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Hollywood, la machine Ă  faire valser les showrunners

Showrunners

TĂ©lĂ©vision – TĂŞtes pensantes des sĂ©ries amĂ©ricaines, les showrunners font malheureusement plus souvent parler d’eux pour leur tendance Ă  quitter le navire que pour le travail de titans qu’ils accomplissent. À l’occasion de la sortie du documentaire Showrunners: The Art of Running a TV show, retour sur un phĂ©nomène qui donne le tournis et qui n’est pas sans consĂ©quences sur la qualitĂ© des sĂ©ries concernĂ©es.

Pour tout fan de sĂ©ries qui se respecte, les showrunners, ces auteurs-producteurs qui chapeautent dans l’ombre nos sĂ©ries prĂ©fĂ©rĂ©es, sont tout simplement comparables Ă  Dieu. Responsables de tous les aspects crĂ©atifs et financiers d’une sĂ©rie, leur toute-puissance est pourtant relative et il arrive qu’un showrunner, qu’il soit ou non le crĂ©ateur de la sĂ©rie qu’il supervise, quitte un jour ses fonctions. Et lorsque cela se produit, ces dĂ©parts ont souvent des rĂ©percussions sur la qualitĂ© des saisons suivantes.

Des dĂ©parts en bons termes… et d’autres qui le sont moins

La série "Castle", à l'antenne depuis 2009

La sĂ©rie « Castle », Ă  l’antenne depuis 2009

Chez les scĂ©naristes comme ailleurs, il arrive parfois un moment oĂą l’on a envie de passer Ă  autre chose. C’est ce qui est arrivĂ© en juin dernier Ă  Andrew Marlowe, le crĂ©ateur de la sĂ©rie Castle, qui, après six saisons, a passĂ© le flambeau de showrunner Ă  David Amann afin de se consacrer Ă  d’autres projets.

Pourtant ce sont rarement ces dĂ©parts Ă  l’amiable qui font les gros titres. On prĂ©fère en effet s’intĂ©resser aux showrunners qui s’en vont Ă  la suite de tensions, que ce soit avec le studio qui produit la sĂ©rie, la chaĂ®ne qui la diffuse, ou encore avec un des acteurs principaux. Les communiquĂ©s font alors Ă©tat de « diffĂ©rends artistiques », terme flou qui signifie simplement que les frictions ont atteint un point de non-retour.

Les « diffĂ©rends artistiques », ou l’ennemi des scĂ©naristes

Dan Harmon, plus fort que la volonté des studios

Dan Harmon, plus fort que la volonté des studios

En matière de « diffĂ©rends artistiques », justement, il y en a deux qui en connaissent un rayon: Don Bellisario et Dan Harmon. Le premier, crĂ©ateur de la sĂ©rie NCIS, a Ă©tĂ© contraint de quitter son « bĂ©bé » en 2007, officiellement pour « diffĂ©rends artistiques », officieusement car il ne s’entendait plus avec Mark Harmon, la star de la sĂ©rie. Et Ă©videmment, entre perdre leur showrunner ou perdre leur star, le studio et la chaĂ®ne derrière la sĂ©rie ont vite choisi.

Dan Harmon, quant Ă  lui, a marquĂ© l’histoire rĂ©cente de la tĂ©lĂ©vision. CrĂ©ateur de Community, il a Ă©tĂ© virĂ© par Sony, qui produit la sĂ©rie, Ă  l’issue de la saison 3, en 2012, en partie car le studio n’Ă©tait pas satisfait de sa façon de gĂ©rer ses fonctions de showrunner (notamment en matière de dĂ©cisions budgĂ©taires). Pourtant, devant la piètre qualitĂ© de la quatrième saison, Ă  laquelle il manquait la « voix », la vision crĂ©ative d’Harmon, ce dernier, dans un retournement de situation quasi sans prĂ©cĂ©dent, a Ă©tĂ© rappelĂ© par le studio pour reprendre son poste dès la saison 5 de la sĂ©rie. Dan Harmon 1 – Sony 0.

Si l’on ajoute au cas Dan Harmon l’exemple des sĂ©ries Gilmore Girls et True Blood (pour ne citer qu’elles) qui, après le dĂ©part de leurs crĂ©ateurs respectifs, ont sombrĂ© dans des saisons finales Ă  la qualitĂ© proche de l’abyssal, on se dit qu’une sĂ©rie a, dans certains cas, besoin de la prĂ©sence de son crĂ©ateur jusqu’au bout.

Un vent du changement parfois bienvenu

"Revenge", série qui connait actuellement une saison 4 qui rivalise presque avec les grandes heures de sa première saison

« Revenge », série qui connait actuellement une saison 4 qui rivalise presque avec les grandes heures de sa première saison

Heureusement, tout n’est pas noir au royaume des sĂ©ries et un changement de direction crĂ©ative peut aussi avoir des effets positifs sur la qualitĂ© scĂ©naristique d’une sĂ©rie. En 2013, le remplacement du showrunner et crĂ©ateur de Revenge, Mike Kelley (qui se serait longtemps battu, en vain, avec la chaĂ®ne ABC pour obtenir des saisons plus courtes, comme sur les chaĂ®nes câblĂ©es), par Sunil Nayar a permis Ă  la sĂ©rie de trouver un second souffle, après une saison 2 très critiquĂ©e.

Dans la mĂŞme veine, cette annĂ©e, l’arrivĂ©e de deux nouveaux showrunners Ă  la tĂŞte de la sĂ©rie pour adolescents Awkward nous a offert une saison 4 revigorĂ©e, après une troisième salve d’Ă©pisodes qui ne ressemblait plus du tout Ă  la sĂ©rie dont les fans Ă©taient initialement tombĂ©s amoureux.

Une passation de flambeau rĂ©ussie dĂ©pend donc surtout de la capacitĂ© ou non d’un nouveau showrunner Ă  s’adapter au ton propre Ă  sa sĂ©rie. Mais ce qui est certain c’est qu’une sĂ©rie tĂ©lĂ© n’appartient jamais Ă  son crĂ©ateur ou Ă  son scĂ©nariste en chef. C’est la dictature des studios et des chaĂ®nes qui prĂ©vaut toujours et ce sera probablement vrai aussi longtemps qu’Hollywood produira des sĂ©ries.

Ci-dessous, la bande-annonce du documentaire de Des Doyle, Showrunners: The Art of Running a TV show, sorti le 31 octobre aux États-Unis (on attend une date de sortie française) et qui met en lumière le travail des showrunners:

Sources:

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La place de la musique dans les sĂ©ries amĂ©ricaines aujourd’hui

"Six Feet Under", "Stalker", "Grey's Anatomy", "Newport Beach", "Vampire Diaries", "Les Frères Scott", des séries à la bande-son importante - Jérémie D. CC BY-NC

« Six Feet Under », « Stalker », « Grey’s Anatomy », « Newport Beach », « Vampire Diaries », « Les Frères Scott », des sĂ©ries Ă  la bande-son importante – JĂ©rĂ©mie D. CC BY-NC

Qu’elle soit prĂ©sente pour accompagner une sĂ©quence, pour donner son sens Ă  un numĂ©ro chantĂ©, ou encore qu’elle serve parfois d’univers dans lequel Ă©voluent les personnages, la musique dans les sĂ©ries tĂ©lĂ© n’a jamais Ă©tĂ© aussi importante que depuis une dizaine d’annĂ©es. Elle passionne les fans, au mĂŞme titre que les intrigues qu’ils suivent religieusement chaque semaine, permet de mettre en lumière certains artistes et, il faut bien le reconnaĂ®tre, constitue Ă  elle seule un business que les producteurs de tĂ©lĂ©vision et de musique ne peuvent indĂ©niablement nĂ©gliger.

