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Hollywood, la machine à faire valser les showrunners

Showrunners

Télévision – Têtes pensantes des séries américaines, les showrunners font malheureusement plus souvent parler d’eux pour leur tendance à quitter le navire que pour le travail de titans qu’ils accomplissent. À l’occasion de la sortie du documentaire Showrunners: The Art of Running a TV show, retour sur un phénomène qui donne le tournis et qui n’est pas sans conséquences sur la qualité des séries concernées.

Pour tout fan de séries qui se respecte, les showrunners, ces auteurs-producteurs qui chapeautent dans l’ombre nos séries préférées, sont tout simplement comparables à Dieu. Responsables de tous les aspects créatifs et financiers d’une série, leur toute-puissance est pourtant relative et il arrive qu’un showrunner, qu’il soit ou non le créateur de la série qu’il supervise, quitte un jour ses fonctions. Et lorsque cela se produit, ces départs ont souvent des répercussions sur la qualité des saisons suivantes.

Des départs en bons termes… et d’autres qui le sont moins

La série "Castle", à l'antenne depuis 2009

La série « Castle », à l’antenne depuis 2009

Chez les scénaristes comme ailleurs, il arrive parfois un moment où l’on a envie de passer à autre chose. C’est ce qui est arrivé en juin dernier à Andrew Marlowe, le créateur de la série Castle, qui, après six saisons, a passé le flambeau de showrunner à David Amann afin de se consacrer à d’autres projets.

Pourtant ce sont rarement ces départs à l’amiable qui font les gros titres. On préfère en effet s’intéresser aux showrunners qui s’en vont à la suite de tensions, que ce soit avec le studio qui produit la série, la chaîne qui la diffuse, ou encore avec un des acteurs principaux. Les communiqués font alors état de « différends artistiques », terme flou qui signifie simplement que les frictions ont atteint un point de non-retour.

Les « différends artistiques », ou l’ennemi des scénaristes

Dan Harmon, plus fort que la volonté des studios

Dan Harmon, plus fort que la volonté des studios

En matière de « différends artistiques », justement, il y en a deux qui en connaissent un rayon: Don Bellisario et Dan Harmon. Le premier, créateur de la série NCIS, a été contraint de quitter son « bébé » en 2007, officiellement pour « différends artistiques », officieusement car il ne s’entendait plus avec Mark Harmon, la star de la série. Et évidemment, entre perdre leur showrunner ou perdre leur star, le studio et la chaîne derrière la série ont vite choisi.

Dan Harmon, quant à lui, a marqué l’histoire récente de la télévision. Créateur de Community, il a été viré par Sony, qui produit la série, à l’issue de la saison 3, en 2012, en partie car le studio n’était pas satisfait de sa façon de gérer ses fonctions de showrunner (notamment en matière de décisions budgétaires). Pourtant, devant la piètre qualité de la quatrième saison, à laquelle il manquait la « voix », la vision créative d’Harmon, ce dernier, dans un retournement de situation quasi sans précédent, a été rappelé par le studio pour reprendre son poste dès la saison 5 de la série. Dan Harmon 1 – Sony 0.

Si l’on ajoute au cas Dan Harmon l’exemple des séries Gilmore Girls et True Blood (pour ne citer qu’elles) qui, après le départ de leurs créateurs respectifs, ont sombré dans des saisons finales à la qualité proche de l’abyssal, on se dit qu’une série a, dans certains cas, besoin de la présence de son créateur jusqu’au bout.

Un vent du changement parfois bienvenu

"Revenge", série qui connait actuellement une saison 4 qui rivalise presque avec les grandes heures de sa première saison

« Revenge », série qui connait actuellement une saison 4 qui rivalise presque avec les grandes heures de sa première saison

Heureusement, tout n’est pas noir au royaume des séries et un changement de direction créative peut aussi avoir des effets positifs sur la qualité scénaristique d’une série. En 2013, le remplacement du showrunner et créateur de Revenge, Mike Kelley (qui se serait longtemps battu, en vain, avec la chaîne ABC pour obtenir des saisons plus courtes, comme sur les chaînes câblées), par Sunil Nayar a permis à la série de trouver un second souffle, après une saison 2 très critiquée.

Dans la même veine, cette année, l’arrivée de deux nouveaux showrunners à la tête de la série pour adolescents Awkward nous a offert une saison 4 revigorée, après une troisième salve d’épisodes qui ne ressemblait plus du tout à la série dont les fans étaient initialement tombés amoureux.

Une passation de flambeau réussie dépend donc surtout de la capacité ou non d’un nouveau showrunner à s’adapter au ton propre à sa série. Mais ce qui est certain c’est qu’une série télé n’appartient jamais à son créateur ou à son scénariste en chef. C’est la dictature des studios et des chaînes qui prévaut toujours et ce sera probablement vrai aussi longtemps qu’Hollywood produira des séries.

Ci-dessous, la bande-annonce du documentaire de Des Doyle, Showrunners: The Art of Running a TV show, sorti le 31 octobre aux États-Unis (on attend une date de sortie française) et qui met en lumière le travail des showrunners:

Sources:

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La place de la musique dans les séries américaines aujourd’hui

"Six Feet Under", "Stalker", "Grey's Anatomy", "Newport Beach", "Vampire Diaries", "Les Frères Scott", des séries à la bande-son importante - Jérémie D. CC BY-NC

« Six Feet Under », « Stalker », « Grey’s Anatomy », « Newport Beach », « Vampire Diaries », « Les Frères Scott », des séries à la bande-son importante – Jérémie D. CC BY-NC

Qu’elle soit présente pour accompagner une séquence, pour donner son sens à un numéro chanté, ou encore qu’elle serve parfois d’univers dans lequel évoluent les personnages, la musique dans les séries télé n’a jamais été aussi importante que depuis une dizaine d’années. Elle passionne les fans, au même titre que les intrigues qu’ils suivent religieusement chaque semaine, permet de mettre en lumière certains artistes et, il faut bien le reconnaître, constitue à elle seule un business que les producteurs de télévision et de musique ne peuvent indéniablement négliger.

Quand chanson rime avec bande-son

Au même titre que les films, la plupart des épisodes de séries américaines sont aujourd’hui rythmés par une bande-son plus que jamais pensée comme un élément incontournable, indissociable du reste de l’oeuvre télévisuelle produite. Et comme dans la majorité des films réalisés aujourd’hui, cette bande-son alterne morceaux purement orchestraux et chansons interprétées par des artistes plus ou moins connus suivant les cas. Et à chaque fois, peu importe le type de série que l’on regarde, ces morceaux et ces chansons en question sont toujours là pour appuyer ou renforcer ce que l’on voit à l’écran, notamment lors de séquences à fort potentiel émotionnel (en gros, sortons les violons et vous sortirez les mouchoirs!). Des séquences qui, bien souvent, dans les séries dramatiques en tout cas, interviennent à la fin des épisodes, au moment du fameux climax, lorsque les personnages sont confrontés à des moments ou des événements marquants qui changeront potentiellement le cours de la série et de leur vies (et qui, surtout, vous donnerons envie de ne pas manquer le prochain épisode, évidemment!). C’est encore plus flagrant lors du fameux season finale (dernier épisode d’une saison), où une ballade efficace accompagne presque toujours les dernières minutes de l’épisode, créant à coup sûr un moment culte pour les fans, qu’ils se repasseront parfois en boucle, en attendant la saison suivante et la résolution de l’abominable cliffhanger qui leur fera retenir leur souffle des mois durant.

Pochettes des premiers albums des séries "Buffy contre les vampires" et "Dawson" - Jérémie D. CC BY-NC

Pochettes des premiers albums des séries « Buffy contre les vampires » et « Dawson » – Jérémie D. CC BY-NC

Si l’on se penche un peu plus sur cette tendance qui fait des musiques entendues dans les séries américaines un élément essentiel pour les fans, on peut dire qu’elle semble avoir réellement commencé à prendre de l’ampleur à la fin des années 1990, avec des séries comme Buffy contre les vampires ou Dawson, qui font d’ailleurs partie des premières séries à avoir commercialisé des CD reprenant les musiques entendues au cours des épisodes, à la façon des bande-originales de films (quel fan de ces deux séries ne se souvient pas de « Close Your Eyes », le thème musical de Buffy et Angel, composé par Christophe Beck et entendu à de nombreuses reprises au cours des saisons 2 et 3 de Buffy, ou encore des chansons « Kiss Me » et « Feels Like Home », entendues durant la saison 2 emblématique de Dawson ?). Ce procédé commercial s’est ensuite répandu, devenant de plus en plus fréquent au fil des ans, notamment avec des séries comme Newport Beach, Les Frères Scott ou encore Grey’s Anatomy qui ont toutes fait l’objet de plusieurs compilations sous forme de CD, la musique ayant une part plutôt importante dans ces trois séries (et ne parlons pas des génériques de Newport Beach, des Frères Scott ou même, avant ça, de Dawson, qui sont tous devenus cultes).

Il ne faut évidemment pas oublier que les séries ont une dimension tout autant commerciale qu’artistique et c’est pour cela que les producteurs savent très bien qu’elles représentent un formidable moyen de mettre en lumière certains artistes, qu’ils soient déjà connus ou plus confidentiels, voire même débutants parfois. La série Les Frères Scott a par exemple fait découvrir le chanteur Gavin DeGraw, qui interprète notamment « I Don’t Want to Be », le générique de la série, la série Vampire Diaries a utilisé la reprise de « Skinny Love », interprétée par Birdy, dans l’avant-dernier épisode de sa saison 2 (avant que Birdy n’explose réellement au niveau mondial), et la série médicale Grey’s Anatomy a fait découvrir à un plus large public le chanteur Andrew Belle et les groupes The Fray et Snow Patrol (la dernière séquence de l’épisode final de la saison 2, devenue culte et durant laquelle on peut entendre le titre « Chasing Cars » interprété par Snow Patrol justement, est d’ailleurs à découvrir ou re-découvrir ci-dessous).

A noter également que depuis quelques temps la tendance aux États-Unis semble être à l’utilisation de reprises dans les séries. On peut citer le cas, là encore, de Grey’s Anatomy qui, durant sa saison 10 (diffusée entre septembre 2013 et mai 2014), a utilisé des reprises de titres connus dans ses épisodes, avec par exemple des versions plutôt réussies de « Total Eclipse of the Heart » de Bonnie Tyler (interprétée pour l’occasion par Jill Andrews) et de « Man in the Mirror » de Michael Jackson (reprise par J2), et plus récemment le cas de la série Stalker, lancée à la rentrée sur la chaîne américaine CBS, et qui, à la fin de chacun de ses épisodes, gratifie ses téléspectateurs d’une reprise de chanson célèbre dans une version plutôt sombre, collant bien à l’esprit de la série (le premier épisode de la série se termine par exemple par une reprise hypnotique de « Creep » du groupe Radiohead interprétée par Michelle Branch, à écouter ci-dessous).

En résumé, on peut dire que les fans aiment les séries qu’ils regardent pour leurs personnages, leurs intrigues, mais aussi pour leur musique. Chacun a ses épisodes préférés, ses séquences cultes, et ci-dessous voici deux de mes séquences cultes (que je me suis moi aussi passées en boucle), extraites du tout dernier épisode de Six Feet Under et du dernier épisode de la saison 2 de Newport Beach, histoire d’étayer un peu plus encore mon propos (attention aux spoilers!).

La mode des comédies musicales 

On le sait, les comédies musicales, à travers le théâtre, et notamment Broadway, ou encore par le biais de nombreux films sortis au cinéma, font partie du patrimoine culturel américain et les Américains en sont très friands. Il est donc normal que la télévision ait décidé de surfer sur cette tendance des oeuvres de fiction intégrant des scènes chantées à leur histoire, et c’est d’autant plus vrai depuis quelques années.

Pochette de l'album "The music of Glee - season 1, volume 1" - Source: www.amazon.com

Pochette de l’album « The music of Glee – season 1, volume 1 » – Source: www.amazon.com

Aujourd’hui, si on pense « comédies musicales » à la télévision on pense forcément à la série Glee. Lancée en mai 2009 sur la chaîne américaine Fox, avec un épisode pilote vu par plus de 9,6 millions de téléspectateurs, Glee, qui raconte l’histoire des membres de la chorale (« glee club » en anglais) du lycée William McKinley, est très rapidement devenue un vrai phénomène, surtout auprès des adolescents. Les deux premières saisons ont rassemblé en moyenne 9,77 et 10,11 millions de téléspectateurs respectivement, un épisode de la saison 2, en 2011, a été diffusé après le Super Bowl (preuve de son succès et de la confiance que la Fox accordait alors à la série), et la série a accueilli des invités prestigieux tels que Britney Spears (à qui deux épisodes ont été entièrement consacrés en 2010 et 2012), Ricky Martin ou encore Gwyneth Paltrow. Et forcément, devant le succès grandissant de la série, tout un dispositif de merchandising s’est mis en place.

Les personnages de Glee reprenant dans chaque épisode entre 5 et 8 titres issus d’un répertoire très varié allant des chansons extraites de comédies musicales à succès (Grease, West Side Story, Wicked, …) aux hits passant à ce moment-là à la radio (Lady Gaga, Katy Perry, Coldplay, Rihanna, …), plusieurs albums comprenant les chansons les plus emblématiques de la série sont évidemment sortis dans le commerce. En quelques mois, le premier album (Saison 1, Volume 1) s’est vendu à plus d’un million d’exemplaires aux États-Unis et, si aujourd’hui les albums reprenant les titres de chaque saison ont cessé de paraître (en raison de ventes probablement en baisse), des albums plus événementiels voient encore le jour (le dernier en date était consacré au centième épisode de la série, diffusé outre-Atlantique en mars dernier) et chaque chanson entendue dans la série est disponible au format digital sur iTunes, juste après la diffusion des épisodes (plus de 13 millions de singles digitaux ont d’ailleurs été vendus entre 2009 et 2011).

Voici d’ailleurs deux exemples de chansons que l’on a pu entendre au cours des cinq premières saisons de la série. La première, une reprise de « Don’t Stop Believing » du groupe Journey, est devenue LE titre emblématique de Glee après avoir été interprété dans l’épisode pilote (le titre sera à nouveau chanté à la fin de la saison 1 et au cours du centième épisode notamment) et la seconde, une reprise du titre « Pompeii » de groupe Bastille, est la dernière chanson interprétée lors de l’épisode final de la saison 5 (le dernier épisode diffusé à ce jour).

Le business dérivé de Glee ne s’est pas arrêté là car sont également parus des romans, des applications mobiles et tablettes, des jeux vidéos karaoké, et deux séries de concerts ont même eu lieu en 2010 et 2011 aux États-Unis et au Royaume-Uni, donnant ensuite naissance au film Glee, le concert 3D, sorti au cinéma en août 2011, puis en DVD et Blu-ray quelques mois plus tard. La série a également fait émerger une nouvelle génération de comédiens-chanteurs talentueux, parmi lesquels on peut citer Lea Michele, la star de la série (qui a cette année sorti son premier album solo), Darren Criss, Jonathan Groff (qui a depuis prêté sa voix à un personnage de La Reine des Neiges de Disney et décroché le rôle principal de la série Looking, diffusée sur HBO), ou encore Naya Rivera.

Depuis environ deux saisons, les audiences de Glee sont pourtant en baisse (une baisse très nette surtout lors de la saison 5, diffusée entre septembre 2013 et mai 2014 et qui ne rassembla que 4,57 millions de téléspectateurs en moyenne) et la saison 6, qui compte seulement 13 épisodes et sera diffusée entre le 9 janvier et le 20 mars prochain sur la Fox, sera la dernière (la série ayant été profondément marquée par le décès d’un de ses comédiens principaux, Cory Monteith, en juillet 2013). Mais indéniablement, Glee est une série qui aura marqué l’histoire de la télévision américaine et des séries pour adolescents.

Pochette de l'album "Once More, with Feeling" de la série "Buffy contre les vampires" - Source: www.amazon.com

Pochette de l’album « Once More, with Feeling » de la série « Buffy contre les vampires » – Source: www.amazon.com

D’autres séries, souvent dramatiques et dont l’univers est tout sauf musical, ont également cédé aux sirènes de la comédie musicale, mais seulement le temps d’un épisode. La volonté d’offrir aux fans un tel épisode, détonnant complètement avec le reste de la série, provient souvent de l’envie pure et simple du créateur de la série de se faire plaisir. C’était notamment le cas de Shonda Rhimes, la créatrice de Grey’s Anatomy, qui a écrit en 2011 (au cours de la saison 7 de la série) un épisode musical reprenant certains titres emblématiques entendus au cours des premières saisons de la série médicale, et donc interprétés cette fois-ci par le staff de l’hôpital Seattle Grace (concept assez original pour une série plutôt sérieuse). L’épisode a été énormément critiqué et ne marquera pas les mémoires pour sa grande qualité, au contraire par exemple de « Once More, with Feeling », l’épisode musical de Buffy contre les vampires (issu de la saison 6 de la série) dans lequel un démon contraint les personnages à chanter et qui fait partie des épisodes remarquables de la série, notamment parce que presque toutes les chansons de l’épisode ont été composées et écrites spécialement pour l’occasion par Joss Whedon, le créateur de la série (exercice qu’il n’avait jamais fait auparavant).

Mais aujourd’hui, devant notamment la baisse d’audience de Glee, on peut se demander s’il n’y aurait pas, depuis quelques temps, une sorte de désamour du public pour les comédies musicales à la télévision. Dans ce sens, on peut citer par exemple l’échec récent de la série Smash, diffusée entre février 2012 et mai 2013, le temps de deux courtes saisons, sur la chaîne américaine NBC, et qui n’a pas vraiment trouvé son public. Malgré un thème original (la création d’une comédie musicale sur la vie de Marilyn Monroe, mettant ainsi en place un procédé de comédie musicale dans la comédie musicale) et un épisode pilote extrêmement réussi, les épisodes suivants ont déçu et le départ de la créatrice de la série à l’issue de la saison 1 n’a rien arrangé. À noter également qu’en janvier prochain la chaîne ABC lancera à son tour sa série sous forme de comédie musicale, Galavant (annoncée comme inscrite dans la tradition de Sacré Graal des Monty Python). Les critiques qui ont déjà vu l’épisode pilote sont peu enthousiastes à l’égard de la série et il faut bien avouer que la bande-annonce (visible ci-dessous), à coups de chevaliers qui se mettent tout à coup à chanter, donne plutôt envie de rire, et pas forcément pour les bonnes raisons.

Malgré tout, on peut faire confiance aux Américains pour arriver à donner un nouveau souffle aux comédies musicales à la télévision et on peut déjà parier que d’ici une ou deux saisons on verra arriver sur nos petits écrans une nouvelle série musicale à succès, comme eux seuls savent le faire.

Musique, ton univers impitoyable

Pour terminer ce tour d’horizon de la musique dans les séries télé américaines, il convient également de s’intéresser aux séries qui se passent dans l’univers de la musique (sans être pour autant des comédies musicales puisque les personnages ne se mettent pas à chanter sans raisons).

Sheryl Crow, Gavin DeGraw, Kid Cudi, des artistes apparus dans "Les Frères Scott" - Jérémie D. CC BY-NC

Sheryl Crow, Gavin DeGraw, Kid Cudi, des artistes apparus dans « Les Frères Scott » – Jérémie D. CC BY-NC

La première que l’on peut citer, pour sa longévité impressionnante (9 saisons, diffusées entre 2003 et 2012) et le fait qu’elle ait passionné toute une génération d’adolescents et de jeunes adultes, est la série Les Frères Scott (One Tree Hill en version originale). Bien que d’abord vendue comme une série principalement immergée dans l’univers du basketball, notamment à travers ses deux personnages principaux, Lucas et Nathan, deux lycéens (et accessoirement demi-frères) qui rêvent de jouer en NBA, la série a rapidement développé un important univers musical, que ce soit par sa bande-son, le fait que chacun de ses épisodes (en anglais) porte le titre d’une chanson ou d’un album, ou encore et surtout grâce à la trajectoire que prennent certains de ses personnages, dont Haley et Peyton, la première devenant chanteuse et la seconde ouvrant au cours de la saison 5 son propre label musical (repris ensuite par Haley lorsque Hilarie Burton, l’interprète de Peyton, quitta la série à la fin de la saison 6).

Et ce qui est certain c’est que si des personnages attachants et des intrigues parfois rocambolesques, proches du soap opera, ont contribué à fidéliser un public majoritairement jeune, la musique y a également grandement participé. Devant l’engouement des fans, le personnage d’Haley a par exemple pris de l’importance, trois albums reprenant les titres entendus dans la série sont sortis entre 2005 et 2007, et de nombreux artistes sont apparus au fil des neufs saisons, dont Sheryl Crow, Kid Cudi, le groupe Fall Out Boy ou encore bien sûr Gavin DeGraw, l’interprète du générique de la série, notamment apparu dans un épisode de la première saison et dans l’épisode final de la série, pour boucler la boucle.

Toujours dans la lignée des séries se déroulant dans l’univers de la musique, et cette fois-ci plus précisément dans celui de la musique country, Nashville. Lancée en septembre 2012 sur la chaîne ABC et actuellement en plein dans sa troisième saison, Nashville doit son titre à la ville dans laquelle son action se déroule, qui se trouve également être le berceau de la musique country. Reposant sur la rivalité entre ses deux personnages principaux, Rayna James, un star de la country dont les ventes d’albums faiblissent, et Juliette Barnes, une jeune starlette qui commence à lui faire de l’ombre, la série fait la part belle à la musique, à travers les différentes séquences chantées qui rythment les épisodes (séances d’enregistrements, performances sur scène, …).

Pochette de l'album "The music of Nashville - season 1, volume 2" - Source: www.amazon.com

Pochette de l’album « The music of Nashville – season 1, volume 2 » – Source: www.amazon.com

Plusieurs albums sont là encore sortis depuis le début de la série, reprenant la plupart des chansons interprétées par les différents personnages (et qui, en grande majorité, sont des chansons composées spécialement pour la série), et Nashville, portée notamment par les actrices Connie Britton (Friday Night Lights, American Horror Story) et Hayden Panettiere (Heroes), est, il faut bien l’avouer, extrêmement addictive. De plus, elle propose une bande-son réussie qui a le mérite de mettre en lumière un genre musical assez peu connu en dehors du territoire américain.

Pour finir, au rayon des nouveautés, la chaîne Fox proposera dès le 7 janvier la série Empire, créée par Lee Daniels (le réalisateur des films Precious et Paperboy), qui, elle, se déroulera dans l’univers du hip-hop et racontera l’histoire de Lucious Lyon, un producteur qui, après avoir appris qu’il est malade, doit décider auquel de ses trois fils il va remettre son empire musical. Interprétée notamment par les comédiens Terrence Howard, Taraji P. Henson et Gabourey Sidibe (l’actrice principale de Precious, justement), Empire aura la particularité de proposer une bande-son écrite et produite tout spécialement par Timbaland, producteur et compositeur à succès, à qui l’on doit notamment les titres « Cry Me a River » de Justin Timberlake ou « Apologize » de OneRepublic. On peut donc supposer que, si le succès est au rendez-vous, des albums et autres produits dérivés verront là encore le jour et la Fox semble d’ailleurs croire beaucoup en Empire puisque la série sera diffusée juste après la grosse machine American Idol (version américaine du télé-crochet Nouvelle Star), qui rassemblait encore, la saison dernière, plus de 11 millions de téléspectateurs en moyenne. La bande-annonce est à découvrir ci-dessous:

De manière générale, on peut donc dire qu’aujourd’hui la musique contribue au succès des séries qu’elle accompagne, en participant autant à leur dimension narrative qu’à leur dimension esthétique. Et devant cet engouement des fans pour la musique entendue dans les séries, les producteurs capitalisent sur ce succès en proposant toute une gamme de merchandising et un placement d’artistes de grande ampleur, faisant alors des séries télé un business majeur, s’étendant bien au-delà du médium télévisuel.

Sources:

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La fiction télévisuelle française à l’heure de l’âge d’or des séries US

La plupart des spécialistes en matière de séries télé s’accordent à dire que, depuis environ une quinzaine d’années, les États-Unis connaissent un nouvel âge d’or des séries (après celui des années 1950). Pour certains cette période florissante a débuté à la fin des années 1990, notamment avec l’arrivée de séries telles que Oz, Sex and the City et Les Soprano, programmes emblématiques de la chaîne américaine HBO. Pour d’autres, il a fallu attendre le début des années 2000 et le déferlement des séries à succès 24 heures chrono, Lost ou encore Desperate Housewives, qui ont réellement changé la façon de consommer les séries. Dans tous les cas, ce qui est certain, c’est que la qualité d’écriture et de production des séries américaines n’a probablement jamais été aussi bonne. Face à ce constat, il convient évidemment de se poser la question suivante: qu’en est-il des séries françaises dans tout ça ?

Panorama des séries françaises récentes - Jérémie D. CC BY-NC

Panorama des séries françaises récentes – Jérémie D. CC BY-NC

Sans conteste, pour ce qui est des séries, les choses s’améliorent peu à peu dans le paysage audiovisuel français. Le milieu des années 2000 a enfin vu l’émergence de fictions de qualité bien de chez nous, qui n’ont pas vraiment vocation à concurrencer la grosse machine des séries américaines, mais qui sont plutôt bien écrites, bien interprétées, et qui, en plus de redorer le blason des séries hexagonales diffusées en prime-time, séduisent même au-delà de nos frontières. Et ça, c’est déjà pas mal. Parmi ces séries de qualité, que l’on doit surtout à Canal + et aux chaînes du groupe France Télévisions, on peut notamment citer Braquo, Un Village Français, Fais pas ci, fais pas ça, Ainsi soient-ils, Engrenages ou encore Les Revenants (ces deux dernières réussissant même l’exploit de s’être exportées dans de nombreux pays, dont le Royaume-Uni et les États-Unis, et d’avoir remporté un International Emmy Award de la meilleure série dramatique, en 2011 et 2013, respectivement). Évidemment, cet apparent « rayonnement » des séries françaises est à relativiser, mais c’est tout de même une bonne chose de pouvoir dire qu’il existe aujourd’hui une alternative de qualité à Joséphine, ange gardien, Camping Paradis et autres fictions estampillées TF1…

S’inspirer des Américains pour avancer ?

 

"Fais pas ci, fais pas ça", une typiquement série qui aurait inspiré "Modern Family" aux Américains - Source: www.notrecinema.com

« Fais pas ci, fais pas ça », une série typiquement française qui aurait inspiré « Modern Family » aux Américains – Source: www.notrecinema.com

Pourtant, malgré une avancée indéniable en matière de qualité, la fiction télévisuelle française reste problématique, autant au niveau de son processus de production qu’au niveau de ses délais de diffusion. Et si l’on compare ce qui se passe chez nous à la façon dont fonctionnent les séries aux États-Unis, tous ces aspects problématiques apparaissent alors encore plus flagrants. Évidemment, le but n’est pas de se comparer constamment à ce qui se fait ailleurs, ni même de rivaliser avec les Américains. Ce serait de toute façon un combat perdu d’avance. David contre Goliath, Mimie Mathy contre Tony Soprano, … Enfin vous voyez le genre. Mais tout en préservant leur identité franco-française, nos séries et ceux qui les font pourraient tout de mêmes piquer quelques trucs à leurs cousins d’outre-Atlantique et s’inspirer, en partie, d’une façon de faire qui a plutôt fait ses preuves jusqu’à présent.

La grosse différence entre les séries françaises et les séries américaines (et peut-être la plus importante) est que, chez nous, la production ne fonctionne pas à flux tendu, c’est-à-dire que l’écriture des épisodes et le tournage ne se chevauchent pas. En France, la totalité des épisodes d’une saison sont écrits avant même que le tournage du premier épisode ne commence. Résultat, le délai d’attente entre deux saisons est rallongé. Et en plus, pour ne rien arranger, un nombre assez limité d’épisodes est produit pas saison, ce qui fait qu’une fois ces nouveaux épisodes enfin à l’antenne, le plaisir est (d’assez) courte durée.

Shonda Rhimes, la papesse de la télévision américaine: créatrice de "Grey's Anatomy", showrunner de "Scandal" - Source: www.hollywoodreporter.com

Shonda Rhimes, la papesse de la télévision américaine: créatrice de « Grey’s Anatomy », showrunner de « Scandal » – Source: www.hollywoodreporter.com

La production des séries télé aux États-Unis est évidemment pensée pour répondre à une politique de diffusion qui est propre à ce pays et qui, en pratique, ne sera jamais adaptable en France. Là-bas, pour ce qui est des séries diffusées sur les grands networks, 22 épisodes sont produits en moyenne chaque saison, pour une diffusion de septembre à mai (ce qui correspond à une saison télévisuelle aux États-Unis, avec une alternance d’épisodes inédits et de rediffusions), ce qui implique alors, chaque année, une écriture s’étalant de mai-juin à mars-avril de l’année suivante et un tournage allant de juillet à avril pour la plupart des séries. Chez nous, seulement 8 à 12 épisodes sont produits par saison, la diffusion se fait généralement en 4 à 6 semaines (au rythme de deux épisodes par soirée le plus souvent, ce qui est impensable aux États-Unis, où seul un épisode inédit est diffusé par semaine, et encore, pas toutes les semaines, puisqu’il faut tenir environ 8 mois avec 22 épisodes). Et ensuite, les téléspectateurs français attendent désespérément la suite, devant parfois patienter jusqu’à deux ans.

Alors, pour arriver à produire un nombre conséquent d’épisodes chaque année, les Américains ont compris que la clé de la réussite réside (en partie) dans la nécessité d’avoir, pour chaque série, un showrunner qui dirige une armée de scénaristes. Concrètement, cela signifie qu’un scénariste, à la fois auteur et producteur et, le plus souvent, au départ en tout cas, créateur de la série en question, a la tâche de gérer la production au jour le jour de la série (décisions créatives, écritures des arches narratives, décisions budgétaires, casting, …) et de faire le lien avec la chaîne et les producteurs. Et il est donc à la tête d’un pool de scénaristes qui travaillent dans une writer’s room où les intrigues de chaque épisode sont imaginées, divisées en actes et séquences, avant qu’un ou deux scénaristes de l’équipe soient ensuite désignés pour écrire le scénario final de l’épisode (la continuité dialoguée).

Mélanie Doutey et Zoé Felix, deux saisons de "Clara Sheller", deux actrices différentes pour un même rôle - Source: www.paperblog.fr

Mélanie Doutey et Zoé Felix, deux saisons de « Clara Sheller », deux actrices différentes pour un même rôle – Source: www.paperblog.fr

En France, hormis Plus Belle la Vie (qui n’est pas une série diffusée en prime-time), aucune série ne fonctionne à flux tendu. Nous n’avons donc pas de showrunners (comme peuvent l’être Shonda Rhimes, Damon Lindelof, Matthew Weiner ou Kevin Williamson aux États-Unis) et, formats courts du type Scènes de ménages et Nos chers voisins mis à part, pas vraiment d’équipes de scénaristes non plus. Nos séries sont le plus souvent écrites en totalité par un ou deux scénaristes (parfois un peu plus mais c’est encore très rare) et cela implique bien évidemment un temps d’écriture plus long et un ralentissement de toute la chaîne de production. Et en pratique, cela peut vite devenir problématique. On peut par exemple citer le cas de la série Clara Sheller, dont les douze épisodes (répartis sur deux saisons) ont été écrits par Nicolas Mercier, le créateur de la série, et qui, après une première saison plutôt réussie en 2005, est revenue en 2008 (trois ans plus tard!) avec une saison 2 vraiment très médiocre, ce qui était en partie dû au fait que la totalité du casting de la saison 1 avait jeté l’éponge, jugeant l’écriture et l’attente entre les 2 saisons bien trop longues.

Étant donné le temps que cela ferait gagner en termes d’écriture et de délais de diffusion, on se demande bien pourquoi le format de production à l’américaine peine à arriver chez nous. Et si une réponse complète serait bien trop longue (et sûrement bien trop compliquée) à donner, on peut tout de même dire que les producteurs et les diffuseurs français sont encore trop frileux. Ils ne veulent pas commander trop d’épisodes à la fois, par peur d’un échec d’audience, et ils sont réticents à l’idée de donner leur chance à de jeunes auteurs qui seraient tout à fait prêts à travailler en équipe, contrairement à certains scénaristes confirmés qui préfèrent écrire seuls. Pourtant, il est évident qu’un peu de changement et de sang neuf ferait du bien à la fiction française.

L’état des séries françaises en 2014

 

Photo du scénario de l'épisode 1 de la saison 2 des "Revenants", tweetée par Ana Girardot - Source: Twitter

Photo du scénario de l’épisode 1 de la saison 2 des « Revenants », tweetée par Ana Girardot – Source: Twitter

Aujourd’hui, près de dix ans après l’arrivée d’Engrenages sur nos écrans, la situation en France reste très contrastée. Du côté de Canal +, à qui l’on doit la majorité des séries de qualité produites ces dernières années, les choses sont encore compliquées en matière de temps d’attente entre deux saisons. Prenons l’exemple de la série Les Revenants. Après une première saison de 8 épisodes lancée en novembre 2012 et bien accueillie par la critique et par les téléspectateurs (malgré un final un poil décevant), une diffusion dans une vingtaine de pays, et un remake en préparation aux États-Unis, supervisé par Carlton Cuse, l’un des ex-showrunners de Lost, pour une diffusion sur la chaîne A&E en 2015, on attend toujours la suite. L’écriture de la saison 2 a duré plus longtemps que prévu, le tournage a été retardé, et certains se demandaient même si l’on finirait par voir la suite un jour. Et pourtant, enfin, le tournage de cette deuxième saison a commencé en septembre dernier, comme le prouve d’ailleurs une photo tweetée par la comédienne Ana Girardot le 22 septembre (voir ci-contre). Le tournage se poursuivra jusqu’en mars prochain, pour une diffusion probable à la rentrée 2015. Mieux vaut tard que jamais, probablement.

Si Canal + se positionne donc pour le moment encore comme le mauvais élève du paysage audiovisuel français au niveau des temps de production et des délais que cela engendre, les chaînes du groupe France Télévisions, elles, s’en sortent généralement mieux. France 3 diffuse par exemple une saison inédite d’Un Village Français tous les 12 à 18 mois en moyenne et France 2 réalise même l’exploit d’arriver à diffuser chaque année une nouvelle saison de sa série à succès Fais pas ci, fais pas ça. Évidemment, à terme, l’idéal serait que cela ne soit plus un « exploit » mais plutôt une tendance généralisée à toutes les chaînes et à toutes les séries françaises (un peu comme les chaines câblées américaines qui diffusent tous les ans à la même date une nouvelle saison de 8 à 13 épisodes de leur séries). Et on en est encore loin. De plus, dans tous les cas, le nombre d’épisodes produits est encore bien souvent trop limité. Pour en revenir à Fais pas ci, fais pas ça, par exemple, la saison 7, diffusée dès le 3 décembre sur France 2, ne contiendra que 6 épisodes (contre 8 ces dernières années), la faute, soit-disant, à l’emploi du temps chargé des comédiens, notamment Valérie Bonneton qui tourne beaucoup pour le cinéma. Et quand on sait qu’il faudra ensuite attendre un an pour voir la suite des aventures des Bouley et des Lepic, on se dit que 6 épisodes, étalés sur 3 semaines de diffusion, c’est vraiment trop peu. Mais bon, Rome ne s’est pas faite en un jour. Alors soyons patients, les choses vont sûrement (et doivent) évoluer.

Photo promotionnelle de la série "Ainsi soient-ils" - Source: Arte.tv

Photo promotionnelle de la série « Ainsi soient-ils » – Source: Arte.tv

Dans ce sens, on peut déjà noter que la série d’Arte Ainsi soient-ils, acclamée par la critique et désignée meilleure série française au festival Séries Mania en 2012 et 2014, a pris les choses en main pour accélérer sa production et réduire l’attente entre chaque saison. Pour preuve, alors que la première saison a été diffusée en octobre 2012 et qu’il a fallu deux ans pour voir la seconde arriver sur nos écrans (la diffusion de ces 8 nouveaux épisodes s’étant achevée il y a quelques semaines), la saison 3 est déjà en tournage, ce qui signifie que la suite des aventures des jeunes séminaristes des Capucins sera probablement à l’antenne à la rentrée prochaine, un an seulement après la saison 2.

De plus, on attend dans les mois à venir l’arrivée de séries ambitieuses, qui devraient révolutionner le microcosme des séries françaises en matière d’envergure, de budgets et de narration, comme par exemple Marseille, première production hexagonale de Netflix, annoncée comme un House of Cards à la française, ou encore Versailles, la co-production franco-canadienne que Canal + diffusera en 2015 et qui dispose d’un budget total de 27 millions d’euros pour 8 épisodes de 52 minutes tournés en anglais, écrits par deux showrunners anglais (Simon Mirren et David Wolstencroft), et menés par un casting mêlant acteurs français et étrangers (à noter également que les deux premiers épisodes seront réalisés par Jalil Lespert). Sur le papier, ces projets donnent vraiment envie et on peut espérer qu’ils ne soient que les premiers d’un grande série. Après tout, le cinéma français est hautement considéré dans le monde entier alors, si Engrenages et Les Revenants, qui s’exportent bien, en sont la preuve, il n’y a pas de raison qu’il n’en soit pas de même bientôt pour les séries télé françaises.

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Focus: 3 séries à ne pas rater en 2014

Alors que 2014 touche bientôt à sa fin et que la rentrée des séries américaines, avec cette année, il faut bien le dire, son lot de déceptions, est désormais derrière nous, il est temps de faire le bilan et de s’arrêter sur trois nouveautés qui ont secoué nos petits écrans, trois séries américaines qui ont ou font toujours parler d’elles et qui sont d’ores et déjà visibles en France, grâce à divers offres légales.

Penny Dreadful

Capture d'écran Netflix

Interface de la version française de Netflix – Source: www.netflix.com


Après avoir fait trembler les foyers américains au printemps dernier, Penny Dreadful, qui doit son titre aux « penny dreadfuls » (terme qui désignait les « romans de quatre sous », souvent fantastiques ou horrifiques, vendus pour quelques pennys dans le Londres victorien), est disponible sur Netflix depuis son lancement en France le 15 septembre dernier.

Lancée le 11 mai 2014 sur la chaîne câblée Showtime, à qui l’on doit notamment Dexter, Homeland ou encore le revival de Twin Peaks prévu pour 2016, Penny Dreadful est vendue dans l’héxagone comme une série « Netflix original » mais cela signifie en fait seulement qu’elle a été achetée par Netflix pour le marché français, contrairement aux réelles séries originales Netflix telles que Orange is the New Black ou Hemlock Grove, qui elles sont produites exclusivement pour Netflix (laissons House of Cards hors de cette équation, car bien que produite pour Netflix aux États-Unis, Canal + en détient les droits exclusifs chez nous jusqu’à la saison 3).

Penny Dreadful posters

Affiches promotionnelles de la saison 1 de « Penny Dreadful » – Jérémie D. CC BY-NC

Créée par John Logan, notamment scénariste de films tels que Aviator ou Skyfall, le dernier James Bond, Penny Dreadful, qui compte pour le moment une première saison de huit épisodes (une saison deux de dix épisodes est prévue pour l’année prochaine), marque le grand retour de Josh Hartnett, qui avait, soyons honnêtes, un peu disparu des écrans radars depuis quelques années. Il interprète ici le rôle d’Ethan Chandler, sorte de cowboy écorché vif qui se retrouve un peu malgré lui plongé dans un univers fantastique qui le dépasse, et est plutôt convaincant dans ce rôle, tout comme Eva Green d’ailleurs, beaucoup moins insupportable que d’habitude, qui incarne l’énigmatique Vanessa Ives. Le casting est complété par Timothy Dalton, célèbre interprète de James Bond dans Tuer n’est pas jouer et Permis de tuer, sortis à la fin des années 1980.

À travers l’histoire d’un richissime explorateur anglais, Sir Malcolm Murray (Timothy Dalton), qui s’entoure de marginaux aux dons exceptionnels pour partir à la recherche de sa fille disparue, la série nous plonge dans les bas-fonds de la société anglaise du 19è siècle et revisite la mythologie du fantastique anglais, nous permettant ainsi de croiser au fil des épisodes des figures aussi célèbres que Dorian Gray, Mina Harker ou le Docteur Frankenstein.

Jouissant d’une ambiance sombre à souhait et d’une esthétique hyper travaillée, Penny Dreadful est une série qu’il faut découvrir, surtout si l’on est fan de fantastique. Alternant scènes d’actions et moments plus contemplatifs, son rythme peut dérouter au début mais plus la saison avance plus l’intérêt va grandissant et vous pouvez être certain qu’une fois arrivé au dernier épisode de cette « trop courte » première saison, vous n’aurez qu’une envie: être en 2015 pour voir la suite !

Gotham

 

Capture d'écran MyTF1vod

Interface de la page « en direct des USA » du site MyTF1vod – Source: //mytf1vod.tf1.fr

Nouveauté de la rentrée la plus attendue aux États-Unis, parmi toutes celles ayant déferlé entre mi-septembre et mi-octobre sur les grands networks américains (CBS, ABC, NBC, FOX et The CW), Gotham, lancée en grandes pompes le 22 septembre dernier sur la chaîne FOX, est disponible en France depuis le 23 septembre sur MyTF1 VOD (à la location) et sur iTunes (à l’achat), en version originale sous-titrée, au rythme de la diffusion américaine (une offre VOD qui contient également, entre autres, les nouvelles saisons de Grey’s Anatomy, The Vampire Diaries, Esprits Criminels ou encore The Blacklist).

Créée par Bruno Heller, scénariste à l’origine des séries Rome et The Mentalist (cette dernière entamant fin novembre sa septième et dernière saison aux États-Unis), Gotham reprend la mythologie de Batman, remontant aux origines de l’histoire de Bruce Wayne et constituant ainsi une sorte de « prequel » (histoire qui se passe avant) aux différentes aventures bien connues de l’homme chauve-souris. Sauf qu’ici, justement, point d’homme chauve-souris à l’horizon. Juste Gotham City. Une ville, ses méchants, et James Gordon.

Gotham posters

Affiches promotionnelles de la saison 1 de « Gotham » – Jérémie D. CC BY-NC

C’est justement les aventures de ce dernier que l’on suit au fil des épisodes. James (souvent abrégé en « Jim ») Gordon, futur commissaire et allié de Batman, qui n’est alors ici encore qu’un jeune inspecteur de la police de Gotham. Interprété par Ben McKenzie, révélé en 2003 par la série Newport Beach (The O.C. en version originale) et vu plus récemment dans l’excellente Southland, James Gordon croise dès l’épisode pilote de la série le chemin du jeune Bruce Wayne, alors âgé de douze ans, le soir où il assiste impuissant au meurtre de ses parents (histoire déjà bien connue des fans de la saga Batman, notamment présentée dans le Batman Begins de Christopher Nolan, et qui ici lance la série). Et la force de Gotham réside justement dans la galerie de personnages qui nous est offerte: Selina Kyle (future Catwoman), Alfred Pennyworth, le Pingouin, Edward Nygma (futur Homme Mystère), Poison Ivy enfant (qui apparait en clin d’oeil dans l’épisode pilote), ou encore Harvey Dent (qui deviendra plus tard Double Face), dont l’introduction est prévue pour l’épisode 9. Bref, ils sont (presque) tous là! À noter que le casting régulier de la série comprend également Jada Pinkett-Smith (l’épouse de Will Smith) dans le rôle de Fish Mooney, une gérante de boîte de nuit qui travaille pour le compte de Don Falcone.

Bénéficiant d’audiences correctes, bien que en dessous des attentes pour une telle série, Gotham a tout de même été confirmée pour une saison complète de 22 épisodes (six épisodes supplémentaires ayant été commandés en octobre, après une commande initiale de 16 épisodes). Après un pilote plus que prometteur et quelques épisodes un peu plus faibles, la série semble enfin trouver son rythme depuis l’épisode 5 et il faut avouer que le mélange entre formule de série policière classique (avec dans chaque épisode « l’enquête de la semaine »), complot de grande ampleur en fil rouge (avec la guerre mafieuse qui fait rage à Gotham City) et mythologie tout droit sortie de l’univers Batman  surprend et fonctionne de plus en plus au fil des semaines. Ajoutez à cela une ambiance alternant entre le sombre et un aspect plus « comic books », parfois un peu décalé (aspect plus accentué par exemple que dans les adaptations de Arrow ou The Flash, diffusée aux États-Unis sur la chaîne The CW), et vous obtenez une formule gagnante. Sans aucun doute LA nouveauté « grand public » de la rentrée à découvrir. En espérant juste qu’elle tienne toutes ses promesses une fois la première saison terminée.

 

The Affair

 

Canal + Séries à l'heure US

Publicité pour la programmation « à l’heure US » de la chaîne Canal + Séries – Source: www.canalplus.fr

Lancée le 12 octobre dernier sur Showtime aux États-Unis, The Affair, très attendue et très bien accueillie par la critique, est diffusée en France tous les mardis à 21h30 sur Canal + Séries, deux jours après sa diffusion américaine (en version originale sous-titrée là encore, délais obligent), dans le cadre de la programmation « à l’heure US » de la chaîne, qui comprend également la saison 2 de Brooklyn Nine-Nine, les saisons 4 de Homeland, Scandal et Revenge, et la saison 8 de The Big Bang Theory.

Créée par Sarah Treem, scénariste ayant travaillé sur des séries telles que How to Make it in America et House of Cards, et Hagai Levi, réalisateur et scénariste israélien à qui l’on doit la série Be Tipul (ensuite adaptée aux États-Unis sous le titre In Treatment, avec Gabriel Byrne dans le rôle principal), The Affair raconte la relation extraconjugale entre Noah Solloway, un père de famille new-yorkais, enseignant et également romancier, et Alison Lockhart, une serveuse dont la mariage vacille depuis un grave accident. Interrogés par la police quelques temps plus tard, ils se remémorent leur rencontre, chacun leur tour. La série alterne donc les points de vue, les perspectives, et on se rend peu à peu compte qu’ils n’ont peut-être pas vécus leur relation de la même façon. La narration, ponctuée par ces séances d’interrogatoire, offre une formidable autopsie de la liaison qui unit Noah et Alison et constitue un twist bienvenu qui éloigne la série des dramas romantiques plus classiques , le téléspectateur comprenant assez rapidement qu’à « l’affaire » du titre (qui signifie justement « liaison » en anglais) s’est mêlée une « affaire » criminelle (un meurtre ? un accident ?).

The Affair

Affiche et photo promotionnelles de la saison 1 de « The Affair » – Jérémie D. CC BY-NC

En plus d’être extrêmement bien écrite, The Affair jouit d’un casting exceptionnel. Les deux rôles principaux sont tenus par Dominic West, qui incarna notamment entre 2002 et 2008 l’inspecteur James McNulty dans la série The Wire, et Ruth Wilson, vue dans la série anglaise Luther. Leurs conjoints respectifs sont quant à eux interprétés par Maura Tierney (célèbre Abby Lockhart de Urgences) et Joshua Jackson (bien connu des fans de Dawson et de Fringe). Bref, c’est du lourd.

Peinant un peu au niveau des audiences aux Etats-Unis, la série, dont la première saison s’achèvera le 21 décembre prochain, est néanmoins déjà renouvelée pour une seconde saison de 10 épisodes, preuve si besoin est que les chaînes du câble savent donner leur chance aux séries de qualité. Et puis, c’est bien connu, audiences et qualité ne sont pas toujours synonymes…  Nombreuses sont les bonnes séries qui se sont arrêtées trop tôt, faute d’audience justement. Espérons que cela ne sera pas le cas de The Affair et qu’elle durera encore plusieurs saisons. Car c’est vraiment un petit bijou.

 

Sources: