, un projet a pris forme sous nos yeux. Nous étions six : nos talents et nos aspirations respectifs trouvaient leur place. Après trois mois de travail, nous avions un prototype qui, si les banques nous suivaient, pouvait aboutir à ce qui allait sauver nos vies professionnelles. Mes anciens camarades et moi-même avons pris un rendez-vous avec plusieurs banques pour exposer notre projet et obtenir un financement. Après maintes batailles, nous avons enfin réussi.

« J’ai tué un métier pour le faire évoluer »

 

Aujourd’hui, ce projet est devenu notre start-up dans laquelle nous sommes tous les six fondateurs et salariés. Nous avons mis au point une application (évidemment compatibles sur tous les supports avec tous les systèmes d’exploitation) qui a, à la fois tué et redonné vie au métier de critique. Entièrement basée sur des algorithmes que nous avons mis au point, l’utilisateur choisit le genre de l’art (cinéma, littérature, peinture, jeux vidéo etc.) et il renseigne ce qu’il aime, et notre application l’oriente vers les produits correspondants à ses critères. Nous lui conseillons des films, des jeux, des peintures (ou des musées), des pièces de théâtre qui sont en corrélation avec ses goûts et ses envies. Sur chacun d’entre eux, nous avons attribué une note (d’une échelle d’un à cinq), qui suggère une autre oeuvre semblable. Finalement, aucun de nous n’est réellement critique culturel ou artistique. Notre métier repose sur nos connaissances personnelles mais avant tout, sur le fait de comprendre et d’anticiper les envies et les goûts de nos utilisateurs. Ils ne sont jamais déçus s’ils restent campés aux genres qu’ils apprécient. Néanmoins, l’option « découverte » leur permet de sortir hors des sentiers battus et de littéralement découvrir une œuvre qu’ils peuvent apprécier mais à laquelle ils n’auraient jamais pensé. Après cette expérience inédite, notre application lui demande d’évaluer cette découverte : cela nous permet de peaufiner notre algorithme.

Parallèlement, chaque œuvre contient un travail journalistique que nous avons effectué en amont : critique, histoire de création, du producteur, du peintre, des acteurs etc. Plutôt que de cantonner des métiers qui risquaient de disparaître les uns après les autres, nous avons choisi d’étendre leurs frontières, de les mélanger entre eux et de les adapter aux nouvelles technologies dont nous disposons.

Nous allons même encore plus loin, même si, initialement, ce n’était pas notre volonté première. Nous avons remplacé les scénaristes du cinéma. Dans les années 2016, l’une des intelligences artificielles qui a été développé à l’époque « Benjamin », avait écrit le tout premier synopsis de film. Si l’histoire du court-métrage baptisé « Sunspring » n’avait pas beaucoup de sens, les chercheurs ont continué sur la voie. Nous avons repris l’idée initiale et, pour les professionnels du cinéma qui utilisent notre application, elle génère des propositions de synopsis de bases, en fonction du genre de film qu’ils souhaitent réaliser. L’algorithme utilisé permet de s’inspirer du meilleur du cinéma de ces deux ou trois derniers siècles afin de « pré-macher » le travail du scénario. Plusieurs films sont sortis, issus de nos propositions et nous avons gagné un pourcentage sur sa commercialisation.

 

Nous n’avons plus besoin de taper sur un clavier depuis longtemps. Là où les logiciels de traitement de texte automatiques avaient fait leurs premiers pas à l’aide de micros, de nouvelles technologies se sont ajoutées à notre quotidien. Nous sommes désormais tous équipés d’une puce collée sur le côté de notre crâne, là où, au temps de mes parents, des montures de lunettes se posaient. De la taille d’un ongle, ce mini-processeur fait office de téléphone, d’ordinateur ou encore d’appareil photo. Il peut projeter un écran interactif sur toutes les surfaces planes : main, mur, table, miroir etc. L’écran, au sens matériel, n’existe plus depuis de nombreuses années pour nous. En relation direct par ondes avec notre cerveau, nous n’avons plus qu’à « parler dans notre tête », à penser nos mots, pour qu’ils s’inscrivent automatiquement sur la surface que nous avons choisie. Mes parents, peu réceptifs aux nouvelles technologies, me parlent souvent d’une autre époque où il fallait chercher un bout de papier, un carnet divers, pour noter les idées avant qu’elles ne s’échappent. Je ne peux pas être nostalgique d’un temps où les arbres étaient abattus pour un support éphémère.

Les amis de mes parents eux, nous accusent d’avoir tué leurs métiers, je reste persuadée de les avoir métamorphosés pour leur offrir un avenir. De plus, je sais que certains d’entre eux possèdent mon application et qu’ils la consultent plus souvent qu’ils ne veulent l’admettre. J’ai eu des retours positifs sur la qualité de notre travail. Nous opérons bientôt une grande vague de recrutement, des puits de culture comme nous, qui étofferont notre base de données artistique et culturelle.


Sources :

Sites web :

Sites professionnels :

 Articles de presse :

Emissions de radio :

  • RadioFrance : « Curation, recommandation, prescription : quel futur pour la critique culturelle ? » Frédéric Martel

L’intelligence artificielle transforme le métier de journaliste en 2032

L’intelligence artificielle, un moyen de faciliter le travail

Crédit photo : Mohanraj Durairaj / Flickr – Le New York Times a eu recours à des robots rédacteurs durant la campagne présidentielle des États-Unis.

Nous sommes déjà au mois de juillet 2032 et la cérémonie des Jeux-Olympiques de Los Angeles vient d’avoir lieu. Cela fait maintenant près d’un an que j’ai rejoint le média sportif L’Équipe en tant que journaliste. Notre métier a été quelque peu bouleversé. En effet, la presse papier n’existe plus depuis plusieurs années déjà. Vu que les consommateurs ont désormais le moyen d’aller chercher l’information sur Internet, ils ne prennent plus la peine d’aller acheter le journal. Cela complique grandement notre tâche. Aujourd’hui, toutes les personnes peuvent écrire un article ou un billet, sur leur blog ou sur leur site amateur. On se doit donc de proposer des analyses plus poussées pour se différencier d’eux et mériter notre salaire. La disparition de la presse papier a obligé les médias sportifs à se renouveler et proposer du contenu innovant à ses abonnés. Sur le site de L’Équipe, la plupart des articles ne sont visibles que pour les abonnés. Pour les non-abonnés, les dix premières lignes sont affichées avant de devoir s’abonner pour lire la suite. Un modèle qui existe depuis plusieurs années déjà et qui réussi bien au média sportif. En effet, ces articles sont réalisés par des journalistes reconnus dans le milieu et qui peuvent offrir des contenus de qualité. Malgré tout, pour ne pas obliger ses fans à payer, le média sportif laisse la gratuité des brèves. Pour celles-ci, les rédacteurs n’ont même plus besoin de les réaliser. Désormais, des intelligences artificielles prennent le soin de s’en occuper. De ce fait, à chaque instant de la journée, le site reste alimenté. En plus de cela, ces robots s’occupent de mettre à jour les divers classements et résultats. Une tâche qui était souvent jugée ingrate par les rédacteurs. Cette innovation est une très bonne chose pour nous, car nous pouvons désormais pleinement nous concentrer sur la qualité de nos articles. Comme l’affirme Kris Hammond : « Notre but est juste de fournir aux journalistes des outils qui les débarrasseront des tâches les plus répétitives et les moins intéressantes. Ils dégageront ainsi du temps pour accomplir leurs missions nobles : reportages de terrain, investigations, analyses. » 1
En plus d’avoir engagé des intelligences artificielles pour alimenter en permanence le site et accroître sa communauté, L’Équipe reste très actif sur les réseaux sociaux. Celui-ci a d’ailleurs parfaitement réussi à utiliser les nouvelles fonctionnalités de Facebook. Ce réseau social, qui est toujours le plus utilisé dans l’Hexagone et partout en Europe, met à disposition un grand nombre de systèmes de notifications personnalisables. Il offre ainsi des outils de communication variés et indispensables à la popularité du média. Cependant, ces outils exigent aussi de donner envie aux internautes de cliquer sur nos articles. Pour la moindre petite information, on doit réussir à la transformer en véritable buzz. On est pleinement entré dans une ère du sensationnalisme. Plus il y a de visites, plus il y a d’annonceurs importants et plus cela génère des revenus. Nos salaires sont d’ailleurs définis par cela : des primes nous sont attribuées en fonction de la popularité de nos articles.

La réalité augmentée permet de consommer l’information différemment

Le patron du média sportif s’est toujours dit qu’il fallait se démarquer des concurrents pour pouvoir percer dans le milieu du sport. Un milieu qui s’est énormément transformé en une dizaine d’années. Depuis les Jeux-Olympiques 2024 de Paris, de nombreux investisseurs ont racheté les plus grands clubs sportifs français. Mais c’est surtout autour du E-Sport que notre métier a considérablement changé. Intégré pour la première fois aux J-O de Tokyo en 2020, les compétitions de jeux vidéos ont tout de suite plu aux spectateurs. Paris avait pris le risque de l’intégrer dans son édition et cela avait très bien fonctionné. Depuis cette période-là, L’Équipe a décidé de consacrer autant de rubriques au E-Sport qu’au football ! Un changement majeur, car le foot restait le sport numéro un en France. Étant arrivé à un moment où le milieu du football était bouché, j’ai préféré me spécialiser dans le E-Sport et j’ai finalement pu intégrer L’Équipe.
Le fait de ne traiter que d’un seul sport m’a permis d’approfondir mes connaissances dans ce domaine et ainsi de mieux répondre aux attentes des lecteurs. A ce sujet, les internautes ont la possibilité de nous partager une liste de sujets qu’ils souhaitent voir traités. Chaque semaine, l’ensemble des rédacteurs se réunissent et se répartissent les thèmes à traiter parmi les plus populaires aux yeux des lecteurs. Le fait de ne plus avoir à réaliser les brèves nous permet de nous concentrer pleinement sur ces projets. Bien sûr à côté de ceux-ci, nous pouvons nous consacrer aux dossiers qui nous intéressent et que l’on pense pertinent de publier. Par exemple, je profite de mon voyage à Los Angeles pour finaliser un portrait sur un jeune E-Sportif qui voit sa notoriété accroître depuis quelques mois. Il est vrai qu’on peut rapidement se perdre dans les nombreux projets que l’on a en cours, mais L’Équipe a trouvé un moyen de nous aider. En accédant au portail intranet du site web, des intelligences artificielles nous rappellent les tâches que l’on doit réaliser. En plus de cela, nous donne un maximum d’informations sur nos thèmes. Par exemple, pour le portrait que je dois traiter, “ces robots” m’ont donné accès à plusieurs informations personnelles du jeune homme. Je peux retrouver la photo, le numéro de téléphone ou encore les différents articles traités sur lui. Une base de donnée considérable qui permet de se lancer pleinement dans la rédaction. Toutes ces informations proviennent des archives du média sportif, mais aussi d’un travail des gestionnaires qui mettent à jour régulièrement toutes ces données. Tout un contexte qui permet actuellement à L’Équipe d’être le pilier dans son domaine.

Crédit photo : CNEWS Matin – Microsoft a imaginé des personnes regardant le Superbowl en réalité augmentée.

D’ailleurs, le média sportif a tenté un coup pour ces Jeux-Olympiques. Il a offert la possibilité à ses abonnés d’acquérir un casque de réalité virtuelle à moindre coût. Ce casque est assez incroyable, car il permet à l’utilisateur d’être placé dans la tribune et de pouvoir sentir au mieux l’ambiance de l’événement. Ce qui est encore plus intéressant pour l’utilisateur concerne le traitement de l’information. Dès qu’un article, en rapport avec le sport que l’utilisateur regarde, voit le jour, il est notifié à travers la réalité augmentée. En choisissant de cliquer dessus, l’information se déroule devant ses yeux, sur un fond transparent pour pouvoir continuer à suivre la rencontre dans le même temps. Bien sûr, s’il ne souhaite pas être dérangé durant l’événement, il peut très bien désactiver ce système. Après l’avoir essayé durant un plus petit événement, j’ai été bluffé. On se sent au cœur de l’ambiance et cette sensation est complètement différente de le regarder devant sa télévision. Cette innovation ne vient de voir le jour qu’il y a quelques mois et de ce fait, il n’y aura qu’un accès pour le Stade et la Piscine Olympique. Ce qui est déjà très pratique, car la plupart des épreuves très attendues se déroulent dans ces deux lieux. Après avoir rapidement rappelé le contexte qui entoure le média sportif pour lequel je travaille, il est temps pour moi de me remettre au travail.

Les lives donnent de l’importance aux internautes

Hier, j’ai pu vivre la cérémonie d’ouverture des J-O sans avoir à travailler, mais pour cette première journée d’épreuve, je vais devoir me mettre à rédiger. Je profite du long trajet qui sépare l’hôtel de la salle E-Sport Olympique pour préparer l’ébauche de mon premier article. Muni de mes écouteurs avec micro, je parle à haute voix et mon portable retranscrit mes propos. Cela fait des années maintenant que je me sers principalement de mon téléphone pour la rédaction de mes papiers. Si je garde toujours mon ordinateur sur moi, celui-ci sert exclusivement à rechercher des informations et à la publication finale des articles. Même si désormais la fonctionnalité pour accéder au tableau de bord d’un site est plus pratique sur Smartphone, je suis resté de la « vieille école » et je préfère le faire de mon PC. Après quelques minutes, je suis enfin arrivé dans la salle. Si du monde est présent pour l’événement, le E-Sport ne fait pas encore l’unanimité aux États-Unis. Cela tombe bien, car mes supérieurs m’ont proposé de réaliser un papier d’ambiance sur cette première journée de compétition. Je m’installe tranquillement en fin de salle pour observer l’atmosphère. Ne plus avoir à retranscrire les résultats me réjouit d’avance, car il y a énormément de rencontres en même temps. Dès la fin des premières parties, je me dirige vers plusieurs spectateurs pour leur demander leur ressenti. Portable à la main, mon application retranscrit les propos des diverses personnes interrogées. Les avis sont très partagés et cela est très intéressant, car je vais avoir de quoi dire dans mon article. Je me dirige donc vers un open-space dédié à tous les journalistes. Je dois avoir publié l’article pour 14h, alors il ne faut pas que je traîne. Plusieurs endroits comme cela sont situés autour des grands lieux. Ces salles permettent aux rédacteurs d’être plus tranquilles. Après avoir montré ma carte de presse, je peux rentrer dans le bâtiment. En plus d’offrir plusieurs moyens de restauration, la salle est équipe de la WIFI. En quelques minutes, je termine mon article grâce aux interviews retranscrites sur mon téléphone. Dès la fin de celui-ci, je peux me connecter sur mon PC pour le publier sur le site web. Arrivé sur mon tableau de bord, je met l’article dans ma zone de texte et je choisis les titres pour les réseaux sociaux. Après avoir choisi l’image et un titre aguicheur, je peux publier l’article. Avant la publication officielle sur le site web, les intelligences artificielles vont pouvoir de nouveau travailler. A ce moment-là, pendant quelques minutes « ces robots » corrigent et reformulent certaines phrases pour rendre le contenu plus propre. Toutes les fautes d’orthographe sont corrigées et les phrases peu compréhensibles sont modifiées. Dès la fin de cette vérification, le module me montre les modifications et quand je les valide, l’article prend vie sur le site. En quelques secondes, je reçois la notification que mon article a bien été publié. Une bonne chose de réalisée. Je profite d’une petite pause pour analyser mes statistiques de la semaine précédente. Une application, ressemblant à Google Analytics, nous permet de voir le trafic généré à partir de notre article. Un moyen de savoir si on a été performant durant cette période.

Crédit photo : RFI / Manon Mella – Des journalistes retransmettent un live depuis le réseau social Facebook.

Cet après-midi, j’ai été choisi pour effectuer un live sur les réseaux sociaux, avec un deuxième journaliste de L’Équipe. Depuis quelques années déjà, le média sportif a choisi de mettre ses internautes au cœur de l’actualité sportive. Tous les jours, il donne la possibilité aux lecteurs de voter pour les sujets à traiter dans la journée, et cela laisse quelques heures aux journalistes pour les préparer et en discuter avec eux. Ce rendez-vous quotidien nous rappelle que notre de métier de journaliste sportif n’a pas totalement disparu, car on réalise une tâche diverse que celle du rédacteur web. On peut discuter et argumenter autour de notre passion pour faire valoir nos idées. Après avoir pris connaissance des sujets à traiter, nous prenons un maximum d’informations avec mon collègue. Dès que cette collecte est terminée, nous démarrons le live dans un local que le comité olympique nous a prêté. Le live se lance et nous sommes mis en avant sur le site internet et rapidement partagés sur les réseaux sociaux. Au bout de quelques secondes, plusieurs centaines de personnes sont en train de poser leur question. Une intelligence artificielle arrive à mettre en exergue les questions les plus pertinentes, grâce à un système d’identification des principaux mots-clés en corrélation avec les sujets, et cela nous permet de débattre. Après près d’une heure de live, celui-ci se termine et marque la fin de ma première journée olympique. Le temps de rentrer à l’hôtel, je profite de la localisation pour m’informer sur l’actualité de la Californie. Une première journée qui me rappelle pourquoi j’ai toujours rêvé devenir journaliste sportif.

Le Monde, mars 2010.

SOURCES :

Bibliographie :

  • ANTHEAUME Alice. 2016.Chapitre 7 – Les robots de l’information. Le journalisme numérique, Deuxième édition. 208 pages.
  • CHARON Jean-Marie. 2010. De la presse imprimée à la presse numérique. Réseaux, Volume 160-161. 344 pages. doi : 10.3917/res.160.0255.
  • GREINER Dominique. 2010. La presse écrite face au défi du numérique. Transversalités, Volume 116. 185 pages. doi : 10.3917/trans.116.0079.
  • MOROZOV Evgeny. 2012. Un robot m’a volé mon Pulitzer. Le Monde Diplomatique, Volume 702. 28 pages.
  • NEVEU Erik. 2013. Sociologie du journalisme. Repères. 128 pages.
  • SCHERER Eric. 2011. A-t-on encore besoin des journalistes ? Manifeste pour un « journalisme augmenté ». Presses Universitaires de France. 189 pages.
  • SINCLAIR Anne. 2013. Mort de la presse écrite, survie du journalisme. Le Débat, Volume 176. 192 pages. doi : 10.3917/deba.176.0101.

Webographie :

Le métier de data-journaliste en 2031 : vers une disparition de l’écrit ?

Paris, le 16 avril 2031. Le journalisme a bien évolué. La rédaction web n’est plus ce qu’elle était car les internautes ne lisent quasment plus. La seule information qu’ils acceptent est celle qu’ils peuvent voir d’eux-mêmes, sans l’analyse d’un tiers. L’écrit et l’investigation ont laissé place aux images, aux vidéos, aux infographies et à l’immersion.  Au travers de ce récit d’une journée classique passée au sein d’une rédaction en pleine élections présidentielles, découvrez l’évolution et le passage d’un journalisme web et écrit à un journalisme imagé, virtuel et presque immatériel où l’homme disparaît pour ne laisser place qu’à l’information seule.

 

8h30 : Un dimanche matin comme les autres, ou du moins, pas vraiment. Ce soir nous saurons enfin qui gouvernera la France durant les cinq prochaines années. Ma journée va être chargée, il ne faut pas que je sois en retard. Je monte dans mon Uber, direction la rédaction.

8h58 : J’arrive au bureau et sans grande surprise, les couloirs sont déserts tout comme les postes de travail. Depuis l’annonce du plan social, notre employeur a éliminé les journalistes un à un. « Nous n’avons plus les moyens de tous vous garder » nous ont-ils dit, mais la vérité est qu’ils ne veulent plus investir d’argent dans nos salaires, mais dans une autre cause bien plus intéressante pour eux. Les bureaux sont vides ? Ce n’est pas tout à fait vrai. GATA est là. GATA, c’est le robot-rédacteur qui travaille avec nous depuis 5 ans. Si un jour on m’avait dit que mon collègue de travail serait une machine… Pourtant, j’aurai dû voir cela venir. En 2018, année durant laquelle je suis arrivée dans cette boîte, la presse papier se portait mal, mais notre journal demeurait encore l’un des premiers vendus au format papier : 250 000 exemplaires distribués en France. Néanmoins, le journalisme traditionnel avait déjà engagé son grand virage vers le web. En tant que journalistes, nous sentions déjà le vent tourner et tout emporter sur son passage. Ses premières victimes ? Ceux qui travaillaient dans la presse écrite. Ce pôle a été fermé en 2025. Il ne rapportait plus assez car les journaux papiers ne se vendaient plus autant que les numériques. Au départ, la majorité des journalistes papiers ont été déplacés au pôle web. Mais cela n’a pas été suffisant. Nous n’étions plus assez rapides, plus assez pertinents. Le monde nous trouvait trop subjectifs, plus assez indépendants. En somme, on faisait mal notre boulot. Alors, ils ont réfléchi à de nouvelles solutions, et les robots-rédacteurs sont arrivés : plus rapides, plus objectifs, plus économiques en l’absence de taxes salariales. Que demande le peuple ! La rédaction a ainsi accueilli sont tout premier robot, et dit en même temps adieu à un des journalistes web, et ainsi de suite. Les robots ont envahi le bureau et les rédacteurs s’en sont allés. Moi et deux autres collègues sommes des survivants mais nous avons dû faire des concessions. Fini la sécurité de l’emploi ! Nous avons laissé aux robots nos précieux CDI, et accepté de signer des contrats à durée déterminée. Cela fait aujourd’hui 2 ans que je travaille sans aucune assurance, entourée de robots qui eux, sont sûrs d’être encore là demain. D’ailleurs, il n’est que 9h15 et GATA a déjà écrit près de 300 articles. Il faudrait peut-être que je m’y mette aussi.

12H32 : Pause-déjeuner. Je peux enfin prendre le temps de manger un bout. J’en profite pour regarder les articles que GATA a posté pendant la nuit. Aucune faute, objectif, clair et concis, il n’y a pas à dire ! Je ne sais pas si j’aurais moi-même pu écrire des papiers d’une telle qualité !

13H41 : Je me remets sur mon poste de travail. Quels seront les sujets que je traiterai cet après-midi ? Je lance l’application Signal de Facebook qui me permet de détecter les sujets les plus en vogue et les tendances qui monteront sur l’ensemble des réseaux sociaux d’ici quelques heures, et je me lance. Il faut que je fasse cinq infographies avant d’avant d’attaquer la suite. Je ne sais pas si je vous l’ai dit, mais cela fait 2 ans que je ne suis plus journaliste web. Les seuls à rédiger ici sont les robots. Plus personne ne lit sur Internet. Les internautes n’ont plus le temps. C’était déjà le cas il y a une dizaine d’année où l’on ne cliquait même plus sur les articles pour les lire. On se contentait uniquement du titre, d’où d’ailleurs la naissance du métier de titreur. Aujourd’hui, on se contente de faire du contenu visuel attrayant ! Plus les articles sont courts et mieux c’est. D’ailleurs, c’est un critère essentiel dans le nouvel algorithme de référencement de Google. Il faut aller à l’essentiel, quitte à parfois négliger le fond. Nous par exemple, on ne rédige plus d’enquêtes. Tout se fait en vidéo ou en gif : des sortes de récap’ de l’actualité. Les internautes veulent être capables de saisir l’information principale en un claquement de seconde ou en un coup d’oeil. Lire des articles de fond de trois pages ne les intéresse plus. C’est pourquoi je suis passée de journaliste presse écrite et web, à ce que l’on appelle une data-journaliste. Je créé des contenus interactifs, faciles à comprendre et rapides à consulter. Avec le BIG DATA toujours croissant, un nouveau problème se posait à savoir la possibilité de naviguer dans un énorme flux de contenu pour y puiser les sujets qui feront l’objet d’un article. Cette sélection rapide et pertinente d’informations est désormais possible grâce aux robots-rédacteurs. Dans le cadre de ces élections par exemple, je travaille de pair avec GATA. Il nous est de façon logique impossible de couvrir la totalité des communes françaises. GATA va ainsi récolter l’ensemble des données disponibles sur chaque commune pour en faire des brèves, dès que les résultats tombent dans une commune précise. Elle est capable d’analyser des informations contenues dans de gros volumes de textes. Elle extrait donc les informations essentielles à exploiter et en fait des articles. Elle m’envoie ensuite les informations principales à mettre en valeur dans mes infographies. C’est rapide, efficace et cela nous permet aussi de faire des économies. Plus besoin de payer des journalistes reporter et de les envoyer sur le terrain. Tout se fait depuis la rédaction. Concernant le fact-checking, nous utilisons l’outil « Content check » qui automatise la vérification de nos données et leur contextualisation, en fournissant des faits, des chiffres, des données, selon un contexte, un propos, etc.

15H03 : Marie vient d’arriver. Marie, c’est l’une des seules personnes encore humaine qui travaille à la rédaction. Ancienne youtubeuse aux millions d’abonnés, aucune formation en journalisme mais une véritable professionnelle en community managment mais aussi et surtout en réalité virtuelle ! Elle travaille au pôle immersif de la rédaction ! Son objectif du jour : couvrir la prise de parole du nouveau président en réalité virtuelle et proposer sur les réseaux sociaux des vidéos immersifs en 360° ! Tous nos spectateurs équipés de casque de réalité virtuelle pourront ainsi assister au discours du président comme s’ils se trouvaient à l’Elysée. En 2017, lorsque la chaîne CNN avait lancé son tout premier reportage immersif « Surviving Alepo », nous plongeant au cœur de la ville syrienne d’Alep ravagée, ce fut une véritable révolution ! La vidéo avait à l’époque attiré des millions de spectateurs, mais les casques de réalité virtuelle n’étaient pas encore réellement démocratiser. A plus de 600€ le casque, beaucoup s’étaient vu privés de ce privilège. Aujourd’hui, toutes les rédactions sont équipées d’un pôle VR comme le nôtre car les casques de réalité virtuelle sont devenus monnaie courante. D’ailleurs, Marie m’appelle et me demande d’effectuer quelques tests. Je sors mon Iphone 18x et branche mon casque. Je me connecte tout d’abord à l’application de la rédaction. En attendant l’annonce du président, nous proposons aux Français des immersions dans les mairies des 15 plus grandes villes de France. Paris, Lille, Marseille, c’est comme si je me téléportais aux quatre coins du pays. Tout est opérationnel. Vient maintenant le tour des réseaux sociaux. Je débranche mon casque de mon téléphone et le branche à mon ordinateur. Sur Facebook, l’immersion est de très bonne qualité. On s’y croirait presque ! Mais depuis Instagram, le live semble bugger. Je transmets l’information à Marie. Tout doit être prêt à 19 h !

19H04 : Les lives immersifs sont prêts. Actuellement, prêt de 500 000 français nous ont rejoint sur notre direct immersif en 360. C’est parfait ! Plus qu’une heure avant l’annonce du nouveau président. Mais c’est encore l’effervescence à la rédaction. Je ne vous l’avais pas dit mais ce soir, nous recevons un invité de prestige : le président en personne nous accordera son tout premier entretien. On le reçoit ? En réalité, pas vraiment. C’est son hologramme que l’on accueillera grâce à la toute nouvelle application holographique Leia. C’est la solution qu’il a trouvé pour nous accorder un entretien non seulement à nous, mais aussi aux autres groupes de presse. Chacun à notre tour, nous aurons 15 minutes pour poser des questions au chef de l’Etat. Notre entretien sera retransmis sur les réseaux sociaux et les internautes pourront poser leur question en direct.

20H00 : Le nom du nouveau président est annoncé.

20H30 : Il énonce son discours que nous retransmettons en réalité virtuelle.

21H02 : C’est l’heure de la conférence de presse holographique. Le double du président est là, à la rédaction. Mais ce n’est non pas nous qui lui posons des questions, mais les internautes sur les réseaux sociaux. Cela est rendu possible grâce à une toute nouvelle technologie du nom de RES3, spécialisée dans le prétraitement des données issues des réseaux sociaux. Cette plate-forme nous permet d’analyser en temps réel les opinions exprimées sur les différents réseaux sociaux. Les internautes commentent l’événement sur internet ou sur notre application. RES 3 qui est également un chatbot, à savoir un robot conversationnel, se charge de répondre aux questions que les internautes se posent sur les présidentielles. « Qui propose d’augmenter les impôts ? Quel est le bureau de vote le plus proche de chez moi ? »… Quelque soit la question posée, il suffit de l’envoyer en message privé au compte de la rédaction sur Facebook, Twitter ou Instagram, et il se chargera de répondre. RES 3 s’occupe parallèlement de collecter chaque question au président et grâce à un algorithme, ressort celles qui reviennent le plus souvent. C’est RES 3 lui-même qui pose alors ces questions des internautes au nouveau chef d’Etat. Grâce à cela, ces derniers ont le sentiment de s’adresser au président sans qu’un tiers interfère. C’est ce qu’ils recherchent à tout prix : la transparence. Ils veulent l’information sans celui qui la transmet. Ils veulent voir le président en réalité virtuelle et avoir l’impression d’être à ses côtés. Ils ne veulent plus d’intermédiaire car ils craignent d’être influencés par les médias. Pour mettre en forme cette transparence, le journaliste doit se faire petit et donner l’illusion de ne pas être là. Il doit disparaître pour laisser la place à l’information seule. L’internaute veut se faire sa propre opinion seul, à partir de ce qu’il voit. Le fond n’est plus synonyme de profondeur, de réflexion, d’analyse et de sources vérifiées. Le fond, c’est la possibilité de voir l’information soi-même, de ses propres yeux. Le journalisme écrit est presque mort. Il a cédé sa place au journalisme visuel, virtuel ou immersif.

Un hologramme du candidat à la présidentielle Jean-Luc Mélenchon, visible le 18 avril 2017 à Montpellier ©ANNE-CHRISTINE POUJOULAT, AFP

 

22h18 : Le président vient de terminer sa conférence de presse. Les internautes semblent plutôt satisfaits. Je peux donc rentrer chez moi. Aujourd’hui j’ai accompli mon métier de data-journaliste. Peut-être que demain, mon métier aura encore évolué ou aura tout simplement été remplacé par une toute nouvelle technologie. Existera-t-il encore des journalistes ? Je ne saurais le dire, mais ce qui est certain, c’est que je n’en ferai sans doute pas partie. Mon CDD prend fin ce soir.

Aujourd’hui, la médiation journalistique est de plus en plus remise en question. L’écrit symbolise le temps, la subjectivité de la personne qui rédige et de ce fait un intermédiaire en qui les citoyens ne font plus confiance, le problème de l’indépendance des médias étant de plus en plus pointé du doigt. Avec l’arrivée des robots-rédacteurs, les journalistes web s’inquiètent ainsi de voir leur métier disparaître, comme c’est aujourd’hui le cas pour les journalistes de presse écrite. Ils sont plus rapides, plus économiques, ils ont la capacité de gérer, d’analyser et d’effectuer une sélection au sein d’une masse importante de données, et sont en plus de cela plus objectifs que l’homme. A ces problématiques s’ajoute le fait que les tendances culturelles ont évolué et que les internautes passent de moins en moins de temps à lire. Le journalisme visuel et immersif semble ainsi apporter une nouvelle réponse à ce problème, en faisant finalement disparaître le journaliste ou du moins en dématérialisant celui qui incarne la médiation entre l’information et l’informé.

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BIBLIOGRAPHIE

Ouvrages

• POULET Bernard, La Fin des journaux et l’avenir de l’information, Edition Gallimard, 2009.

• SCHERER Eric, A-t-on encore besoin des journalistes, Edition Broché, 2011

WEBOGRAPHIE

Articles en ligne

• D.LC, (20 avril 2017), « Présidentielle : demandez tout au « chatbot » du Parisien sur Twitter », Le Parisien. Repéré à

http://www.leparisien.fr/elections/presidentielle/presidentielle-demandez-tout-au-chatbot-du-parisien-sur-twitter-20-04-2017-6870546.php

• SHERER Eric, (25 septembre 2016), « Journalisme web : 10 tendances pour 2016 à 2026 », Meta-media.fr. Repéré à

http://www.meta-media.fr/2016/09/25/journalisme-web-10-tendances-pour-2016-a-2026.html , publié le

• LABBE Pierrick, (9 mars 2017), « Journalisme immersif : CNN lance un département réalité virtuelle », Realite-virtuelle.fr. Repéré à

http://www.realite-virtuelle.com/journalisme-immersif-cnn-vr-0903

• Columbia Journalism School (25 février 2016), « La réalité virtuelle appliquée au journalisme : un rapport », Arte.tv/fr. Repéré à

http://info.arte.tv/fr/la-realite-virtuelle-appliquee-au-journalisme-un-rapport

• OREMUS Will, (27 juillet 2014), « Journalisme-robot : le soulèvement des machines à écrire », Slate.fr. Repéré à

 http://www.slate.fr/story/90145/journalisme-robot,

• SIMON Cyril, (20 mai 2016), « Une majorité d’articles sont partagés sur les réseaux sociaux sans même être lus », Slate.fr (article repéré sur le Washington Post). Repéré à :

http://www.slate.fr/story/119811/reseaux-sociaux-lisent-titre

• GROUSSARD Véronique (11 avril 2017), « Comment les grands patrons s’emparent des médias », Le Nouvel Observateur, Repéré à :

http://teleobs.nouvelobs.com/actualites/20170410.OBS7840/exclusif-les-bonnes-feuilles-de-medias-les-nouveaux-empires.html

Les futurs enjeux du Chef de projet de communication en 2032

Déjà en perpétuelle évolution actuellement, le métier de Chef de projet de communication sera, d’ici 15 ans, au cœur de profondes transformations tant aux niveaux organisationnel qu’humain. Les nouvelles ressources, comme le Digital Labor, ainsi que la flexibilité et la modulation des équipes entraineront des changements dans la manière de gérer les projets, avec des compétences diversifiées et réunies de manière plus temporaire pour répondre aux nouveaux besoins des projets.

 

Une gestion de projet optimale

Le chef de projet de communication pensera à l’avenir sa recommandation selon deux axes, l’un optimum, et l’autre alternatif © CLAJ Rodez

Le Chef de projet de communication du futur verra évoluer les recommandations qu’il devra proposer. Actuellement, il se contente la plupart du temps de fournir une solution unique, pensée comme si celle-ci ne pouvait pas se retrouver parasitée par des éléments aussi bien externes qu’internes au client. Susan Peterson, experte Néo-Zélandaise en management de projet et en marketing, prédit à ce propos dans un article de blog que les chefs de projet devront de plus en plus à l’avenir penser une « solution alternative », pouvant répondre aux contraintes économiques des clients, dont les objectifs finaux diffèrent de ceux du chef de projet, mais aussi pouvant s’adapter aux finalités de l’entreprise.

A cela s’ajoutera le fait de planifier à son équipe des tâches plus courtes et plus facilement modulables. Ses membres seront formés à des tâches plus diverses, afin de compenser d’éventuelles absences pouvant s’avérer très préjudiciables aux projets, car comme l’indique Susan Peterson « De cette manière la perte de personnel est minimisée puisque le travail est complété en de plus petits incréments. De plus, la perte d’un membre de l’équipe clé peut être moins dévastatrice puisqu’il y a une personne de secours en place pour continuer des missions critiques. »

 

L’uberisation comme concept de gestion des compétences

L’uberisation modifiera la relation entre le chef de projet et ses collaborateurs, qui seront spécialisés dans des tâches plus spécifiques, et dont les interactions se feront principalement à distance © Philippe Peret

Le récent Forum « France, un modèle social à suivre », qui a eu lieu à Paris en 2016, a présenté un état des lieux de la situation actuelle du travail en France et de ses orientations prochaines. Il est intéressant d’observer que ses analyses présentent un concept grandissant qui devrait se généraliser au-delà du domaine de la communication : l’uberisation. Ce concept, introduit à la suite de l’arrivée d’agents économiques comme BlaBlaCar, AirBnB ou bien sûr Uber, représente l’avènement du tout numérique et peut se définir comme « un phénomène récent dans le domaine de l’économie consistant en l’utilisation de services permettant aux professionnels et aux clients de se mettre en contact direct, de manière quasi instantanée, grâce à l’utilisation des nouvelles technologies. » (Wikipédia, 2017, page sur l’uberisation).

L’avènement de l’uberisation, jumelée au nombre sans cesse croissant de personnes travaillant en freelance dans les domaines de la communication, du digital et du design, et la multiplication des compétences ciblées, principalement dans le domaine du digital,  amèneront le chef de projet à faire appel à des compétences de plus en plus spécifiques et pour des durées plus courtes. Les plateformes de mise en relation entre lui et ces acteurs seront ses principaux outils de travail. Il devra alors gérer un véritable patchwork de compétences au service des projets qu’il mène, en veillant à faire preuve de souplesse et de flexibilité, car la structure actuelle très hiérarchisée et bureaucratique sera amenée à disparaitre face aux nouvelles manières de travailler.

 

Les ressources infinies du Digital Labor

Le Digital Labor sera également un appui stratégique pour le chef de projet du futur. Ce domaine de recherche universitaire, initié en 2009 aux États-Unis par la conférence « The Internet as playground and factory », ne doit pas piéger par une traduction littérale du terme : il ne désigne pas les personnes employées dans le secteur du numérique. Comme le décrit justement Antonio A. Casilli, le Digital Labor rassemble « les activités numériques quotidiennes des usagers des plateformes sociales, d’objets connectés ou d’applications mobiles. Néanmoins, chaque post, chaque photo, chaque saisie et même chaque connexion à ces dispositifs remplit les conditions évoquées dans la définition : produire de la valeur (appropriée par les propriétaires des grandes entreprises technologiques), encadrer la participation (par la mise en place d’obligations et contraintes contractuelles à la contribution et à la coopération contenues dans les conditions générales d’usage), mesurer (moyennant des indicateurs de popularité, réputation, statut, etc.) ». Cette véritable main d’œuvre gratuite, volontaire – et la plupart du temps inconsciente de son action – permettra non seulement aux chefs de projet d’observer les comportements facteurs de partages et de participations mais aussi d’interpréter de très nombreuses informations provenant du nouvel or noir qu’est la Data, issues des actions et clics exécutés chaque jour par des millions d’internautes. Ils pourront ainsi, en fonction des possibilités d’accès de leurs entreprises à ces données et de leurs techniques d’extraction, élaborer des stratégies répondant presque parfaitement aux cibles et aux objectifs de leurs clients.

 

Le télétravail, gain de temps et d’efficacité…

Cette nouvelle manière de travailler a été introduit dans le Code du travail à l’article 1222-9 par la loi du 23 mars 2012 et est définie comme « […] une forme d’organisation et/ou de réalisation du travail, utilisant les technologies de l’information, dans le cadre d’un contrat de travail et dans laquelle un travail, qui aurait également pu être réalisé dans les locaux de l’employeur, est effectué hors de ces locaux de façon régulière ». (Accord National Interprofessionnel du 19 juillet 2005).

Les nombreux avantages du télétravail pour le chef de projet et ses collaborateurs-prestataires © zevillage.net

Une toute récente étude du Commissariat général à l’égalité des territoires (CGET), rattaché au Premier ministre, en collaboration avec le cabinet RH Kronos, permet de rendre compte de la bonne santé de ce nouveau mode de travail. On y découvre que 16,7 % des Français télétravaillent plus d’une journée par semaine, la majorité (64 %) le faisant de chez eux, et 21 % dans des bureaux mis à disposition par leur entreprise. Pour 96 % des personnes interrogées, le télétravail a des vertus permettant d’améliorer le bien-être des salariés, et 71 % d’entre elles le considèrent comme une « véritable révolution ». L’enquête indique aussi que le télétravail permet une augmentation du temps de travail de 2,5 % et d’une augmentation de la productivité de 22 %. A titre de comparaison, le pourcentage de personnes télétravaillant en 2009 s’élevait à 8,4 % (France Stratégie, 2009).

Les chefs de projet de communication, et plus largement les managers de projets, pourront avoir recours à des prestataires pratiquant cette nouvelle forme de travail. En adéquation avec le fait que son équipe sera interchangeable et modulable en fonction de ses besoins et pour des périodes plus courtes, ils pourront solliciter les freelances à distance et profiter des TIC – Technologies de l’information et de la communication – pour obtenir rapidement la prestation souhaitée ou bien échanger avec eux pour d’éventuelles modifications. Son équipe, alors désormais constituée de prestataires/collaborateurs, aura l’avantage de pouvoir s’atteler à des tâches spécifiques de manière plus rapide et plus réactive, et le chef de projet s’en servira alors tel un couteau-suisse de compétences. Elle appartiendra à la nouvelle génération de travailleurs appelés les « Slasheurs », métaphore provenant du nom de ce signe « / » et indiquant qu’ils cumuleront les compétences et/ou les emplois, soit par nécessité économique ou bien par diversification de leurs activités.

 

… Mais attention à ses effets pervers

Le chef de projet du futur aura la mission déterminante de synchroniser toutes les informations qu’il reçoit pour pouvoir les partager avec son équipe, et devra s’efforcer de la maintenir mobilisée afin d’en garantir l’efficacité. Mais sa préoccupation sera aussi de respecter la frontière de plus en plus ténue entre vie privée et vie professionnelle, pour lui comme pour ses collaborateurs. De nos jours déjà les journées de travail s’allongent, sous le poids du désir de croissance et de compétitivité des entreprises. Les acteurs des métiers de la communication n’y échappent pas, étant tenus par des délais toujours plus courts.

« Près de neuf salariés sur dix estiment que les outils connectés contribuent à les faire travailler hors de l’entreprise. »

Association pour l’emploi des cadres, 2014

La législation s’est emparée du sujet à travers la Loi El Khomri. Elle prévoit qu’à compter du 1er janvier 2017 les salariés auront un « droit à la déconnexion » une fois les horaires de travail effectués (article 55 de la Loi Travail de 2016). Cette protection juridique sera bénéfique face à la tentation qu’aura le chef de projet d’en demander toujours plus et à n’importe quel moment, oubliant peut-être de manière inconsciente que la réactivité de ses collaborateurs sera optimale grâce au télétravail.

Bien que travaillant à distance – une distance rendue relative grâce aux futurs réseaux de communication instantanés -, des réunions physiques dans des espaces dits « Living Office », concept inventé par le cabinet d’architecture d’intérieure et de solutions design Herman Miller, seront indispensables. Ces espaces seront une réponse aux prochains enjeux de condition de travail au bureau et d’optimisation du travail en équipe. Le créateur du concept le définit d’ailleurs comme « un espace de travail hautes performances, conçu pour améliorer le bien-être et la productivité des collaborateurs et aider les entreprises à atteindre leurs objectifs stratégiques. » Ces réunions physiques entre membres de l’équipe pourront être hebdomadaires, et permettront comme c’est déjà le cas aujourd’hui au chef de projet d’établir un tableau de bord de l’avancement du projet et de ses éventuels retards. Un chef de projet qui comptera sur une autre donnée de l’étude du cabinet RH Kronos, qui affirme que le télétravail permet aujourd’hui de réduire le temps de trajet domicile/travail de quarante minutes en moyenne, offrant ainsi à ses collaborateurs/prestataires de meilleures dispositions de travail, pour des résultats plus qualitatifs.

 

En conclusion

Le chef de projet de communication du futur sera au centre des nouvelles situations organisationnelles interne et externe de son entreprise. Sa prise en compte de toutes les possibilités et son anticipation de tous les problèmes – ce que Susan Peterson appelle « lire dans les feuilles de thé » – lui permettront de proposer deux types de recommandations : la recommandation optimum, idéale, et la recommandation alternative, adaptable. Le Digital Labor, véritable mine d’or d’informations collectée via les nombreuses plateformes Internet et applications lui offrira suffisamment de données pour concevoir des stratégies efficaces, répondant en théorie parfaitement aux attentes des cibles et des objectifs de ses clients. La prise en compte des turn-over des équipes – dont la sienne – l’amèneront à fractionner ses besoins par types de compétences. Ce seront les freelances, ayant l’avantage d’être flexibles, qui offriront au chef de projet l’équipe modulable dont il aura besoin. La plupart du temps depuis leur domicile grâce au développement du télétravail, ils apporteront un gain de temps non négligeable et pourront partager leur travail de manière collaborative grâce aux TIC – Technologies de l’information et de la communication – tout en bénéficiant de condition de travail plus souple, n’ayant plus à subir le temps de transport domicile-travail et leur permettant de pouvoir travailler sur plus de projets et pour différents clients. A condition que le chef de projet réussisse à respecter la frontière entre la vie privée et la vie professionnelle de ses collaborateurs, afin de ne pas remettre en cause le fonctionnement même de son équipe.

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Sources/Webographie

Blog professionnel

Études

Articles de journaux et magazines en ligne

Wiki

Textes officiels

Site Internet professionnel

 

Thématiques traitées :

  • Univers clos vs ouverts
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  • Connecter vs déconnecter
  • Corps et information
  • Médiation, infomédiaires
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  • Environnement transmédia
  • Visualisation de l’information

De chargé de communication interne aux agences chargées d’information

digitalisation communication interne

 

De chargé de communication interne aux agences chargées d’information, la transmission de l’information interne en entreprise a grandement évolué depuis quinze ans. L’explosion de la digitalisation et le recours de plus en plus systématique aux agences ont accéléré la disparition du métier de chargé de communication interne. Retour sur ce changement qui a révolutionné la diffusion de l’information en entreprise.

 

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« Commenter un événement sportif en 2037 »

Du match de football à celui de basket, en passant par une course cycliste et un tournoi de pétanque, le choix du programme risque encore une fois d’être difficile pour les amateurs de sport. Une multitude d’événements sportifs sont en effet quotidiennement retransmis en direct à la télévision, sur des chaînes classiques (TF1, Canal +, France 2) ou spécialisées (Bein Sport, L’equipe 21, SFR Sport). La diffusion de l’événement s’effectue généralement en live vidéo et des commentateurs se chargent d’en décrire le moindre détail, mêlant la description à l’expertise, tout en assurant la transmission d’émotions.

Le métier de commentateur sportif à la télévision aura-t-il radicalement changé d’ici vingt ans ?

Le journalisme du futur, Magazine

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La communication événementielle dans 15 ans

Comment sera le métier de responsable de communication  événementielle dans 10-15 ans ? Que sera l’événementialisation ?

 

Dans 10ou 15 ans j’espère travailler dans la communication événementielle, et pourquoi pas rester et évoluer chez Axium Marketing, agence de communication événementielle spécialisée dans le secteur du tourisme, dans laquelle je suis en stage et serai embauchée à partir de septembre.

Comment évoluera l’événementialisation ?

Saura-t-on capter l’attention ?

 

 

 

Tout d’abord : qu’est-ce qu’un événement ?

 

Il est important de réfléchir sur tout le contenu dans les processus de communication qu’on observe aujourd’hui. On doit se soumettre à une logique d’événementialisation, être un événement.

La logique d’événementialisation est la suivante : qu’est-ce qui fait que cela va prendre la forme d’événement ?

Un événement est un fait digne d’intérêt. Il rassemble physiquement, ou virtuellement des gens dans le but de divulguer une information. Il doit attirer l’attention des gens, des participants. Prenons l’exemple des collections du Louvre : elles présentent de l’intérêt, elles attirent l’attention. Pas d’intérêt valable sans attention, sans buzz.

L’attention est aujourd’hui quelque chose de rare et de difficile à obtenir.

En effet, l’attention de l’être humain est limitée. En termes quantitatif celle-ci est stable. Cependant physiquement notre attention et notre concentration ne sont pas illimitées. Or nous sommes dans une époque où notre attention est constamment sollicitée. En effet l’offre du contenu est dans la profusion, la surabondance. L’intérêt ne suffit plus. Il faut maintenant attirer, capter et garder l’attention. Il est aussi très important d’apprendre à maîtriser celle-ci.

Un événement est quelque chose qui arrive, advient. On part d’un état continu, et tout d’un coup quelque chose bouleverse le quotidien. Ce quelque chose est une rupture, une véritable effraction dans un ordre. Un événement rime avec changement. C’est le passage du permanent à de l’impermanent. L’événement est la focalisation de quelque chose.

Le temps d’un événement est important, sa préparation, sa durée, son impact dans le temps. L’événement introduit un rythme : il y a des temps forts, des temps plus faibles, des accélérations, des décélérations. L’événement en lui-même a un début, un milieu, une fin.

L’espace d’un événement est également d’importance majeure : est-ce un lieu où une plateforme virtuelle ? Si c’est un lieu, en quoi influence-t-il ? Si c’est sur une plateforme web, quelles conséquences cela a ? La Museum Week est un événement d’influence majeure.  En effet c’est le premier événement mondial d’art sur Twitter. Nombreux sont également les événements sur Facebook. Il n’y a pas d’espace matériel où se rendre il faut aller sur Twitter/Facebook. Lorsque l’on se rend physiquement à un événement c’est très différent de la participation virtuelle. Le fait de s’y rendre physiquement est plus marquant, mais le virtuel a une portée plus grande, puisqu’elle peut toucher, recueillir un nombre illimité de personnes.

Le collectif d’un événement est aussi capital, il influencera sur les conséquences de l’événement.

Le corps humain est le point le plus important d’un événement. Sans cela, il n’y aurait aucun intérêt à en faire. En effet sans l’attention biologique, cognitive et neurologique, aucun intérêt d’organiser un événement puisque le but de celui-ci est de faire passer un message à l’être humain. Le fait de se déplacer est aussi important.

Il existe aussi des dispositifs rétrospectifs : quelque chose qui ne semble pas être un événement en est en fait un. C’est ce qu’on appelle aujourd’hui le buzz.

 

 

Qu’est-ce que l’événementialisation ?

L’évenementialisation n’est pas une technique nouvelle. Cependant elle bénéficie aujourd’hui de plusieurs atouts. Tout d’abord : La mondialisation permet de faire de fortes économies d’échelle. Une réussite peut faire le tour du monde à la vitesse de la lumière. De plus, les coûts de campagne publicitaires sont bien moins élevés et ont beaucoup plus de répercutions. Enfin l’événement tend à faire du participant un véritable acteur : un individu qui a le sentiment de vivre une expérience, de partager un moment privilégié où il est en phase avec la communauté.

On est donc loin des médias traditionnels et de leur passivité. Une vérité reste : la concurrence est rude. Dès qu’il s’agit d’événement il y a une importante réflexion stratégique. Le lien avec la marque, sa personnalité, est capital. La mémorisation d’un événement est due à sa différenciation avec les autres événements, à son enracinement avec la marque, et donc sa différence.

L’événementialisation consiste avant tout à faire passer un message généralement simple par une action telle que son expression. Ce message devient un objet de discussion, de polémique, de commentaires dans le but de démultiplier l’attention, les avis et donc la médiatisation. L’événementialisation d’une campagne cherche le « choc », qui va créer l’effet démultiplicateur par le buzz. L’événementialisation doit être source de dialogue. La modernité de la communication est aujourd’hui la multiplication des présences de la marque. Comment les présences de la marque se multiplient-elles ? Par des expériences étonnantes et inattendues, et par la création de liens et de relations plus fortes avec la cible. L’événementialisation est en réalité la revalorisation de la surprise, une forme d’anti-banalité qui n’a rien à voir avec ce que proposent les médias traditionnels. L’événemmentialisation est aussi la preuve de l’intégration du fait que la multiplicité des réseaux (réseaux, blogs, réseaux sociaux) combat les monopoles d’opinion. Ce sont en effet de nouveaux influenceurs qui amplifient les informations qui auraient dues être passées sous silence. Lorsqu’une marque devient un événement urbain, elle fait d’un discours utilitaire. D’une certaine manière elle participe à la vie quotidienne, elle transforme, l’embellit,  l’éloigne du quotidien banalisant.

Pour que l’événementialisation soit un succès cela passe par des règles strictes

Un événement ne peut être médiocre. Son idée, ainsi que son exécution, le choix des supports adéquats, les périodes d’action, la préparation, La majorité des actions événementielles coûtent moins chères qu’une campagne média, il ne faut cependant pas sous-estimer l’importance de la mobilité interne, les dépenses annexes, le suivi.

Les trois impératifs d’un événement sont les suivants : une préparation parfaite, une mobilisation pour faire de l’action un véritable événement, et un suivi absolument impeccable pour faire vivre l’événement, et faire la de « surprise agréable », la soirée à ne surtout pas manquer.

Bien trop souvent une idée originale pêche à cause d’un manque de rigueur quant à la détermination des relais d’opinion, une connaissance trop faible des décideurs vraiment importants.

Une campagne événementielle efficace unit cohérence et performance et reflète les dimensions clefs du marketing moderne : l’événement doit faire parler, impliquer les gens, proposer une expérience à faire partager, et enfin démontrer la valeur sociétale de la marque, et pas seulement sa marque marchande, elle doit être valorisée.

 

Dans 10-15 ans, l’événementialisation sera toujours aussi importante mais plus difficile car se différencier va devenir de plus en plus compliqué. Il faudra vraiment personnaliser l’événement selon la marque, l’adapter à celle-ci. Il y aura une véritable avancée de la technologie, à un point que l’on peut imaginer, car déjà aujourd’hui il n’est pas évident de la suivre, on est souvent dépasser par le progrès. Dans 15 ans le progrès fera partie intégrante du quotidien. Dans le cadre d’Axium Marketing, nous organisons des workshops : ce sont des événements où l’on rassemble des professionnels du tourisme pour leur présenter et leur vendre au mieux la destination en question. J’ai commencé ce stage en janvier 2016, et en juin 2016 j’ai déjà vu une avancée technologique : le dernier workshop que nous organisons propose des lunettes 3D où l’on peut, dès qu’on les met, voir la destination comme si nous y étions. Dans 10 ou 15 ans ce sera le lieu lui-même qui, grâce à l’avancée de la technologie sera en 4 dimensions. La nouvelle technologie s’appliquera aux événements afin de surprendre le participant par son décor, mais également aux réseaux sociaux, ils seront de plus en plus performants. A tel point, que de nombreux métiers vont disparaître : les réseaux sociaux vont faire disparaître les journalistes : les informations seront relayées par les personnes présentes aux événements. Il faudra alors que les journalistes n’aillent plus chercher l’information mais la traitent. Pour ce qui est d’une responsable de communication événementielle il ne s’agit plus seulement d’organiser des événements et d’en assurer le suivi, il faudra de plus en plus traiter les informations des participants à l’événement qui vont devenir plus que des participants : de véritables acteurs.

D’après Geoffrey Dorne, de l’agence de communication événementielle Ondine, beaucoup de choses prennent aujourd’hui la forme d’événements, et ce sont autant de moments privilégiés de création de contenu.

Quel type de contenu cela peut-il être ? Ces contenus peuvent être : des tweets, des photos, des vidéos. Ils sont créés en temps réel par les participants. Aujourd’hui ces contenus ne sont pas assez valorisés. L’agence Ondine propose de les rassembler sous forme de « sumrise ». Il comporterait le top 10 des tweets, des photos, vidéos, retombées sur Facebook.

L’événement sera beaucoup plus participatif : en effet on parle maintenant d’une éditorialisation collaborative d’un événement.

 

 

Actuellement, il existe une application appelée « Spot Me » : elle permet de profiter pleinement aux événements, salons professionnels auxquels on participe. Cette application permet de voter, de poser des questions, d’échanger des messages, des cartes de visites digitales, d’organiser des événements, de compléter des enquêtes, de créer des agendas personnels, de suivre des présentations, de prendre des notes, d’épingler des thèmes… Cette application est une agence de communication à elle toute seule. Pour l’instant cette application est encore peu connue, mais d’ici 10 ou 15 ans je pense que les événements seront essentiellement organisés de cette façon. Mieux encore qu’une agence de communication événementielle, cette application permet un véritable profilage des participants.

 

Il faudra de plus en plus créer le buzz, et démarquer des autres, faire parler de soi.

Aujourd’hui une blague à la télévision devient un événement le lendemain. Prenons l’anecdote de la gifle de Joey Star à Gilles Vernez : moment qui semble sans grand intérêt et anodin est devenu un immense buzz sur la toile le lendemain.

C’est moins long à organiser mais il y a beaucoup de propos à gérer tout de même.

 

Pour la protection, il y a les options de Opt-in et Opt-out :

-Opt-in : je dois donner mon consentement pour que mes données soient captées.

-Opt-out : mes données sont captées sans qu’on ne me demande quoi que ce soit.

 

 

Conclusion :

 

Dans 10 ou 15 ans le métier de responsable de communication événementielle va beaucoup changer : il n’y aura plus de participants mais de véritables acteurs. Il faudra donc traiter leurs données. Les événements seront beaucoup plus participatifs qu’ils ne le sont aujourd’hui. Les nouvelles technologies évolueront encore et permettront des événements plus surprenants, plus réalistes, ce seront de véritables voyages vers les destinations que nous vendons. Ces nouvelles technologies et les nouveaux outils qu’elles entrainent permettront un marketing bien plus performant, un profilage extrême et par conséquent des possibilités de protection plus efficaces également.

 

 

WEBOGRAPHIE :

 

DORNE Geoffrey, page d’accueil de l’agence Ondine

http://graphism.fr/crez-votre-rsum-dvnement-avec-sumrise/

 

MERZEAU Louise, Editorialisation collective d’un événement, Presse universitaire de Bordeaux, 2012, pages 105 à122

http://www.cairn.info.faraway.u-paris10.fr/article.php?ID_ARTICLE=COMOR_043_0105&DocId=296724&hits=6367+4739+3831+

 

 

Projet IONIS Brand Culture Linkedin : marque et événementialisation (Slideshare)

http://fr.slideshare.net/IONISEducationGroup/ionis-brandculturecas37evenementialisation

 

Application Spotme.

https://www.spotme.com/