Quand chanson rime avec bande-son

Au mĂŞme titre que les films, la plupart des Ă©pisodes de sĂ©ries amĂ©ricaines sont aujourd’hui rythmĂ©s par une bande-son plus que jamais pensĂ©e comme un Ă©lĂ©ment incontournable, indissociable du reste de l’oeuvre tĂ©lĂ©visuelle produite. Et comme dans la majoritĂ© des films rĂ©alisĂ©s aujourd’hui, cette bande-son alterne morceaux purement orchestraux et chansons interprĂ©tĂ©es par des artistes plus ou moins connus suivant les cas. Et Ă  chaque fois, peu importe le type de sĂ©rie que l’on regarde, ces morceaux et ces chansons en question sont toujours lĂ  pour appuyer ou renforcer ce que l’on voit Ă  l’Ă©cran, notamment lors de sĂ©quences Ă  fort potentiel Ă©motionnel (en gros, sortons les violons et vous sortirez les mouchoirs!). Des sĂ©quences qui, bien souvent, dans les sĂ©ries dramatiques en tout cas, interviennent Ă  la fin des Ă©pisodes, au moment du fameux climax, lorsque les personnages sont confrontĂ©s Ă  des moments ou des Ă©vĂ©nements marquants qui changeront potentiellement le cours de la sĂ©rie et de leur vies (et qui, surtout, vous donnerons envie de ne pas manquer le prochain Ă©pisode, Ă©videmment!). C’est encore plus flagrant lors du fameux season finale (dernier Ă©pisode d’une saison), oĂą une ballade efficace accompagne presque toujours les dernières minutes de l’Ă©pisode, crĂ©ant Ă  coup sĂ»r un moment culte pour les fans, qu’ils se repasseront parfois en boucle, en attendant la saison suivante et la rĂ©solution de l’abominable cliffhanger qui leur fera retenir leur souffle des mois durant.

Pochettes des premiers albums des séries "Buffy contre les vampires" et "Dawson" - Jérémie D. CC BY-NC

Pochettes des premiers albums des sĂ©ries « Buffy contre les vampires » et « Dawson » – JĂ©rĂ©mie D. CC BY-NC

Si l’on se penche un peu plus sur cette tendance qui fait des musiques entendues dans les sĂ©ries amĂ©ricaines un Ă©lĂ©ment essentiel pour les fans, on peut dire qu’elle semble avoir rĂ©ellement commencĂ© Ă  prendre de l’ampleur Ă  la fin des annĂ©es 1990, avec des sĂ©ries comme Buffy contre les vampires ou Dawson, qui font d’ailleurs partie des premières sĂ©ries Ă  avoir commercialisĂ© des CD reprenant les musiques entendues au cours des Ă©pisodes, Ă  la façon des bande-originales de films (quel fan de ces deux sĂ©ries ne se souvient pas de « Close Your Eyes », le thème musical de Buffy et Angel, composĂ© par Christophe Beck et entendu Ă  de nombreuses reprises au cours des saisons 2 et 3 de Buffy, ou encore des chansons « Kiss Me » et « Feels Like Home », entendues durant la saison 2 emblĂ©matique de Dawson ?). Ce procĂ©dĂ© commercial s’est ensuite rĂ©pandu, devenant de plus en plus frĂ©quent au fil des ans, notamment avec des sĂ©ries comme Newport Beach, Les Frères Scott ou encore Grey’s Anatomy qui ont toutes fait l’objet de plusieurs compilations sous forme de CD, la musique ayant une part plutĂ´t importante dans ces trois sĂ©ries (et ne parlons pas des gĂ©nĂ©riques de Newport Beach, des Frères Scott ou mĂŞme, avant ça, de Dawson, qui sont tous devenus cultes).

Il ne faut Ă©videmment pas oublier que les sĂ©ries ont une dimension tout autant commerciale qu’artistique et c’est pour cela que les producteurs savent très bien qu’elles reprĂ©sentent un formidable moyen de mettre en lumière certains artistes, qu’ils soient dĂ©jĂ  connus ou plus confidentiels, voire mĂŞme dĂ©butants parfois. La sĂ©rie Les Frères Scott a par exemple fait dĂ©couvrir le chanteur Gavin DeGraw, qui interprète notamment « I Don’t Want to Be », le gĂ©nĂ©rique de la sĂ©rie, la sĂ©rie Vampire Diaries a utilisĂ© la reprise de « Skinny Love », interprĂ©tĂ©e par Birdy, dans l’avant-dernier Ă©pisode de sa saison 2 (avant que Birdy n’explose rĂ©ellement au niveau mondial), et la sĂ©rie mĂ©dicale Grey’s Anatomy a fait dĂ©couvrir Ă  un plus large public le chanteur Andrew Belle et les groupes The Fray et Snow Patrol (la dernière sĂ©quence de l’Ă©pisode final de la saison 2, devenue culte et durant laquelle on peut entendre le titre « Chasing Cars » interprĂ©tĂ© par Snow Patrol justement, est d’ailleurs Ă  dĂ©couvrir ou re-dĂ©couvrir ci-dessous).

A noter Ă©galement que depuis quelques temps la tendance aux États-Unis semble ĂŞtre Ă  l’utilisation de reprises dans les sĂ©ries. On peut citer le cas, lĂ  encore, de Grey’s Anatomy qui, durant sa saison 10 (diffusĂ©e entre septembre 2013 et mai 2014), a utilisĂ© des reprises de titres connus dans ses Ă©pisodes, avec par exemple des versions plutĂ´t rĂ©ussies de « Total Eclipse of the Heart » de Bonnie Tyler (interprĂ©tĂ©e pour l’occasion par Jill Andrews) et de « Man in the Mirror » de Michael Jackson (reprise par J2), et plus rĂ©cemment le cas de la sĂ©rie Stalker, lancĂ©e Ă  la rentrĂ©e sur la chaĂ®ne amĂ©ricaine CBS, et qui, Ă  la fin de chacun de ses Ă©pisodes, gratifie ses tĂ©lĂ©spectateurs d’une reprise de chanson cĂ©lèbre dans une version plutĂ´t sombre, collant bien Ă  l’esprit de la sĂ©rie (le premier Ă©pisode de la sĂ©rie se termine par exemple par une reprise hypnotique de « Creep » du groupe Radiohead interprĂ©tĂ©e par Michelle Branch, Ă  Ă©couter ci-dessous).

En rĂ©sumĂ©, on peut dire que les fans aiment les sĂ©ries qu’ils regardent pour leurs personnages, leurs intrigues, mais aussi pour leur musique. Chacun a ses Ă©pisodes prĂ©fĂ©rĂ©s, ses sĂ©quences cultes, et ci-dessous voici deux de mes sĂ©quences cultes (que je me suis moi aussi passĂ©es en boucle), extraites du tout dernier Ă©pisode de Six Feet Under et du dernier Ă©pisode de la saison 2 de Newport Beach, histoire d’Ă©tayer un peu plus encore mon propos (attention aux spoilers!).

La mode des comédies musicales 

On le sait, les comĂ©dies musicales, Ă  travers le théâtre, et notamment Broadway, ou encore par le biais de nombreux films sortis au cinĂ©ma, font partie du patrimoine culturel amĂ©ricain et les AmĂ©ricains en sont très friands. Il est donc normal que la tĂ©lĂ©vision ait dĂ©cidĂ© de surfer sur cette tendance des oeuvres de fiction intĂ©grant des scènes chantĂ©es Ă  leur histoire, et c’est d’autant plus vrai depuis quelques annĂ©es.

Pochette de l'album "The music of Glee - season 1, volume 1" - Source: www.amazon.com

Pochette de l’album « The music of Glee – season 1, volume 1 » – Source: www.amazon.com

Aujourd’hui, si on pense « comĂ©dies musicales » Ă  la tĂ©lĂ©vision on pense forcĂ©ment Ă  la sĂ©rie Glee. LancĂ©e en mai 2009 sur la chaĂ®ne amĂ©ricaine Fox, avec un Ă©pisode pilote vu par plus de 9,6 millions de tĂ©lĂ©spectateurs, Glee, qui raconte l’histoire des membres de la chorale (« glee club » en anglais) du lycĂ©e William McKinley, est très rapidement devenue un vrai phĂ©nomène, surtout auprès des adolescents. Les deux premières saisons ont rassemblĂ© en moyenne 9,77 et 10,11 millions de tĂ©lĂ©spectateurs respectivement, un Ă©pisode de la saison 2, en 2011, a Ă©tĂ© diffusĂ© après le Super Bowl (preuve de son succès et de la confiance que la Fox accordait alors Ă  la sĂ©rie), et la sĂ©rie a accueilli des invitĂ©s prestigieux tels que Britney Spears (Ă  qui deux Ă©pisodes ont Ă©tĂ© entièrement consacrĂ©s en 2010 et 2012), Ricky Martin ou encore Gwyneth Paltrow. Et forcĂ©ment, devant le succès grandissant de la sĂ©rie, tout un dispositif de merchandising s’est mis en place.

Les personnages de Glee reprenant dans chaque Ă©pisode entre 5 et 8 titres issus d’un rĂ©pertoire très variĂ© allant des chansons extraites de comĂ©dies musicales Ă  succès (Grease, West Side Story, Wicked, …) aux hits passant Ă  ce moment-lĂ  Ă  la radio (Lady Gaga, Katy Perry, Coldplay, Rihanna, …), plusieurs albums comprenant les chansons les plus emblĂ©matiques de la sĂ©rie sont Ă©videmment sortis dans le commerce. En quelques mois, le premier album (Saison 1, Volume 1) s’est vendu Ă  plus d’un million d’exemplaires aux États-Unis et, si aujourd’hui les albums reprenant les titres de chaque saison ont cessĂ© de paraĂ®tre (en raison de ventes probablement en baisse), des albums plus Ă©vĂ©nementiels voient encore le jour (le dernier en date Ă©tait consacrĂ© au centième Ă©pisode de la sĂ©rie, diffusĂ© outre-Atlantique en mars dernier) et chaque chanson entendue dans la sĂ©rie est disponible au format digital sur iTunes, juste après la diffusion des Ă©pisodes (plus de 13 millions de singles digitaux ont d’ailleurs Ă©tĂ© vendus entre 2009 et 2011).

Voici d’ailleurs deux exemples de chansons que l’on a pu entendre au cours des cinq premières saisons de la sĂ©rie. La première, une reprise de « Don’t Stop Believing » du groupe Journey, est devenue LE titre emblĂ©matique de Glee après avoir Ă©tĂ© interprĂ©tĂ© dans l’Ă©pisode pilote (le titre sera Ă  nouveau chantĂ© Ă  la fin de la saison 1 et au cours du centième Ă©pisode notamment) et la seconde, une reprise du titre « Pompeii » de groupe Bastille, est la dernière chanson interprĂ©tĂ©e lors de l’Ă©pisode final de la saison 5 (le dernier Ă©pisode diffusĂ© Ă  ce jour).

Le business dĂ©rivĂ© de Glee ne s’est pas arrĂŞtĂ© lĂ  car sont Ă©galement parus des romans, des applications mobiles et tablettes, des jeux vidĂ©os karaokĂ©, et deux sĂ©ries de concerts ont mĂŞme eu lieu en 2010 et 2011 aux États-Unis et au Royaume-Uni, donnant ensuite naissance au film Glee, le concert 3D, sorti au cinĂ©ma en aoĂ»t 2011, puis en DVD et Blu-ray quelques mois plus tard. La sĂ©rie a Ă©galement fait Ă©merger une nouvelle gĂ©nĂ©ration de comĂ©diens-chanteurs talentueux, parmi lesquels on peut citer Lea Michele, la star de la sĂ©rie (qui a cette annĂ©e sorti son premier album solo), Darren Criss, Jonathan Groff (qui a depuis prĂŞtĂ© sa voix Ă  un personnage de La Reine des Neiges de Disney et dĂ©crochĂ© le rĂ´le principal de la sĂ©rie Looking, diffusĂ©e sur HBO), ou encore Naya Rivera.

Depuis environ deux saisons, les audiences de Glee sont pourtant en baisse (une baisse très nette surtout lors de la saison 5, diffusĂ©e entre septembre 2013 et mai 2014 et qui ne rassembla que 4,57 millions de tĂ©lĂ©spectateurs en moyenne) et la saison 6, qui compte seulement 13 Ă©pisodes et sera diffusĂ©e entre le 9 janvier et le 20 mars prochain sur la Fox, sera la dernière (la sĂ©rie ayant Ă©tĂ© profondĂ©ment marquĂ©e par le dĂ©cès d’un de ses comĂ©diens principaux, Cory Monteith, en juillet 2013). Mais indĂ©niablement, Glee est une sĂ©rie qui aura marquĂ© l’histoire de la tĂ©lĂ©vision amĂ©ricaine et des sĂ©ries pour adolescents.

Pochette de l'album "Once More, with Feeling" de la série "Buffy contre les vampires" - Source: www.amazon.com

Pochette de l’album « Once More, with Feeling » de la sĂ©rie « Buffy contre les vampires » – Source: www.amazon.com

D’autres sĂ©ries, souvent dramatiques et dont l’univers est tout sauf musical, ont Ă©galement cĂ©dĂ© aux sirènes de la comĂ©die musicale, mais seulement le temps d’un Ă©pisode. La volontĂ© d’offrir aux fans un tel Ă©pisode, dĂ©tonnant complètement avec le reste de la sĂ©rie, provient souvent de l’envie pure et simple du crĂ©ateur de la sĂ©rie de se faire plaisir. C’Ă©tait notamment le cas de Shonda Rhimes, la crĂ©atrice de Grey’s Anatomy, qui a Ă©crit en 2011 (au cours de la saison 7 de la sĂ©rie) un Ă©pisode musical reprenant certains titres emblĂ©matiques entendus au cours des premières saisons de la sĂ©rie mĂ©dicale, et donc interprĂ©tĂ©s cette fois-ci par le staff de l’hĂ´pital Seattle Grace (concept assez original pour une sĂ©rie plutĂ´t sĂ©rieuse). L’Ă©pisode a Ă©tĂ© Ă©normĂ©ment critiquĂ© et ne marquera pas les mĂ©moires pour sa grande qualitĂ©, au contraire par exemple de « Once More, with Feeling », l’Ă©pisode musical de Buffy contre les vampires (issu de la saison 6 de la sĂ©rie) dans lequel un dĂ©mon contraint les personnages Ă  chanter et qui fait partie des Ă©pisodes remarquables de la sĂ©rie, notamment parce que presque toutes les chansons de l’Ă©pisode ont Ă©tĂ© composĂ©es et Ă©crites spĂ©cialement pour l’occasion par Joss Whedon, le crĂ©ateur de la sĂ©rie (exercice qu’il n’avait jamais fait auparavant).

Mais aujourd’hui, devant notamment la baisse d’audience de Glee, on peut se demander s’il n’y aurait pas, depuis quelques temps, une sorte de dĂ©samour du public pour les comĂ©dies musicales Ă  la tĂ©lĂ©vision. Dans ce sens, on peut citer par exemple l’Ă©chec rĂ©cent de la sĂ©rie Smash, diffusĂ©e entre fĂ©vrier 2012 et mai 2013, le temps de deux courtes saisons, sur la chaĂ®ne amĂ©ricaine NBC, et qui n’a pas vraiment trouvĂ© son public. MalgrĂ© un thème original (la crĂ©ation d’une comĂ©die musicale sur la vie de Marilyn Monroe, mettant ainsi en place un procĂ©dĂ© de comĂ©die musicale dans la comĂ©die musicale) et un Ă©pisode pilote extrĂŞmement rĂ©ussi, les Ă©pisodes suivants ont déçu et le dĂ©part de la crĂ©atrice de la sĂ©rie Ă  l’issue de la saison 1 n’a rien arrangĂ©. À noter Ă©galement qu’en janvier prochain la chaĂ®ne ABC lancera Ă  son tour sa sĂ©rie sous forme de comĂ©die musicale, Galavant (annoncĂ©e comme inscrite dans la tradition de SacrĂ© Graal des Monty Python). Les critiques qui ont dĂ©jĂ  vu l’Ă©pisode pilote sont peu enthousiastes Ă  l’Ă©gard de la sĂ©rie et il faut bien avouer que la bande-annonce (visible ci-dessous), Ă  coups de chevaliers qui se mettent tout Ă  coup Ă  chanter, donne plutĂ´t envie de rire, et pas forcĂ©ment pour les bonnes raisons.

MalgrĂ© tout, on peut faire confiance aux AmĂ©ricains pour arriver Ă  donner un nouveau souffle aux comĂ©dies musicales Ă  la tĂ©lĂ©vision et on peut dĂ©jĂ  parier que d’ici une ou deux saisons on verra arriver sur nos petits Ă©crans une nouvelle sĂ©rie musicale Ă  succès, comme eux seuls savent le faire.

Musique, ton univers impitoyable

Pour terminer ce tour d’horizon de la musique dans les sĂ©ries tĂ©lĂ© amĂ©ricaines, il convient Ă©galement de s’intĂ©resser aux sĂ©ries qui se passent dans l’univers de la musique (sans ĂŞtre pour autant des comĂ©dies musicales puisque les personnages ne se mettent pas Ă  chanter sans raisons).

Sheryl Crow, Gavin DeGraw, Kid Cudi, des artistes apparus dans "Les Frères Scott" - Jérémie D. CC BY-NC

Sheryl Crow, Gavin DeGraw, Kid Cudi, des artistes apparus dans « Les Frères Scott » – JĂ©rĂ©mie D. CC BY-NC

La première que l’on peut citer, pour sa longĂ©vitĂ© impressionnante (9 saisons, diffusĂ©es entre 2003 et 2012) et le fait qu’elle ait passionnĂ© toute une gĂ©nĂ©ration d’adolescents et de jeunes adultes, est la sĂ©rie Les Frères Scott (One Tree Hill en version originale). Bien que d’abord vendue comme une sĂ©rie principalement immergĂ©e dans l’univers du basketball, notamment Ă  travers ses deux personnages principaux, Lucas et Nathan, deux lycĂ©ens (et accessoirement demi-frères) qui rĂŞvent de jouer en NBA, la sĂ©rie a rapidement dĂ©veloppĂ© un important univers musical, que ce soit par sa bande-son, le fait que chacun de ses Ă©pisodes (en anglais) porte le titre d’une chanson ou d’un album, ou encore et surtout grâce Ă  la trajectoire que prennent certains de ses personnages, dont Haley et Peyton, la première devenant chanteuse et la seconde ouvrant au cours de la saison 5 son propre label musical (repris ensuite par Haley lorsque Hilarie Burton, l’interprète de Peyton, quitta la sĂ©rie Ă  la fin de la saison 6).

Et ce qui est certain c’est que si des personnages attachants et des intrigues parfois rocambolesques, proches du soap opera, ont contribuĂ© Ă  fidĂ©liser un public majoritairement jeune, la musique y a Ă©galement grandement participĂ©. Devant l’engouement des fans, le personnage d’Haley a par exemple pris de l’importance, trois albums reprenant les titres entendus dans la sĂ©rie sont sortis entre 2005 et 2007, et de nombreux artistes sont apparus au fil des neufs saisons, dont Sheryl Crow, Kid Cudi, le groupe Fall Out Boy ou encore bien sĂ»r Gavin DeGraw, l’interprète du gĂ©nĂ©rique de la sĂ©rie, notamment apparu dans un Ă©pisode de la première saison et dans l’Ă©pisode final de la sĂ©rie, pour boucler la boucle.

Toujours dans la lignĂ©e des sĂ©ries se dĂ©roulant dans l’univers de la musique, et cette fois-ci plus prĂ©cisĂ©ment dans celui de la musique country, Nashville. LancĂ©e en septembre 2012 sur la chaĂ®ne ABC et actuellement en plein dans sa troisième saison, Nashville doit son titre Ă  la ville dans laquelle son action se dĂ©roule, qui se trouve Ă©galement ĂŞtre le berceau de la musique country. Reposant sur la rivalitĂ© entre ses deux personnages principaux, Rayna James, un star de la country dont les ventes d’albums faiblissent, et Juliette Barnes, une jeune starlette qui commence Ă  lui faire de l’ombre, la sĂ©rie fait la part belle Ă  la musique, Ă  travers les diffĂ©rentes sĂ©quences chantĂ©es qui rythment les Ă©pisodes (sĂ©ances d’enregistrements, performances sur scène, …).

Pochette de l'album "The music of Nashville - season 1, volume 2" - Source: www.amazon.com

Pochette de l’album « The music of Nashville – season 1, volume 2 » – Source: www.amazon.com

Plusieurs albums sont lĂ  encore sortis depuis le dĂ©but de la sĂ©rie, reprenant la plupart des chansons interprĂ©tĂ©es par les diffĂ©rents personnages (et qui, en grande majoritĂ©, sont des chansons composĂ©es spĂ©cialement pour la sĂ©rie), et Nashville, portĂ©e notamment par les actrices Connie Britton (Friday Night Lights, American Horror Story) et Hayden Panettiere (Heroes), est, il faut bien l’avouer, extrĂŞmement addictive. De plus, elle propose une bande-son rĂ©ussie qui a le mĂ©rite de mettre en lumière un genre musical assez peu connu en dehors du territoire amĂ©ricain.

Pour finir, au rayon des nouveautĂ©s, la chaĂ®ne Fox proposera dès le 7 janvier la sĂ©rie Empire, crĂ©Ă©e par Lee Daniels (le rĂ©alisateur des films Precious et Paperboy), qui, elle, se dĂ©roulera dans l’univers du hip-hop et racontera l’histoire de Lucious Lyon, un producteur qui, après avoir appris qu’il est malade, doit dĂ©cider auquel de ses trois fils il va remettre son empire musical. InterprĂ©tĂ©e notamment par les comĂ©diens Terrence Howard, Taraji P. Henson et Gabourey Sidibe (l’actrice principale de Precious, justement), Empire aura la particularitĂ© de proposer une bande-son Ă©crite et produite tout spĂ©cialement par Timbaland, producteur et compositeur Ă  succès, Ă  qui l’on doit notamment les titres « Cry Me a River » de Justin Timberlake ou « Apologize » de OneRepublic. On peut donc supposer que, si le succès est au rendez-vous, des albums et autres produits dĂ©rivĂ©s verront lĂ  encore le jour et la Fox semble d’ailleurs croire beaucoup en Empire puisque la sĂ©rie sera diffusĂ©e juste après la grosse machine American Idol (version amĂ©ricaine du tĂ©lĂ©-crochet Nouvelle Star), qui rassemblait encore, la saison dernière, plus de 11 millions de tĂ©lĂ©spectateurs en moyenne. La bande-annonce est Ă  dĂ©couvrir ci-dessous:

De manière gĂ©nĂ©rale, on peut donc dire qu’aujourd’hui la musique contribue au succès des sĂ©ries qu’elle accompagne, en participant autant Ă  leur dimension narrative qu’Ă  leur dimension esthĂ©tique. Et devant cet engouement des fans pour la musique entendue dans les sĂ©ries, les producteurs capitalisent sur ce succès en proposant toute une gamme de merchandising et un placement d’artistes de grande ampleur, faisant alors des sĂ©ries tĂ©lĂ© un business majeur, s’Ă©tendant bien au-delĂ  du mĂ©dium tĂ©lĂ©visuel.

Sources:

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La fiction tĂ©lĂ©visuelle française Ă  l’heure de l’âge d’or des sĂ©ries US

La plupart des spĂ©cialistes en matière de sĂ©ries tĂ©lĂ© s’accordent Ă  dire que, depuis environ une quinzaine d’annĂ©es, les États-Unis connaissent un nouvel âge d’or des sĂ©ries (après celui des annĂ©es 1950). Pour certains cette pĂ©riode florissante a dĂ©butĂ© Ă  la fin des annĂ©es 1990, notamment avec l’arrivĂ©e de sĂ©ries telles que Oz, Sex and the City et Les Soprano, programmes emblĂ©matiques de la chaĂ®ne amĂ©ricaine HBO. Pour d’autres, il a fallu attendre le dĂ©but des annĂ©es 2000 et le dĂ©ferlement des sĂ©ries Ă  succès 24 heures chrono, Lost ou encore Desperate Housewives, qui ont rĂ©ellement changĂ© la façon de consommer les sĂ©ries. Dans tous les cas, ce qui est certain, c’est que la qualitĂ© d’Ă©criture et de production des sĂ©ries amĂ©ricaines n’a probablement jamais Ă©tĂ© aussi bonne. Face Ă  ce constat, il convient Ă©videmment de se poser la question suivante: qu’en est-il des sĂ©ries françaises dans tout ça ?

Panorama des séries françaises récentes - Jérémie D. CC BY-NC

Panorama des sĂ©ries françaises rĂ©centes – JĂ©rĂ©mie D. CC BY-NC

Sans conteste, pour ce qui est des sĂ©ries, les choses s’amĂ©liorent peu Ă  peu dans le paysage audiovisuel français. Le milieu des annĂ©es 2000 a enfin vu l’Ă©mergence de fictions de qualitĂ© bien de chez nous, qui n’ont pas vraiment vocation Ă  concurrencer la grosse machine des sĂ©ries amĂ©ricaines, mais qui sont plutĂ´t bien Ă©crites, bien interprĂ©tĂ©es, et qui, en plus de redorer le blason des sĂ©ries hexagonales diffusĂ©es en prime-time, sĂ©duisent mĂŞme au-delĂ  de nos frontières. Et ça, c’est dĂ©jĂ  pas mal. Parmi ces sĂ©ries de qualitĂ©, que l’on doit surtout Ă  Canal + et aux chaĂ®nes du groupe France TĂ©lĂ©visions, on peut notamment citer Braquo, Un Village Français, Fais pas ci, fais pas ça, Ainsi soient-ils, Engrenages ou encore Les Revenants (ces deux dernières rĂ©ussissant mĂŞme l’exploit de s’ĂŞtre exportĂ©es dans de nombreux pays, dont le Royaume-Uni et les États-Unis, et d’avoir remportĂ© un International Emmy Award de la meilleure sĂ©rie dramatique, en 2011 et 2013, respectivement). Évidemment, cet apparent « rayonnement » des sĂ©ries françaises est Ă  relativiser, mais c’est tout de mĂŞme une bonne chose de pouvoir dire qu’il existe aujourd’hui une alternative de qualitĂ© Ă  JosĂ©phine, ange gardien, Camping Paradis et autres fictions estampillĂ©es TF1…

S’inspirer des AmĂ©ricains pour avancer ?

 

"Fais pas ci, fais pas ça", une typiquement série qui aurait inspiré "Modern Family" aux Américains - Source: www.notrecinema.com

« Fais pas ci, fais pas ça », une sĂ©rie typiquement française qui aurait inspirĂ© « Modern Family » aux AmĂ©ricains – Source: www.notrecinema.com

Pourtant, malgrĂ© une avancĂ©e indĂ©niable en matière de qualitĂ©, la fiction tĂ©lĂ©visuelle française reste problĂ©matique, autant au niveau de son processus de production qu’au niveau de ses dĂ©lais de diffusion. Et si l’on compare ce qui se passe chez nous Ă  la façon dont fonctionnent les sĂ©ries aux États-Unis, tous ces aspects problĂ©matiques apparaissent alors encore plus flagrants. Évidemment, le but n’est pas de se comparer constamment Ă  ce qui se fait ailleurs, ni mĂŞme de rivaliser avec les AmĂ©ricains. Ce serait de toute façon un combat perdu d’avance. David contre Goliath, Mimie Mathy contre Tony Soprano, … Enfin vous voyez le genre. Mais tout en prĂ©servant leur identitĂ© franco-française, nos sĂ©ries et ceux qui les font pourraient tout de mĂŞmes piquer quelques trucs Ă  leurs cousins d’outre-Atlantique et s’inspirer, en partie, d’une façon de faire qui a plutĂ´t fait ses preuves jusqu’Ă  prĂ©sent.

La grosse diffĂ©rence entre les sĂ©ries françaises et les sĂ©ries amĂ©ricaines (et peut-ĂŞtre la plus importante) est que, chez nous, la production ne fonctionne pas Ă  flux tendu, c’est-Ă -dire que l’Ă©criture des Ă©pisodes et le tournage ne se chevauchent pas. En France, la totalitĂ© des Ă©pisodes d’une saison sont Ă©crits avant mĂŞme que le tournage du premier Ă©pisode ne commence. RĂ©sultat, le dĂ©lai d’attente entre deux saisons est rallongĂ©. Et en plus, pour ne rien arranger, un nombre assez limitĂ© d’Ă©pisodes est produit pas saison, ce qui fait qu&rssuo;uoe(fois ces nouveaux Ă©pisodes enfin Ă  l’antenne, le plaisir est (d’assez) courte durĂ©e.

Shonda Rhimes, la papesse de la télévision américaine: créatrice de "Grey's Anatomy", showrunner de "Scandal" - Source: www.hollywoodreporter.com

Shonda Rhimes, la papesse de la tĂ©lĂ©vision amĂ©ricaine: crĂ©atrice de « Grey’s Anatomy », showrunner de « Scandal » – Source: www.hollywoodreporter.com

La production des sĂ©ries tĂ©lĂ© aux États-Unis est Ă©videmment pensĂ©e pour rĂ©pondre Ă  une politique de diffusion qui est propre Ă  ce pays et qui, en pratique, ne sera jamais adaptable en France. LĂ -bas, pour ce qui est des sĂ©ries diffusĂ©es sur les grands networks, 22 Ă©pisodes sont produits en moyenne chaque saison, pour une diffusion de septembre Ă  mai (ce qui correspond Ă  une saison tĂ©lĂ©visuelle aux États-Unis, avec une alternance d’Ă©pisodes inĂ©dits et de rediffusions), ce qui implique alors, chaque annĂ©e, une Ă©criture s’Ă©talant de mai-juin Ă  mars-avril de l’annĂ©e suivante et un tournage allant de juillet Ă  avril pour la plupart des sĂ©ries. Chez nous, seulement 8 Ă  12 Ă©pisodes sont produits par saison, la diffusion se fait gĂ©nĂ©ralement en 4 Ă  6 semaines (au rythme de deux Ă©pisodes par soirĂ©e le plus souvent, ce qui est impensable aux États-Unis, oĂą seul un Ă©pisode inĂ©dit est diffusĂ© par semaine, et encore, pas toutes les semaines, puisqu’il faut tenir environ 8 mois avec 22 Ă©pisodes). Et ensuite, les tĂ©lĂ©spectateurs français attendent dĂ©sespĂ©rĂ©ment la suite, devant parfois patienter jusqu’Ă  deux ans.

Alors, pour arriver Ă  produire un nombre consĂ©quent d’Ă©pisodes chaque annĂ©e, les AmĂ©ricains ont compris que la clĂ© de la rĂ©ussite rĂ©side (en partie) dans la nĂ©cessitĂ© d’avoir, pour chaque sĂ©rie, un showrunner qui dirige une armĂ©e de scĂ©naristes. Concrètement, cela signifie qu’un scĂ©nariste, Ă  la fois auteur et producteur et, le plus souvent, au dĂ©part en tout cas, crĂ©ateur de la sĂ©rie en question, a la tâche de gĂ©rer la production au jour le jour de la sĂ©rie (dĂ©cisions crĂ©atives, Ă©critures des arches narratives, dĂ©cisions budgĂ©taires, casting, …) et de faire le lien avec la chaĂ®ne et les producteurs. Et il est donc Ă  la tĂŞte d’un pool de scĂ©naristes qui travaillent dans une writer’s room oĂą les intrigues de chaque Ă©pisode sont imaginĂ©es, divisĂ©es en actes et sĂ©quences, avant qu’un ou deux scĂ©naristes de l’Ă©quipe soient ensuite dĂ©signĂ©s pour Ă©crire le scĂ©nario final de l’Ă©pisode (la continuitĂ© dialoguĂ©e).

Mélanie Doutey et Zoé Felix, deux saisons de "Clara Sheller", deux actrices différentes pour un même rôle - Source: www.paperblog.fr

MĂ©lanie Doutey et ZoĂ© Felix, deux saisons de « Clara Sheller », deux actrices diffĂ©rentes pour un mĂŞme rĂ´le – Source: www.paperblog.fr

En France, hormis Plus Belle la Vie (qui n’est pas une sĂ©rie diffusĂ©e en prime-time), aucune sĂ©rie ne fonctionne Ă  flux tendu. Nous n’avons donc pas de showrunners (comme peuvent l’ĂŞtre Shonda Rhimes, Damon Lindelof, Matthew Weiner ou Kevin Williamson aux États-Unis) et, formats courts du type Scènes de mĂ©nages et Nos chers voisins mis Ă  part, pas vraiment d’Ă©quipes de scĂ©naristes non plus. Nos sĂ©ries sont le plus souvent Ă©crites en totalitĂ© par un ou deux scĂ©naristes (parfois un peu plus mais c’est encore très rare) et cela implique bien Ă©videmment un temps d’Ă©criture plus long et un ralentissement de toute la chaĂ®ne de production. Et en pratique, cela peut vite devenir problĂ©matique. On peut par exemple citer le cas de la sĂ©rie Clara Sheller, dont les douze Ă©pisodes (rĂ©partis sur deux saisons) ont Ă©tĂ© Ă©crits par Nicolas Mercier, le crĂ©ateur de la sĂ©rie, et qui, après une première saison plutĂ´t rĂ©ussie en 2005, est revenue en 2008 (trois ans plus tard!) avec une saison 2 vraiment très mĂ©diocre, ce qui Ă©tait en partie dĂ» au fait que la totalitĂ© du casting de la saison 1 avait jetĂ© l’Ă©ponge, jugeant l’Ă©criture et l’attente entre les 2 saisons bien trop longues.

Étant donnĂ© le temps que cela ferait gagner en termes d’Ă©criture et de dĂ©lais de diffusion, on se demande bien pourquoi le format de production Ă  l’amĂ©ricaine peine Ă  arriver chez nous. Et si une rĂ©ponse complète serait bien trop longue (et sĂ»rement bien trop compliquĂ©e) Ă  donner, on peut tout de mĂŞme dire que les producteurs et les diffuseurs français sont encore trop frileux. Ils ne veulent pas commander trop d’Ă©pisodes Ă  la fois, par peur d’un Ă©chec d’audience, et ils sont rĂ©ticents Ă  l’idĂ©e de donner leur chance Ă  de jeunes auteurs qui seraient tout Ă  fait prĂŞts Ă  travailler en Ă©quipe, contrairement Ă  certains scĂ©naristes confirmĂ©s qui prĂ©fèrent Ă©crire seuls. Pourtant, il est Ă©vident qu’un peu de changement et de sang neuf ferait du bien Ă  la fiction française.

L’Ă©tat des sĂ©ries françaises en 2014

 

Photo du scénario de l'épisode 1 de la saison 2 des "Revenants", tweetée par Ana Girardot - Source: Twitter

Photo du scĂ©nario de l’Ă©pisode 1 de la saison 2 des « Revenants », tweetĂ©e par Ana Girardot – Source: Twitter

Aujourd’hui, près de dix ans après l’arrivĂ©e d’Engrenages sur nos Ă©crans, la situation en France reste très contrastĂ©e. Du cĂ´tĂ© de Canal +, Ă  qui l’on doit la majoritĂ© des sĂ©ries de qualitĂ© produites ces dernières annĂ©es, les choses sont encore compliquĂ©es en matière de temps d’attente entre deux saisons. Prenons l’exemple de la sĂ©rie Les Revenants. Après une première saison de 8 Ă©pisodes lancĂ©e en novembre 2012 et bien accueillie par la critique et par les tĂ©lĂ©spectateurs (malgrĂ© un final un poil dĂ©cevant), une diffusion dans une vingtaine de pays, et un remake en prĂ©paration aux États-Unis, supervisĂ© par Carlton Cuse, l’un des ex-showrunners de Lost, pour une diffusion sur la chaĂ®ne A&E en 2015, on attend toujours la suite. L’Ă©criture de la saison 2 a durĂ© plus longtemps que prĂ©vu, le tournage a Ă©tĂ© retardĂ©, et certains se demandaient mĂŞme si l’on finirait par voir la suite un jour. Et pourtant, enfin, le tournage de cette deuxième saison a commencĂ© en septembre dernier, comme le prouve d’ailleurs une photo tweetĂ©e par la comĂ©dienne Ana Girardot le 22 septembre (voir ci-contre). Le tournage se poursuivra jusqu’en mars prochain, pour une diffusion probable Ă  la rentrĂ©e 2015. Mieux vaut tard que jamais, probablement.

Si Canal + se positionne donc pour le moment encore comme le mauvais Ă©lève du paysage audiovisuel français au niveau des temps de production et des dĂ©lais que cela engendre, les chaĂ®nes du groupe France TĂ©lĂ©visions, elles, s’en sortent gĂ©nĂ©ralement mieux. France 3 diffuse par exemple une saison inĂ©dite d’Un Village Français tous les 12 Ă  18 mois en moyenne et France 2 rĂ©alise mĂŞme l’exploit d’arriver Ă  diffuser chaque annĂ©e une nouvelle saison de sa sĂ©rie Ă  succès Fais pas ci, fais pas ça. Évidemment, Ă  terme, l’idĂ©al serait que cela ne soit plus un « exploit » mais plutĂ´t une tendance gĂ©nĂ©ralisĂ©e Ă  toutes les chaĂ®nes et Ă  toutes les sĂ©ries françaises (un peu comme les chaines câblĂ©es amĂ©ricaines qui diffusent tous les ans Ă  la mĂŞme date une nouvelle saison de 8 Ă  13 Ă©pisodes de leur sĂ©ries). Et on en est encore loin. De plus, dans tous les cas, le nombre d’Ă©pisodes produits est encore bien souvent trop limitĂ©. Pour en revenir Ă  Fais pas ci, fais pas ça, par exemple, la saison 7, diffusĂ©e dès le 3 dĂ©cembre sur France 2, ne contiendra que 6 Ă©pisodes (contre 8 ces dernières annĂ©es), la faute, soit-disant, Ă  l’emploi du temps chargĂ© des comĂ©diens, notamment ValĂ©rie Bonneton qui tourne beaucoup pour le cinĂ©ma. Et quand on sait qu’il faudra ensuite attendre un an pour voir la suite des aventures des Bouley et des Lepic, on se dit que 6 Ă©pisodes, Ă©talĂ©s sur 3 semaines de diffusion, c’est vraiment trop peu. Mais bon, Rome ne s’est pas faite en un jour. Alors soyons patients, les choses vont sĂ»rement (et doivent) Ă©voluer.

Photo promotionnelle de la série "Ainsi soient-ils" - Source: Arte.tv

Photo promotionnelle de la sĂ©rie « Ainsi soient-ils » – Source: Arte.tv

Dans ce sens, on peut dĂ©jĂ  noter que la sĂ©rie d’Arte Ainsi soient-ils, acclamĂ©e par la critique et dĂ©signĂ©e meilleure sĂ©rie française au festival SĂ©ries Mania en 2012 et 2014, a pris les choses en main pour accĂ©lĂ©rer sa production et rĂ©duire l’attente entre chaque saison. Pour preuve, alors que la première saison a Ă©tĂ© diffusĂ©e en octobre 2012 et qu’il a fallu deux ans pour voir la seconde arriver sur nos Ă©crans (la diffusion de ces 8 nouveaux Ă©pisodes s’Ă©tant achevĂ©e il y a quelques semaines), la saison 3 est dĂ©jĂ  en tournage, ce qui signifie que la suite des aventures des jeunes sĂ©minaristes des Capucins sera probablement Ă  l’antenne Ă  la rentrĂ©e prochaine, un an seulement après la saison 2.

De plus, on attend dans les mois Ă  venir l’arrivĂ©e de sĂ©ries ambitieuses, qui devraient rĂ©volutionner le microcosme des sĂ©ries françaises en matière d’envergure, de budgets et de narration, comme par exemple Marseille, première production hexagonale de Netflix, annoncĂ©e comme un House of Cards Ă  la française, ou encore Versailles, la co-production franco-canadienne que Canal + diffusera en 2015 et qui dispose d’un budget total de 27 millions d’euros pour 8 Ă©pisodes de 52 minutes tournĂ©s en anglais, Ă©crits par deux showrunners anglais (Simon Mirren et David Wolstencroft), et menĂ©s par un casting mĂŞlant acteurs français et Ă©trangers (Ă  noter Ă©galement que les deux premiers Ă©pisodes seront rĂ©alisĂ©s par Jalil Lespert). Sur le papier, ces projets donnent vraiment envie et on peut espĂ©rer qu’ils ne soient que les premiers d’un grande sĂ©rie. Après tout, le cinĂ©ma français est hautement considĂ©rĂ© dans le monde entier alors, si Engrenages et Les Revenants, qui s’exportent bien, en sont la preuve, il n’y a pas de raison qu’il n’en soit pas de mĂŞme bientĂ´t pour les sĂ©ries tĂ©lĂ© françaises.

Sources:

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Focus: 3 séries à ne pas rater en 2014

Alors que 2014 touche bientĂ´t Ă  sa fin et que la rentrĂ©e des sĂ©ries amĂ©ricaines, avec cette annĂ©e, il faut bien le dire, son lot de dĂ©ceptions, est dĂ©sormais derrière nous, il est temps de faire le bilan et de s’arrĂŞter sur trois nouveautĂ©s qui ont secouĂ© nos petits Ă©crans, trois sĂ©ries amĂ©ricaines qui ont ou font toujours parler d’elles et qui sont d’ores et dĂ©jĂ  visibles en France, grâce Ă  divers offres lĂ©gales.

Penny Dreadful

Capture d'Ă©cran Netflix

Interface de la version française de Netflix – Source: www.netflix.com


Après avoir fait trembler les foyers américains au printemps dernier, Penny Dreadful, qui doit son titre aux « penny dreadfuls » (terme qui désignait les « romans de quatre sous », souvent fantastiques ou horrifiques, vendus pour quelques pennys dans le Londres victorien), est disponible sur Netflix depuis son lancement en France le 15 septembre dernier.

LancĂ©e le 11 mai 2014 sur la chaĂ®ne câblĂ©e Showtime, Ă  qui l’on doit notamment Dexter, Homeland ou encore le revival de Twin Peaks prĂ©vu pour 2016, Penny Dreadful est vendue dans l’hĂ©xagone comme une sĂ©rie « Netflix original » mais cela signifie en fait seulement qu’elle a Ă©tĂ© achetĂ©e par Netflix pour le marchĂ© français, contrairement aux rĂ©elles sĂ©ries originales Netflix telles que Orange is the New Black ou Hemlock Grove, qui elles sont produites exclusivement pour Netflix (laissons House of Cards hors de cette Ă©quation, car bien que produite pour Netflix aux États-Unis, Canal + en dĂ©tient les droits exclusifs chez nous jusqu’Ă  la saison 3).

Penny Dreadful posters

Affiches promotionnelles de la saison 1 de « Penny Dreadful » – JĂ©rĂ©mie D. CC BY-NC

CrĂ©Ă©e par John Logan, notamment scĂ©nariste de films tels que Aviator ou Skyfall, le dernier James Bond, Penny Dreadful, qui compte pour le moment une première saison de huit Ă©pisodes (une saison deux de dix Ă©pisodes est prĂ©vue pour l’annĂ©e prochaine), marque le grand retour de Josh Hartnett, qui avait, soyons honnĂŞtes, un peu disparu des Ă©crans radars depuis quelques annĂ©es. Il interprète ici le rĂ´le d’Ethan Chandler, sorte de cowboy Ă©corchĂ© vif qui se retrouve un peu malgrĂ© lui plongĂ© dans un univers fantastique qui le dĂ©passe, et est plutĂ´t convaincant dans ce rĂ´le, tout comme Eva Green d’ailleurs, beaucoup moins insupportable que d’habitude, qui incarne l’Ă©nigmatique Vanessa Ives. Le casting est complĂ©tĂ© par Timothy Dalton, cĂ©lèbre interprète de James Bond dans Tuer n’est pas jouer et Permis de tuer, sortis Ă  la fin des annĂ©es 1980.

Ă€ travers l’histoire d’un richissime explorateur anglais, Sir Malcolm Murray (Timothy Dalton), qui s’entoure de marginaux aux dons exceptionnels pour partir Ă  la recherche de sa fille disparue, la sĂ©rie nous plonge dans les bas-fonds de la sociĂ©tĂ© anglaise du 19è siècle et revisite la mythologie du fantastique anglais, nous permettant ainsi de croiser au fil des Ă©pisodes des figures aussi cĂ©lèbres que Dorian Gray, Mina Harker ou le Docteur Frankenstein.

Jouissant d’une ambiance sombre Ă  souhait et d’une esthĂ©tique hyper travaillĂ©e, Penny Dreadful est une sĂ©rie qu’il faut dĂ©couvrir, surtout si l’on est fan de fantastique. Alternant scènes d’actions et moments plus contemplatifs, son rythme peut dĂ©router au dĂ©but mais plus la saison avance plus l’intĂ©rĂŞt va grandissant et vous pouvez ĂŞtre certain qu’une fois arrivĂ© au dernier Ă©pisode de cette « trop courte » première saison, vous n’aurez qu’une envie: ĂŞtre en 2015 pour voir la suite !

Gotham

 

Capture d'Ă©cran MyTF1vod

Interface de la page « en direct des USA » du site MyTF1vod – Source: //mytf1vod.tf1.fr

NouveautĂ© de la rentrĂ©e la plus attendue aux États-Unis, parmi toutes celles ayant dĂ©ferlĂ© entre mi-septembre et mi-octobre sur les grands networks amĂ©ricains (CBS, ABC, NBC, FOX et The CW), Gotham, lancĂ©e en grandes pompes le 22 septembre dernier sur la chaĂ®ne FOX, est disponible en France depuis le 23 septembre sur MyTF1 VOD (Ă  la location) et sur iTunes (Ă  l’achat), en version originale sous-titrĂ©e, au rythme de la diffusion amĂ©ricaine (une offre VOD qui contient Ă©galement, entre autres, les nouvelles saisons de Grey’s Anatomy, The Vampire Diaries, Esprits Criminels ou encore The Blacklist).

CrĂ©Ă©e par Bruno Heller, scĂ©nariste Ă  l’origine des sĂ©ries Rome et The Mentalist (cette dernière entamant fin novembre sa septième et dernière saison aux États-Unis), Gotham reprend la mythologie de Batman, remontant aux origines de l’histoire de Bruce Wayne et constituant ainsi une sorte de « prequel » (histoire qui se passe avant) aux diffĂ©rentes aventures bien connues de l’homme chauve-souris. Sauf qu’ici, justement, point d’homme chauve-souris Ă  l’horizon. Juste Gotham City. Une ville, ses mĂ©chants, et James Gordon.

Gotham posters

Affiches promotionnelles de la saison 1 de « Gotham » – JĂ©rĂ©mie D. CC BY-NC

C’est justement les aventures de ce dernier que l’on suit au fil des Ă©pisodes. James (souvent abrĂ©gĂ© en « Jim ») Gordon, futur commissaire et alliĂ© de Batman, qui n’est alors ici encore qu’un jeune inspecteur de la police de Gotham. InterprĂ©tĂ© par Ben McKenzie, rĂ©vĂ©lĂ© en 2003 par la sĂ©rie Newport Beach (The O.C. en version originale) et vu plus rĂ©cemment dans l’excellente Southland, James Gordon croise dès l’Ă©pisode pilote de la sĂ©rie le chemin du jeune Bruce Wayne, alors âgĂ© de douze ans, le soir oĂą il assiste impuissant au meurtre de ses parents (histoire dĂ©jĂ  bien connue des fans de la saga Batman, notamment prĂ©sentĂ©e dans le Batman Begins de Christopher Nolan, et qui ici lance la sĂ©rie). Et la force de Gotham rĂ©side justement dans la galerie de personnages qui nous est offerte: Selina Kyle (future Catwoman), Alfred Pennyworth, le Pingouin, Edward Nygma (futur Homme Mystère), Poison Ivy enfant (qui apparait en clin d’oeil dans l’Ă©pisode pilote), ou encore Harvey Dent (qui deviendra plus tard Double Face), dont l’introduction est prĂ©vue pour l’Ă©pisode 9. Bref, ils sont (presque) tous lĂ ! Ă€ noter que le casting rĂ©gulier de la sĂ©rie comprend Ă©galement Jada Pinkett-Smith (l’Ă©pouse de Will Smith) dans le rĂ´le de Fish Mooney, une gĂ©rante de boĂ®te de nuit qui travaille pour le compte de Don Falcone.

BĂ©nĂ©ficiant d’audiences correctes, bien que en dessous des attentes pour une telle sĂ©rie, Gotham a tout de mĂŞme Ă©tĂ© confirmĂ©e pour une saison complète de 22 Ă©pisodes (six Ă©pisodes supplĂ©mentaires ayant Ă©tĂ© commandĂ©s en octobre, après une commande initiale de 16 Ă©pisodes). Après un pilote plus que prometteur et quelques Ă©pisodes un peu plus faibles, la sĂ©rie semble enfin trouver son rythme depuis l’Ă©pisode 5 et il faut avouer que le mĂ©lange entre formule de sĂ©rie policière classique (avec dans chaque Ă©pisode « l’enquĂŞte de la semaine »), complot de grande ampleur en fil rouge (avec la guerre mafieuse qui fait rage Ă  Gotham City) et mythologie tout droit sortie de l’univers Batman  surprend et fonctionne de plus en plus au fil des semaines. Ajoutez Ă  cela une ambiance alternant entre le sombre et un aspect plus « comic books », parfois un peu dĂ©calĂ© (aspect plus accentuĂ© par exemple que dans les adaptations de Arrow ou The Flash, diffusĂ©e aux États-Unis sur la chaĂ®ne The CW), et vous obtenez une formule gagnante. Sans aucun doute LA nouveautĂ© « grand public » de la rentrĂ©e Ă  dĂ©couvrir. En espĂ©rant juste qu’elle tienne toutes ses promesses une fois la première saison terminĂ©e.

 

The Affair

 

Canal + SĂ©ries Ă  l'heure US

PublicitĂ© pour la programmation « à l’heure US » de la chaĂ®ne Canal + SĂ©ries – Source: www.canalplus.fr

LancĂ©e le 12 octobre dernier sur Showtime aux États-Unis, The Affair, très attendue et très bien accueillie par la critique, est diffusĂ©e en France tous les mardis Ă  21h30 sur Canal + SĂ©ries, deux jours après sa diffusion amĂ©ricaine (en version originale sous-titrĂ©e lĂ  encore, dĂ©lais obligent), dans le cadre de la programmation « à l’heure US » de la chaĂ®ne, qui comprend Ă©galement la saison 2 de Brooklyn Nine-Nine, les saisons 4 de Homeland, Scandal et Revenge, et la saison 8 de The Big Bang Theory.

CrĂ©Ă©e par Sarah Treem, scĂ©nariste ayant travaillĂ© sur des sĂ©ries telles que How to Make it in America et House of Cards, et Hagai Levi, rĂ©alisateur et scĂ©nariste israĂ©lien Ă  qui l’on doit la sĂ©rie Be Tipul (ensuite adaptĂ©e aux États-Unis sous le titre In Treatment, avec Gabriel Byrne dans le rĂ´le principal), The Affair raconte la relation extraconjugale entre Noah Solloway, un père de famille new-yorkais, enseignant et Ă©galement romancier, et Alison Lockhart, une serveuse dont la mariage vacille depuis un grave accident. InterrogĂ©s par la police quelques temps plus tard, ils se remĂ©morent leur rencontre, chacun leur tour. La sĂ©rie alterne donc les points de vue, les perspectives, et on se rend peu Ă  peu compte qu’ils n’ont peut-ĂŞtre pas vĂ©cus leur relation de la mĂŞme façon. La narration, ponctuĂ©e par ces sĂ©ances d’interrogatoire, offre une formidable autopsie de la liaison qui unit Noah et Alison et constitue un twist bienvenu qui Ă©loigne la sĂ©rie des dramas romantiques plus classiques , le tĂ©lĂ©spectateur comprenant assez rapidement qu’Ă  « l’affaire » du titre (qui signifie justement « liaison » en anglais) s’est mĂŞlĂ©e une « affaire » criminelle (un meurtre ? un accident ?).

The Affair

Affiche et photo promotionnelles de la saison 1 de « The Affair » – JĂ©rĂ©mie D. CC BY-NC

En plus d’ĂŞtre extrĂŞmement bien Ă©crite, The Affair jouit d’un casting exceptionnel. Les deux rĂ´les principaux sont tenus par Dominic West, qui incarna notamment entre 2002 et 2008 l’inspecteur James McNulty dans la sĂ©rie The Wire, et Ruth Wilson, vue dans la sĂ©rie anglaise Luther. Leurs conjoints respectifs sont quant Ă  eux interprĂ©tĂ©s par Maura Tierney (cĂ©lèbre Abby Lockhart de Urgences) et Joshua Jackson (bien connu des fans de Dawson et de Fringe). Bref, c’est du lourd.

Peinant un peu au niveau des audiences aux Etats-Unis, la sĂ©rie, dont la première saison s’achèvera le 21 dĂ©cembre prochain, est nĂ©anmoins dĂ©jĂ  renouvelĂ©e pour une seconde saison de 10 Ă©pisodes, preuve si besoin est que les chaĂ®nes du câble savent donner leur chance aux sĂ©ries de qualitĂ©. Et puis, c’est bien connu, audiences et qualitĂ© ne sont pas toujours synonymes…  Nombreuses sont les bonnes sĂ©ries qui se sont arrĂŞtĂ©es trop tĂ´t, faute d’audience justement. EspĂ©rons que cela ne sera pas le cas de The Affair et qu’elle durera encore plusieurs saisons. Car c’est vraiment un petit bijou.

 

Sources: